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2.220001 - PETITGIRARD, L.: Joseph Merrick, the Elephant Man
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Laurent Petitgirard (né 1950)
Joseph Merrick dit Elephant Man

J’ai toujours voulu écrire un opéra dont le personnage central serait double.

L’histoire d’Elephant Man, idée suggérée par Eric Nonn, possède bien sûr cette dualité entre son apparence physique et sa personnalité réelle, mais également une autre notion qui m’a semblé nouvelle à l’opéra et extrêmement actuelle : “l’exclusion”.

Cet homme a été incompris, humilié, utilisé et l’on peu sincèrement se demander si l’exhibition non consentie de sa nudité devant des dizaines de médecins et un photographe au London Hospital ne lui a pas été plus pénible que le “show” de Tom Norman, dans lequel il avait en toute connaissance de cause décidé de se produire.

L’idée d’utiliser un sujet qui puisse toucher chacun de nous et de ne pas tomber dans le piège du livret hermétique était pour moi essentielle.

A ceci s’ajoute l’obsession de l’intelligibilité, qui correspond à l’écriture d’Eric Nonn, non seulement poétique mais également rythmique.

Le rapport du mot et du son a donc été au coeur de mes préoccupations ce qui induisait une orchestration large mais toujours respectueuse des voix.

J’ai dès le début voulu écrire ce rôle pour une contralto, parce que je suis très sensible à ce timbre et que je souhaitais créer un sentiment d’étrangeté.

Nous nous sommes appuyés, avec Eric Nonn, sur une biographie précise de Joseph Merrick.

La vérité historique est sensiblement différente de celle développée dans le film de David Lynch, basée sur les mémoires du Docteur Treves, qui avait une nette propension à se donner le beau rôle.

D’un “phénomène” que nous découvrons presque avec voyeurisme, Joseph Merrick devient un miroir dans lequel nous découvrons notre propre peur de la différence, jusqu’à ce que nous nous identifions à lui lorsqu’il s’interroge sur la miséricorde de son Dieu. Entamé en mai 1995, l’opéra a été achevé en décembre 1998 et enregistré à Monte-Carlo en mai-juin 1999 avec Nathalie Stutzmann dans le rôle titre.

La vision superbe de Daniel Mesguich, qui en a assuré la mise en scène lors de la création mondiale à Prague en février 2002, puis Nice en novembre 2002, a développé encore plus le thème du double qui était a l’origine de cet opéra.

Jana Sykorova a magnifiquement relevé le défi vocal et scénique de ce rôle si ambigu.

Laurent Petitgirard


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