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8.223354 - MASSENET: Esclarmonde Suite / Suite No. 1 / Cendrillon Suite
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Jules Massenet (1842 -1912) Suite

Jules Massenet (1842-1912)

Suite ¡§Esclarmonde¡¨

Première Suite

Suite ¡§Cendrillon¡¨

 

C'est dans la commune de Montaud, près de Saint-Etienne que Massenet nait le 12 mai 1842 avec pour prènoms Jules Emile Frederic, mais il détestera toujours de s'appeler Jules. Il est le dernier enfant d'une familie nombreuse puisqu'il a onze frères et soeurs. Son père, ancien polytechnicien et officier du Premier empire, s'était remarié avec Adélaïde de Maraumont, fille d'un commissaire des guerres. Sa famille appartient donc à la bonne bourgoisie de province encore attachée à la grandeur napoléonienne. En 1848, le père de Massenet qui possédait une forge est ruiné. Sa santé qui chancèle n'arrange pas la situation. Il décide donc de monter à Paris avec toute la famille. En octobre 1851, Jules Massenet entre au Conservatoire, il n'a que 9 ans. Il travaille alors avec Savard et Laurent, obtient un premier prix de piano en 1859 puis étudie l'harmonie avec Henri Reber qui lui conseille de travailler la composition avec Ambroise Thomas.

 

Vivant alors dans des conditions financières précaires, Massenet exerce de nombreux petits métiers. Il joue du piano dans les cafés de Belleville, il enseigne dans des institutions privées et on le retrouve aussi dans tel ou tel orchestre, tenant ici la partie du triangle, là celle du timbalier ou bien encore celle du tambour. Il déborde d'énergie. En témoigne sa véritable fièvre pour composer. A chaque classe du Conservatoire, il ne manque jamais d'apporter une nouvelle valse, un fragment d'opéra, une ouverture, une partie de symphonie. On raconte même qu'utilisant le moindre moment de répit pour écrire de la musique, il va jusqu'a noter des phrases musicales sur les peaux de ses timbales.

 

En 1863, il remporte le premier prix de fugue et un premier Grand prix de Rome avec la cantate "David Rizzio". Ce prix lui permet de séjourner deux ans à la Villa Médicis - comme il est de tradition. A Rome, il rencontre Liszt qui lui voue une certaine estime et l'introduit auprès de Mme de Sainte-Marie chez laquelle Massenet enseignera le piano à sa fille tant et si bien que deux ans plus tard, le 8 octobre 1866, il l'épouse. Massenet visite bien sûr l'ltalie, mais il séjourne aussi en Hongrie et en Allemagne. De sa période romaine datent une Ouverture symphonique, un Requiem et des fragments qui formeront le drame sacre de "Marie-Magdeleine".

 

Dès 1866, ses œuvres commencent à être jouées a Paris - notamment sa Suite "Pompeia", le 24 février -, mais ce n'est qu'un an plus tard qu'il débute au théåtre avec "La Grand' Tante" qui est représentée le 3 avril 1867 sur la scène de l'Opera-comique. Il n'y en aura que quatorze représentations, ce qui témoigne de son faible succès (les représentations d' "Esclarmonde", par exemple, atteindront la centaine). En 1870, Massenet rejoint un bataillon de la Garde nationale. Un manuscrit reste alors dans un tiroir: L"opéra "Méduse". Après la guerre, l'opéra comique "Don César de Bazan" n'est pas accueilli favorablement par le public. Par contre, en 1873, avec une œuvre sérieuse - l'oratorio "Marie-Magdeleine"-, il conquiert un public qu'il lui tiendra à cœur de ne jamais décevoir. Trois ans plus tard, Massenet est décoré de la Légion d'honneur. Bizet disparaît prématurément, lui laissant le champ libre. A trente-six ans, it est nommé professeur de composition au Conservatoire, puis il entre à l'Institut un mois après - en novembre 1878.

 

Massenet mena, au cours des années qui suivirent, une intense activité de compositeur, tout en assurant ses cours. Il travailla toujours beaucoup, se levant régulièrement très tôt le matin - en général à 5 heures. Il forma un grand nombre d'élèves, dont beaucoup connurent la célébrité: Gustave Charpentier, Florent Schmitt, Alfred Bruneau, Charles Koechlin, Ernest Chausson, Guy Ropartz, Reynaldo Hahn... A la mort d'Ambroise Thomas en 1896, on lui proposa la direction du Conservatoire: il refusa et en profita pour démissionner et se consacrer entièrement à ses activités personnelles. La fin de sa vie est toute auréolée de gloire, de titres, de décorations. En 1888, il est fait officier de la Légion d'honneur, en 1895 commandeur, en 1889 grand officier. Son appartement parisien était situé Rue de Vaugirard, mais l¡¦été, abandonnant la ville. il partait se reposer dans une vieille demeure, à Egreville. Le 13 août 1912, Massenet décéda brusquement alors qu'il était venu à Paris consulter un médecin. Mais il fut si superstitieux qu'il se refusait à écrire le chiffre 13, raison pour laquelle il repose aujourd¡¦hui à Egreville sous une tombe indiquant son décèes le 14 août... Aussl bien le Times que le Berliner Tagblatt ou encore la Neue Presse de Vienne célèbrèrent sa mémoire dès le lendemain.

 

Massenet a cherché le succès, il l¡¦a obtenu. Rançon de la gloire: on qualifie souvent sa musique de facile sinon de légère. En fait, sa technique est gigantesque - double reflet d'un savoir encyclopédique et d¡¦une facilité déconcertante d'écriture. Son œuvre lyrique est très variée: certains opéras sont issus de roman ("Manon", "Werther", "Esclarmonde", "Don Quichotte"...), d¡¦autres de contes ("Cendrillon"...). d'autres encore sont empruntés a l'histoire ("Hérodiade"...). Pourtant ce sont les pièces dites légères qui sont les plus connues. Il ne fait donc aucun doute qu¡¦aujourd'hui encore Massenet peut surprendre... D¡¦ailleurs, si l'activité de composition de musique dramatique constitue la part essentielle de son œuvre au point qu'il apparaisse à juste titre comme le dernier grand compositeur d¡¦opéras en France, il ne faut pas oublier qu¡¦il écrivit aussi près de 200 romances avec piano, des drames sacrés et oratorios et bien sûr de la musique symphonique. Celle-ci comprend, à côté d'un Concerto pour piano, des Scènes hongroises, napolitaines, alsaciennes, et quelques suites...

 

Les suites d'orchestre remontent au milieu des années 1860. La Première Suite (1. Pastorale et Fugue; 2. Variations; 3. Nocturne; 4. Marche et Strette) a été publiée en 1865 et jouée au Concert Pasdeloup le 24 mars 1867. Œuvre de jeunesse, le symphonisme lyrique de Massenet s'y manifeste néanmoins déjà avec toute la richesse sensuelle et toutes les subtilités dramatiques que lui inspireront la fascinante "Esclarmonde" ou la brillante "Cendrillon".

 

Une vingtaine d'annees séparent la Première Suite de la Suite tirée d'"Esclarmonde". L'opéra date de 1887-1888 et a obtenu un succès considérable dans le cadre de l'Exposition universelle. Il est souvent présenté comme le paradigme wagnérien chez Massenet, avec pléthore de leitmotiv et abus de chromatisme. Il est vrai que Massenet avait falt le pélerinage à Bayreuth en 1876 mais il appartenait aux wagnériens de la première heure: plus de trente ans auparavant, il était déjà wagnérien. Et dans toutes ses compositions courent des leitmotiv. S'il est vrai qu'"Esclarmonde" est plus chromatique que ses autres opéras - ce que la Suite révèle merveilleusement-, son véritable aspect wagnérien apparaît plutôt dans le fait que la trame d'"Esclarmonde" s'apparente à celle de "Lohengrin", que les deux héros se correspondent parfaitement, l'un étant féminin, l'autre masculin. Résultat, la critique de l'époque, dont on appréciera la mauvais gôut, applaudit Massenet pour son "Esclarmonde" par des <Bravo Mlle Wagner>... Opéra chef- d'œuvre, la Suite qui en est issue rend bien en résumé son côte fabuleux.

 

"Cendrillon" a été créée dix ans après "Esclarmonde" sur un livret d'Henri Cain qui ne possède ni la force, ni la poésie - sauf à certains moments - que Louis de Gramont et Edouard Blau ont mis à créer l'heroïne de Byzance. Henri Cain récidivera en écrivant "La Cigale", "Le Grillon" etc. La platitude d'un livret est certes moins facile à accepter que son aspect démodé, c'est pourquoi "Cendrillon" sait encore séduire, mais elle le fait bien plus encore sans paroles, dans cette Suite féérique où la musique n'est pas obligatoirement pudique. Wagner oublié, ces deux Suites lyriques qui répandent un charme désuet se placent merveilleusement dans la perspective de l'impressionisme français.

 

Frederik Reitz


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