About this Recording
2.110262 - MASCAGNI, P.: Amica (Festival della Valle d'Itria, 2007) (NTSC)
English  French 

Pietro Mascagni (1863–1945)
Amica

 

Le compositeur d’opéra italien Pietro Mascagni naquit à Livourne en 1863. Son père, qui était boulanger, voulait qu’il étudie le droit, mais Pietro s’arrangea pour prendre des leçons de musique en secret à l’Istituto Cherubini. Quand on le découvrit, il fut confié à la garde de son oncle, mais il ne tarda pas à se réconcilier avec son père lorsque deux de ses oeuvres furent exécutées à l’Istituto. Une cantate de jeunesse, In filanda (1881), fournit les bases de l’idylle dramatique Pinotta de 1883. Le comte Florestano de Larderei finança la suite de l’éducation musicale du jeune Mascagni au Conservatoire de Milan, où il eut entre autres professeurs Ponchielli, le compositeur de La Gioconda, et il partagea sa chambre d’étudiant avec Puccini. Mascagni quitta le Conservatoire en 1885 avant l’achèvement de ses études afin de s’associer à une troupe d’opéra ambulante. Il effectua ensuite des tournées en Italie avec plusieurs autres troupes avant de se fixer à Cerinola, près de Foggia, en 1886, car sa compagne attendait un enfant. Il y vivota en donnant des cours. En 1888, il mit de côté la première version de son opéra Guglielmo Ratcliff, auquel il travaillait depuis 1882, pour participer au concours organisé par les éditions musicales Sonzogno: il fallait composer un opéra en un acte. Sa partition lauréate, Cavalleria rusticana, fit grande impression sur le jury, et l’ouvrage rencontra un immense succès dès sa création au Teatro Costanzi de Rome en 1890. A partir de là, Mascagni passa le reste de sa carrière à écrire des opéras de styles différents sur les sujets les plus variés.

L’opéra suivant de Mascagni, L’amico Fritz (1891), révélait une veine lyrique qui contrastait avec l’âpre vérisme de Cavalleria rusticana, et venait asseoir sa réussite initiale. Afin de promouvoir ses propres oeuvres, il commença à diriger à l’étranger, rencontrant un succès considérable à Vienne, à Paris et à Londres. A Covent Garden en 1893, il dirigea une série de représentations très applaudies de son opéra I Rantzau, créé à Florence au cours de l’année précédente. Guglielmo Ratcliff connut un accueil mitigé à la Scala de Milan en 1895. La même année, Mascagni fut nommé directeur du Liceo Musicale de Pesaro, où son nouvel opéra en un acte Zanetto fut créé en 1896. Iris, dont l’intrigue se déroule au Japon, fut donné pour la première fois à Rome en 1898 avec succès, et lança la vogue des opéras situés dans des cadres exotiques. Le maschere lui fit suite en 1901, avec des créations simultanées dans sept théâtres lyriques italiens, mais ce fut un four partout sauf à Rome, où la présence du compositeur dans la fosse lui sauva la mise. Il démissionna du Liceo en 1903, car les fréquents déplacements qu’il effectuait pour soutenir ses opéras, comme son voyage en Amérique du Nord en 1902, l’empêchaient de remplir ses fonctions pédagogiques.

Mascagni rencontra encore plus de succès avec son opéra suivant, Amica, créé à Monte-Carlo en 1905. Cet ouvrage constituait un retour au style vériste de Cavalleria rusticana et à une écriture orchestrale plus recherchée. L’essai fut transformé avec Isabeau, créé à Buenos Aires en 1911, repris par la suite avec le même bonheur à Milan et à Venise. Toutefois sa collaboration malheureuse avec Gabriele D’Annunzio, Parisina, créée en 1913, lui valut un nouvel échec. La facette lyrique et sentimentale de ses compositions reprit le dessus avec Lodoletta (1917) et l’opérette (1919). Mascagni changea à nouveau son fusil d’épaule, retrouvant le style vériste avec Il piccolo Marat (1921). En dépit du bon accueil reçu par cet opéra, le compositeur se rendit compte qu’il était pris dans un cycle de régression artistique et se renferma sur lui-même, ne produisant plus que deux oeuvres importantes : une ‘vision symphonique’, Guardando la Santa Teresa del Bernini, et l’opéra Nerone, qui fut créé à La Scala en 1935 avec le soutien du gouvernement italien de l’époque. Mascagni s’éteignit à Rome en 1945.

Après avoir achevé Le maschere en 1900, Mascagni s’était retrouvé paralysé par le fonctionnement byzantin du système des opéras italiens. Le répertoire de la plupart des grands théâtres lyriques d’Italie était sous la coupe des éditeurs, autrement dit des établissements Ricordi et Sonzogno. Chaque théâtre avait pour habitude de contracter un directeur pour une saison ; celuici signait à son tour avec un éditeur pour tout le répertoire de la saison. A cette époque, Mascagni était pris en tenaille entre les deux principales maisons d’édition. Ricordi s’ingéniait à ce qu’il compose un opéra sur un livret d’Illica intitulé Maria Antonietta, sujet peu en phase avec ses aptitudes car il ne s’y trouvait guère d’occasions de dépeindre une passion amoureuse. Tant que le compositeur était prisonnier des griffes de Ricordi, la maison rivale de Sonzogno, l’éditeur de Cavalleria rusticana, n’avait aucun intérêt à le voir composer autre chose. La créativité de Mascagni était ainsi paralysée : pas question d’écrire un opéra sans éditeur, les débouchés étant bien minces en de telles circonstances. Il recevait des propositions de l’étranger depuis bien longtemps, mais il s’était montré indéfectiblement loyal envers les éditeurs de son pays. Néanmoins, quand vint l’année 1904, sa résolution commençait à faiblir, et lorsqu’il fut contacté par l’éditeur français Choudens, qui avait publié certaines oeuvres de Berlioz, de Gounod et de Saint-Saëns, il se montra résolument ouvert à la négociation, d’autant plus que les conditions proposées par de Choudens étaient incroyablement généreuses: 75% de tous les droits de location aux théâtres lyriques italiens et 50% ailleurs pour la durée de la période de copyright, avec quatrevingts ans supplémentaires, en plus d’un acompte substantiel. Enfin, le sujet du livret, proposé et écrit par Paul de Choudens (alias Paul Bérel), le directeur de la firme, était un récit de passion et de conflits qui stimula l’instinct créatif de Mascagni.

Ayant reçu le livret d’Amica en juin 1904, il en acheva la brève partition dès la fin du mois de novembre. Travaillant fébrilement, il avait terminé toute l’orchestration, l’Intermezzo excepté, début janvier 1905, lorsqu’il se rendit à Paris pour y rencontrer les chanteurs engagés pour la création à Monte-Carlo et pour y diriger des concerts avec l’Orchestre Lamoureux. L’Intermezzo fut achevé à la mi-février, un mois avant la première représentation, qui eut lieu le 16 mars 1905, avec une prestigieuse distribution menée par Geraldine Farrar, qui chantait Amica, et Charles Rousselière et Maurice Renaud dans les rôles de ses deux soupirants, Giorgio et Rinaldo. La création fut un triomphe, les critiques italiens qui la couvraient remarquant la nouvelle direction prise par Mascagni. Giovanni Pozza, du Corriere della Sera de Milan, écrivit : ‘la structure et la forme musicales semblent différentes, on n’y trouve plus trace de son style antérieur. Le drame se déroule au cours des scènes principales par le biais d’une libre déclamation mélodique…il lui a imprimé sa marque distinctive, un accent passionné et une sincérité impulsive qui sont entièrement italiens.’

La première production en Italie fut montée au mois de mai à Rome mais souleva moins d’enthousiasme. La première soirée fut altérée par des difficultés techniques et vocales, mais une fois celles-ci résolues, on joua à guichets fermés. Par la suite, bien que les directions de dix-huit salles italiennes aient déclaré après la création monégasque qu’elles allaient monter le nouvel opéra, rares furent celles qui tinrent parole. Mascagni attribua ce fait aux ‘griffes voraces des éditeurs’. On put enfin voir Amica à Naples en 1906 et à Venise en 1907, mais son extravagante complexité scénique et vocale, alliée à sa courte durée—75 minutes environ—, n’en faisait pas une proposition particulièrement séduisante pour les théâtres, à moins d’être dirigée par son propre compositeur. Mascagni constitua lui-même une troupe pour le présenter dans des théâtres de province comme ceux de Crémone, Rimini et Pistoia en 1907 et 1908, mais à la fin de cette année, il se trouvait déjà occupé par son opéra suivant, Isabeau, et hormis plusieurs représentations données au cours d’une tournée qu’il effectua en Amérique latine en 1911, Amica disparut du répertoire jusqu’à ses récentes reprises en Italie.

David Patmore

 

Argument

1. Générique d’ouverture

Acte I

2. Le décor est la cour d’une ferme. Au loin, on aperçoit des montagnes et des champs. Un choeur d’ouvriers agricoles chante les joies de la campagne et décrit le soleil omniprésent qui caresse les fleurs.

3. Camoine (basse), un riche fermier qui a élevé sa nièce Amica (soprano), entre et dit à ses employés qu’il est heureux de les voir se reposer et s’amuser. Ceux-ci lui expriment leur gratitude et l’assemblée déguste du vin. Camoine leur annonce qu’il veut donner Amica en mariage à l’un des deux orphelins qu’il a adoptés, le paisible Giorgio (ténor). Les ouvriers félicitent le jeune homme, qui selon eux a bien de la chance d’avoir une si jolie fiancée.

4. Giorgio chante sa bonne fortune, lui qui rêvait d’épouser la belle Amica.

5. Les ouvriers boivent au bonheur de Giorgio.

6. Camoine et Maddalena, sa maîtresse (mezzosoprano), font des projets d’avenir: une fois Amica mariée, Maddalena deviendra sa femme, dirigera son domaine et ils pourront savourer leur bonheur à leur aise. Camoine raconte à Maddalena comment, autrefois, il a recueilli deux frères orphelins, l’un violent (Rinaldo, baryton) alors que l’autre (Giorgio) était plus pliable. Maddalena lui demande s’il est sûr qu’Amica lui obéira et acceptera d’épouser Giorgio; Camoine en est convaincu.

7. Les ouvriers les rejoignent, réclamant des danses. Maddalena sort tandis que Camoine se joint à ses employés pour trinquer avec eux. Amica entre, triste et troublée. Giorgio l’aperçoit et lui dit son amour et son bonheur à l’idée de leur mariage prochain. La jeune fille ne sait que répondre et Giorgio songe que si son frère Rinaldo se trouvait avec eux, il pourrait parler à sa place. Amica finit par lui dire qu’il ignore tout des sentiments qui animent son coeur.

8. Camoine invite les ouvriers à l’accompagner à la taverne, où ils poursuivront leurs libations.

9. Amica supplie Camoine de reconnaître son véritable amour; en outre, elle craint de voir les deux frères se brouiller à cause d’elle. Camoine lui ordonne de lui obéir, la menaçant de la chasser en cas de refus. Privée du soutien de Rinaldo, Amica est au désespoir.

10. Rinaldo paraît soudain. Amica lui apprend que Camoine l’oblige à épouser un autre homme, mais sans révéler son identité. Rinaldo se soucie peu de son rival et Amica tâche de l’assurer de tout son amour. Le jeune homme l’exhorte à s’enfuir avec lui pour mener une vie de liberté dans la montagne. Amica accepte et quitte la ferme de Camoine avec lui. Maddalena les voit et alerte Giorgio, qui jure de tuer le séducteur d’Amica.

11. Intermezzo

Acte II

12. Le décor est une route de montagne escarpée à proximité d’une cascade vertigineuse. Giorgio paraît. Malgré son épuisement, il se sent invincible, prêt à terrasser son rival pour l’amour d’Amica.

13. Rinaldo et Amica entrent. Dans un premier temps, Giorgio ne reconnaît pas son frère, puis, bouleversé, il comprend enfin. Rinaldo lui demande des explications. Giorgio lui apprend qu’il était sur le point d’épouser Amica. Stupéfait, Rinaldo demande à la jeune fille pourquoi elle ne le lui a pas dit. Amica implore son pardon.

14. Giorgio évoque leur enfance de frères orphelins, se rappelant que Rinaldo a toujours veillé sur lui: il lui doit la vie. Le malheureux comprend qu’avec un tel rival, c’est en vain qu’il aime Amica, et il s’évanouit. La jeune fille est désemparée.

15. Rinaldo, furieux, reproche à Amica de ne pas lui avoir dit que Giorgio l’aimait. Il est persuadé que si son frère la perd, Amica et lui ne pourront jamais être ensemble. La jeune fille affirme à Rinaldo qu’elle l’aime tant qu’elle est prête à donner sa vie pour lui en se jetant dans la cascade. Rinaldo la supplie de l’oublier et d’aimer Giorgio à sa place.

16. Rinaldo s’approche de Giorgio encore inanimé, tandis qu’Amica s’éloigne vers la cascade. Rinaldo décide de repartir dans la montagne. Pendant qu’Amica gravit les rochers qui surplombent le ravin, Giorgio revient peu à peu à lui. Amica a perdu tout espoir : Rinaldo va la quitter alors qu’elle l’aime toujours. Exaltée, elle chante qu’elle veut se rapprocher à la fois de Rinaldo, du soleil et des étoiles.

17. La jeune fille entend la voix de Rinaldo dans le lointain. Giorgio cherche à la retenir, mais elle fait une chute mortelle. Rinaldo chante Amica,—‘l’amour fatal’—, qui est partie à tout jamais.

Traductions françaises de David Ylla-Somers


Close the window