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8.225172 - ZIEHRER: Selected Dances and Marches, Vol. 3
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Le plus sérieux rival en musique des frères Strauss fut sans aucun doute Carl Michael Ziehrer. D'ailleurs, sa longue carrière présente plusieurs similitudes avec celle du jeune Johann Strauss, à la différence que Ziehrer fut par trois fois directeur d'harmonie militaire. D'après certains, cette musique se retrouve dans son langage musical, volontiers fougueux et impétueux. Ajoutez l'influence de la musique populaire locale, et vous obtiendrez ce style nouveau, si différent de celui de ses contemporains. Ziehrer, à la tête d'un orchestre flambant neuf, fut lancé en 1863 dans la Dianasaal par l'éditeur Carl Haslinger, qui réglait ainsi un compte avec les frères Strauss - de sombres histoires d'argent -. A vrai dire, ce n'était là pas la seule raison : Ziehrer père, ayant fait fortune dans l'industrie du chapeau, avait financé les études musicales de son fils au Conservatoire de Vienne pourvu que Haslinger éditât ses compositions.

Malgré ce début en fanfare, Ziehrer dût faire face à la dure concurrence des frères Strauss, ce qui l'obligea souvent à donner des concerts d'obscurs faubourgs pour faire chauffer la marmite. Néanmoins, à mesure qu'il poursuivait obstinément son but, la critique finit par s'intéresser à lui : on voulut bien comparer son style à celui de Joseph Lanner, celui-là même qui avait été, en son temps, le concurrent le plus acharné de Strauss père. En 1870, il accepta la direction d'un orchestre militaire, sans doute pour se mettre ainsi à l'abri du besoin. Trois ans plus tard, de retour à la vie civile, il rassembla un orchestre en un temps record pour se produire à l'Exposition Universelle de Vienne, et fonda également un journal musical, Deutsche Musik-Zeitung, qui s'imposa vite comme la référence en termes d'informations musicales au 19ème siècle.

Ziehrer changea d'éditeur, passant chez Doblinger, et reprit du service à l'armée une seconde fois, jusqu'à sa démission en 1877. Peu après, il récupéra plusieurs des musiciens de Eduard Strauss, musiciens qui hésitaient à suivre ce dernier pour une longue tournée à l'étranger ; l'orchestre ainsi formé fut baptisé "L'ex-orchestre d'Eduard Strauss". Le résultat ne se fit pas attendre : une descente de police lors de l'un de ses concerts en plein air, puis un dépôt de plainte, sans compter la mauvaise presse ainsi engendrée. Ziehrer s'exila volontairement pendant quelques années, en Europe de l'Est et en Allemagne, avec un orchestre reconstitué. C'est lors d'un concert à Berlin en 1881 qu'il fit la connaissance de sa future épouse, la célèbre chanteuse d'opérettes Marianne Edelmann.

Ce n'est qu'en 1885, lors de son troisième engagement comme chef miliaire, cette fois auprès du régiment Hoch- und Deutschmeister, qu'il recouvra sa réputation à Vienne ; en quelques jours, il sut hisser la qualité de l'orchestre à un niveau jusqu'alors impensable pour un ensemble militaire, attirant ainsi un public immense. Pendant les concerts civils, conformément à l'usage, plusieurs de ses percussionnistes et cuivres troquaient leurs instruments pour des instruments à cordes. Ziehrer avait enfin trouvé sa vraie place ; d'ailleurs, la plupart de ses meilleures pièces à danser datent de la décennie qui suivit. Suivirent d'innombrables bals et festivités, souvent pour des concerts de bienfaisance, tant et si bien que l'on finit par le considérer comme un véritable philanthrope.

Ziehrer connut son heure de gloire militaire et musicale lorsqu'il représenta l'Autriche à l'Exposition universelle de Chicago en 1893, se produisant chaque soir pendant toute la période. A la même occasion, on put applaudir John Philip Sousa avec son célèbre ensemble, ce qui fit courir la rumeur d'une concurrence entre les deux hommes, rumeur sans fondement aucun. Quoi qu'il en soit, Ziehrer et son orchestre étendirent leur tournée américaine bien au-delà de leur permission, ce qui leur valut d'être démis de leurs fonctions dès leur retour. Engagés à Berlin, Ziehrer et son ensemble - rebaptisé pour l'occasion Chicagoer Konzert-Kapelle - partirent en tournée dans plus de 40 villes allemandes : chacune de leurs apparitions fut saluée, en particulier pour la fougue et la qualité technique de l'orchestre. Après avoir vainement tenté de se produire à Londres, la déception et le surmenage l'obligèrent à se retirer à la montagne en Autriche. C'est alors qu'il décida de se consacrer sérieusement à la composition d'opérettes ; de ses tentatives antérieures, peu convaincantes, seuls des extraits de König Jérôme nous sont parvenus, le reste de la partition ayant été détruit lors de l'incendie du Ringtheater de 1881. Son premier véritable succès populaire date de 1899, l'année de la mort de Johann Strauss et Carl Millöcker, avec Die Landstreicher qui brisa tous les records d'alors : plus de 1500 représentations.! Suivirent Der Fremdenführer, Die drei Wünsche, Der Schätzmeister et Fesche Geister. Seuls Die Landstreicher et Der Fremdenführer figurent encore de temps à autre au répertoire, même si à l'époque, ses opérettes firent le tour de l'Europe, avant d'arriver à Broadway ! Pourtant, à la différence de ce que produisaient ses contemporains, la couleur très locale de sa musique et les livrets fortement teintés d'esprit viennois voyageaient peut-être moins bien que d'autres. A l'instar de Johann Strauss, Ziehrer fit paraître des arrangements, des danses et des airs extraits de ses opérettes ; ce sont d'ailleurs souvent ces morceaux séparés qui survivent, plutôt que l'ouvrage original.

Pendant cette période assez sombre précédant la Première guerre mondiale, les opérettes de Ziehrer se cantonnaient obstinément au style dit de l'Âge d'or, à une époque où des Franz Lehar introduisaient un langage plus romantique, connu sous le nom d'Âge d'argent. En 1909, l'Empereur Franz Joseph offrit à Ziehrer la position de Directeur du Bal impérial de la Cour, rendant ainsi hommage à sa célébrité et à son importance artistique. Jusqu'à ce qu'éclate la guerre, il composa d'autres œuvres lyriques parmi lesquelles Ein tolles Mädel, Der Liebeswalzer, Ball be Hof, Der Husarengeneral, et Das dumme Herz, cette dernière avec Alexander Girardi dans le premier rôle. Abandonnant la direction de son propre orchestre, il préféra se produire comme chef invité, aux côtés de Franz Lehar, Leo Fall et Oscar Strauss. Avec Lehar, il créa un orchestre permanent de très haut niveau consacré à la musique légère, qui devait devenir plus tard l'Orchestre symphonique de Vienne. Mais la guerre mit un terme à sa fortune, à l'empire et finalement à sa renommée : en 1914, il dirigea le tout dernier Bal de la Cour, puis s'éteignit en 1922, ruiné, et ayant pratiquement cessé toute production dès 1915. Ainsi disparut le dernier des "Rois de la valse", resté cher au cœur de tout viennois.

Il subsiste quelques témoignages filmés et enregistrés de Ziehrer ; en 1949, Will Forst produisit un film basé sur sa vie. Le professeur Max Schönherr, arrangeur, musicologue et longtemps chef de l'Orchestre de la radio de Vienne, publia en 1974 l'essai le plus complet jamais consacré à un compositeur de musique légère : Carl Michael Ziehrer, son œuvre, sa vie, son temps, auquel le rédacteur des notes de cette série d'enregistrements est fort redevable. En 1952, Schönherr remania une opérette posthume intitulée Deutschmeisterkapelle, et sa vie durant, il fut le champion de l'œuvre de Ziehrer.

L'héritage de Ziehrer compte quelque 600 marches et morceaux de danse, ainsi que 23 opérettes. Cette série d'enregistrements propose une sélection de pièces orchestrales, dont plusieurs premières discographiques de certains ouvrages moins connus, aux côtés de pages plus célèbres. Nous espérons que ce compositeur, trop longtemps négligé, retrouvera ainsi la place qu'il mérite auprès des auditeurs.

Freiherr von Schönfeld-Marsch, op. 422 (Marche du baron de Schönfeld)

Pratiquement aussi célèbre que la Marche Radetsky de son illustre aîné Johann Strauss, la marche Schönfeld de Ziehrer est depuis 1920 la marche officielle de l'armée autrichienne. Elle est souvent donnée en bis au concert en Autriche et, au même titre que Radetsky, soulève l'enthousiasme des foules qui l'accompagnent en tapant des mains. Il n'est pas d'orchestre militaire au monde qui, un jour ou l'autre, ne l'ait pas jouée. Ziehrer a écrit cette pièce à l'intention du Baron von Schönfeld, alors chef de l'état-major autrichien, de manière inopinée ; il semble que le baron ait émis le souhait qu'une marche lui fût dédiée, ainsi que le font tant d'autres qui pensent ainsi se glorifier à leurs propres yeux. Lorsqu'il relança Ziehrer qui ne s'était pas manifesté depuis bien longtemps, celui-ci se serait exclamé, si l'on en croit un collègue contemporain : "Seigneur, j'avais complètement oublié !". S'asseyant au piano, il laissa libre cours à son imagination qui lui dicta ainsi les thèmes, thèmes qu'il confia ensuite audit collègue afin qu'il les instrumente pour un orchestre militaire : ainsi serait née la marche. Elle fut répétée dans les baraquements par l'orchestre Hoch- und Deutschmeister puis créée au Stahlehner de Vienne le 16 octobre 1890. A la lumière de l'immense renommée de cette pièce - et de par le fait que Ziehrer fut occasionnellement chef d'harmonie militaire - certains musicologues crurent, bien à tord, qu'il était avant tout un compositeur de marches militaires.

Auf hoher See, op. 66 (En pleine mer, valse)

La valse En pleine mer est représentative de la première manière des valses de Ziehrer : il l'écrivit deux ans après avoir commencé la composition, et la dédia à un commandant de la marine autrichienne qui venait de remporter une importante victoire sur la marine italienne. Une bien maigre victoire, il faut bien le dire, car l'Autriche perdit ainsi Venise. Ziehrer présenta sa valse le 10 octobre 1866 à l'occasion d'un grand concert d'été à la Neue Welt où se produisaient également d'autres ensembles militaires.

Après une ouverture qui n'est pas sans rappeler l'adagio de Die Meeresstille de Mendelssohn, la valse décrit les flots dans un crescendo tumultueux. Des valses figurant la mer étaient chose courante à cette époque : il suffit d'évoquer Wellen und Wogen op. 141, œuvre de jeunesse de Johann Strauss, ou son Nordseebilder Walzer op. 390, bien plus tardif (Marco Polo Johann Strauss Jr. Edition complète vol. 6 & 7 respectivement). Le présent enregistrement est une première discographique.

Cavallerie Polka française op. 454

La polka française Cavallerie fut ovationnée lors de sa création le 9 février 1893 à la célèbre Musikvereinsaal de Vienne où Ziehrer, chef de l'orchestre militaire du régiment Hoch- und Deutschmeister, dirigeait un concert en l'honneur de la cavalerie. La musique reflète clairement le sujet dans cette composition inévitablement descriptive, dédiée au corps des officiers de la cavalerie austro-hongroise sous le titre original de Reiterei. La pièce débute par l'appel du 62ème régiment d'infanterie ; la première partie du trio est d'une inspiration similaire à la marche Fehrbelliner Reitermarsch de Richard Henrion.

Ein Blick nach Ihr ! op. 55, Polka schnell (Un regard sur elle ! polka rapide)

A ses débuts, Ziehrer était en résidence avec son orchestre à la magnifique salle de la Société horticole à Vienne, inaugurée en 1865 - à cette occasion, il créa sa valse Blumegeister op. 22 (cf. la valse O diese Husaren !) - avec rien moins que quatre orchestres militaires et trois chœurs. Ein Blick nach Ihr ! avait été écrite pour un bal masqué qui eut lieu le 8 février 1866, et fut reprise huit ans plus tard lors d'un concert - dans la même salle - financé par l'association Schiller qui était très impliquée dans la vie de l'orchestre. Il s'agit ici encore d'une première discographique.

Gebirgskinder Walzer, op. 444 ( Valse des enfants de la montagne)

La valse Les enfants de la montagne est l'une des œuvres les plus connues de Ziehrer ; l'introduction est confiée à un solo de cithare, ce qui n'est pas sans évoquer la célèbre valse de Strauss Contes de la forêt viennoise op. 325. De nos jours, au concert, on remplace avantageusement la cithare par une harpe, ainsi que c'est d'ailleurs le cas sur notre enregistrement. Au début du 19ème siècle, la cithare était un instrument fort répandu et immensément populaire ; Ziehrer lui-même était membre honoraire de la célèbre Société de la cithare. Nombreuses sont ses œuvres qui ont été arrangée pour la cithare, souvent par le compositeur et adaptateur Franz Wagner - à ne pas confondre avec Josef Franz Wagner, le célèbre chef d'orchestre militaire et compositeur autrichien qui vivait à la même époque -. Bien qu'elle avait déjà été créée le 21 novembre 1892 au château de Laxemburg, la valse fut reprise en janvier 1893 au Palais Hofburg à l'occasion du mariage de l'archiduchesse Margarethe Sophie et du duc Albert de Württemberg. Cette pièce apparut dans la programmation régulière de des concerts d'académie de Ziehrer au Ronacher. Gebirgskinder fut écrit, à l'origine, avec accompagnement de chœur d'hommes chantant bouche fermée, et elle présente une impressionnante brochette de beaux thèmes de valse qui culminent un éclatant finale : il n'est donc pas étonnant qu'elle figure toujours au répertoire de valse autrichien.

Auf ! In’s XX Jahrhundert Marsch, op .501 (En avant dans le 20ème siècle, marche)

C'est avec l'entraînante valse En avant dans le 20ème siècle que Ziehrer contribua au carnaval qui marqua, en 1900, l'avènement du nouveau siècle : elle fut composée pour le Concordia Ball du 19 février. Toutefois, sa première audition avait déjà eu lieu le 23 janvier, sous forme de marche vocale pour le Bal du Carnaval, par le chœur d'hommes de Vienne, dans la Sofiensaal. Le texte de Schier était disposé graphiquement sur la couverture illustrée de la partition de piano, et les dessins faisaient tous allusion aux progrès techniques : on y voit un dirigeable de la Compagnie de dirigeables de Vienne, un train et un aéroplane. "Nous entrons en vitesse dans le 20ème siècle, nous allons à Paris en dirigeable, et le voyage vers la Chine devient abordable", etc. Le croquis, avec à l'arrière-plan la silhouette de Vienne, montrait des poteaux téléphoniques figurant l'avance rapide des télécommunications. Comme il se doit, cette première discographique commerciale marque le centenaire du précédent passage d'un siècle à l'autre, alors que nous entrons dans le 21ème siècle. Parmi les autres compositeurs ayant contribué à ce Concordia Ball, on peut citer Josef Bayer, Karl Komzák, Wilhelm Wacek, et Eduard Strauss avec sa Klein Chronic op. 128, polka rapide.

D’Kernmad’ln, Original Steierische Tänze op. 58 (D’Kernmad’ln, danses styriennes)

L'intitulé "danses originales styriennes" provient de la forme du Ländler, à partir duquel Lanner et Strauss père développèrent la structure définitive de la valse. Parmi les œuvres de Lanner, on peut citer Steyrische Tänz op. 115 et 's Hoamweh op. 202. Ces pièces étaient inspirées des danses styriennes, spécialité des chanteurs alpestres qui voyageaient alors à travers le pays. Lanner écrivit une quinzaine de Ländler dans sa jeunesse, et on en doit bon nombre à Johann Strauss ainsi qu'à Josef Strauss. Ziehrer, qui entendait établir sa renommée populaire aussi vite que possible, ne tarda pas à écrire une pièce donnant lieu à tous les pas de danses habituels : D'Kernmad'ln, bourré d'invention mélodique, compte parmi ses plus grandes réussites. La danse est en trois parties, commençant dans un tempo lent, pour finir sur une cadence rapide. Le Ländler devait finalement céder le pas à la valse, pour des raisons dues au changement de style de vie survenu vers 1848 : la "scandaleuse" promiscuité des valseurs était considérée à Vienne comme une nouveauté osée par rapport aux coutumes plus pudiques. Toutefois, le bon vieux Ländler n'était pas sans éveiller une certaine nostalgie auprès du public. C'est pour l'apothéose d'un bal masqué du 8 février 1866 que Ziehrer composa cette œuvre délicieuse.

Ballfieber Polka française, op. 406 (Fièvre de bal, polka française)

La Ballfieber Polka fut entendue pour la première fois le 24 janvier 1889 lors d'un concert à la Sofiensaal dédié à la faculté de médecine de l'Université de Vienne, aux côtés d'une valse du baron Lilienau et d'une polka de Wilhelm Wacek. Le baron n'était alors qu'un étudiant, mais il devait se faire connaitre plus tard comme ingénieur, propriétaire de brasserie, et comme un académicien célèbre ; il s'efforça d'établir un lien entre sciences et arts, soutenant de nombreux événements musicaux et éditant ses propres compositions. C'était un excellent pianiste, farouche défenseur des œuvres de Josef Strauss et de Ziehrer.

Ich lach Walzer op. 554 (Je ris, valse)

Comme tant d'autres succès de Ziehrer, Ich lach Walzer est tiré d'une opérette, en l'occurrence Das dumme Herz ("Le cœur stupide") créée au Théâtre Johann Strauss à Vienne le 27 février 1914. Dans le premier rôle de l'opérette : Alexander Girardi, qui apparaissait dans chacun des trois actes sous l'aspect d'un frère différent - un horloger, un députe du parlement, et un juge -. La censure, qui venait de faire sa réapparition, interdisait alors que des fonctionnaires fussent ridiculisés : la première fut donc repoussée, et les noms changés. Girardi était particulièrement intéressé par cette pièce car il n'était pas obligé d'y faire continuellement le pitre : le personnage principal était autrement complexe. L'opérette connut un succès retentissant, avec une série de 129 représentations que seule la première guerre mondiale vint interrompre. A l'époque, on salua en elle le renouveau de la forme, car c'était effectivement une pièce dont l'intérêt dramatique était particulièrement soigné. Plusieurs des mélodies utilisées dans l'opérette reprennent des pièces de danses composées auparavant, mais Ziehrer combina les thèmes de telle manière que l'œuvre fut considérée comme très moderne. La valse s'ouvre avec les refrains rythmiques extraits du trio de la polka Schneidig op. 387, datant de 1887. Le refrain original de l'entrée de Girardi Für Herz und Seel’ ist Ruh’ nur g’sund, ich lach ("Pour le cœur et l'âme, le repos est sain - Je ris") donne son titre à la valse. Vient ensuite un thème de valse très connu, repris de la valse Wie man im Himmel lebt op. 322, un arrangement basé sur son opérette König Jérôme de 1881 (cf. Ziehrereien Walzer ci-dessous) ; le thème apparaît également dans l'ouverture. L'éclatante valse finale est tirée de la coda de la valse Teuferln op. 485 de 1898.

Wenn man Geld hat, ist man fein ! Marsch op. 539 (Quand on a de l'argent, tout va bien, marche)

L'entraînante marche Wenn man Geld hat est tirée de l'opérette de Ziehrer Liebeswalzer de 1908, son dernier grand succès scénique. Elle démontre non seulement ses talents d'orchestrateurs, mais également ceux de compositeur à part entière : la mélodie comporte des contrepoints d'une facture qui n'apparaît jamais dans des œuvres similaires chez ses contemporains. Ceux qui connaissent l'opérette sauront reconnaître les thèmes, d'autant qu'il en existe un enregistrement commercial - l'unique version d'une opérette de Ziehrer jusqu'ici -. L'œuvre connut plus de 100 représentations au Raimundstheater, mais on estime à 500 le nombre total, tenant compte des spectacles donnés dans d'autres salles. Après la création, la critique salua en Ziehrer "le dernier tenant de la vieille garde qui puise ses sources dans la musique de danse tout en s'élevant au-dessus de son niveau : une œuvre qui est un succès personnel considérable". L'opérette fit le tour du monde, y compris à Paris et Milan où elle fut renommée Valzer di Amour, et à Broadway dans une version américanisée et agrémentée de mélodies de Jerome Kern, sous le titre The Kiss Waltz.

O diese Husare Walzer (Oh ces hussards, valse)

Avec son opérette Manöverkinder de 1911, Ziehrer ne connut que des ennuis ; remaniée et rebaptisée Der Husarengeneral pour la saison suivante, elle fut donnée une cinquantaine de fois. Ziehrer, malade, ne put assister à la création au théâtre d'été Venedig in Wien, dans le Prater de Vienne, le 22 juin 1912. Le théâtre, soit dit en passant, fut ultérieurement renommé Kaisergarten. Cet été-là, le temps épouvantable provoqua de nombreuses annulations, et le propriétaire du théâtre, le célèbre Gabor Steiner - un ami personnel de Ziehrer - dut fuir le pays pour cause de faillite. Par ailleurs, d'incessantes querelles opposaient Ziehrer, ses librettistes et l'éditeur Herzmansky qui refusait de publier l'opéra : ce fut donc Ziehrer qui s'en chargea, à compte d'auteur. La valse O diese Husaren reprend des thèmes de l'opérette, et l'orchestration initialement publiée est due à Martin Uhl. Il semble que Ziehrer ne fut pas ici aussi pointilleux qu'à son habitude, n'arrangeant que cette valse et la marche Husarenstreiche op. 553 pour piano, à partir de l'opérette. La valse omettait le thème de la valse chantée Alte Liebe neue Liebe tirée de Manöverkinder. Dans cette première discographique, et par souci de respect pour le texte original, le thème a été restituée dans le second thème de valse, et le chef Christian Pollack l'a réorchestrée d'après la partition originale : la valse s'en trouve ainsi plus cohérente. Les thèmes principaux qui la composent proviennent de deux pièces nettement plus anciennes : le premier reprend l'air Das war der erste Walzer, issu lui-même de la valse chantée Der Schani und die Fanny op. 328 n° 3, qui à son tour tire ses sources de la valse Blumengeister Walzer op. 33, écrit 46 ans auparavant. Au début des années 1880, Ziehrer avait écrit une série d'airs pour la chanteuse d'opérette Marienne Edelmann dont il venait de faire la connaissance, et qui devait plus tard devenir son épouse : ces airs, incluant celui qui nous intéresse ici, connurent un succès considérable à l'époque. La troisième valse tire son thème d'une courte pièce intitulée Weihnachtsmärchen que Ziehrer destinait à la publication dans le Neue Wiener Journal de 1904. Le style quelque peu rêveur de la valse dans sa version définitive reflète le ton plus médtatif de ses dernières compositions.

Wurf-Bouquet Polka Mazurka, op. 426 (Lancer de bouquets, Polka Mazurka)

Wurf-Bouquet est un parfait exemple de l'art de Ziehrer dans la forme plus aimable de la polka mazurka, où il était l'amical concurrent de Josef Strauss. Composée en 1890 au sommet de sa gloire - il était alors le chef de musique du régiment Hoch- und Deutschmeister - elle fut probablement présentée lors de l'un de ses concerts d'académie au Ronacher à la fin de décembre, en préparation à la prochaine saison de carnaval. Il s'agissait là de concerts hebdomadaires que Ziehrer organisa avec son orchestre pendant plusieurs années, au point de devenir l'un des points forts de la scène musicale viennoise.

Ziehrereien Walzer op. 478 (Valses Ziehrer)

La Ziehrereien Walzer fut également présentée par Ziehrer lors de l'un de ses concerts réguliers au Ronacher, le 28 novembre 1897. Il utilisa des mélodies originalement conçues pour d'autre valses, pour les fondre en une pièce de concert cohérente. Par conséquent, il y avait l'inévitable introduction sous forme de marche - extraite de Le petit soldat op. 319/2 - suivie d'une série de valses tirées de Echt wienerisch op. 381, Jérôme-Quadrille op. 320, Militär Marsch op. 321 et Verliebt op. 319/1. Echt Wienerisch a toujours été l'un des favoris des orchestres de Schrammel, ces petits ensembles viennois typiques. Toutes les autres pièces proviennent de son premier grand succès scénique, König Jérôme, dont la partition fut détruite dans le catastrophique incendie au Ringtheater de Vienne en 1881, où l'opérette avait été montée en 1878. Heureusement, Ziehrer avait déjà envoyé plusieurs morceaux, dont l'ouverture, aux éditeurs. Il était habituel parmi les compositeurs en vogue de faire paraître ainsi des morceaux séparés : danses, marches et ouverture, ainsi que certains airs à succès de leur dernière opérette. Bien qu'elle soit parfois jouée en concert et qu'elle ait fait l'objet d'un programme télévisé autrichien, cette valse est ici présentée en première discographique du commerce.

Kulturbilder op. 564

En 1920, Ziehrer était trop malade pour assister à la création de sa dernière grande valse, Kulturbilder, écrite pour le Concordia Ball de l'année. Pourtant, il était initialement prévu qu'il la dirige lui-même. Il s'agit ici d'une première au disque, de la version complète de surcroît, version qui n'avait jamais été présentée, pas même à la création. Ziegler s'était excusé de n'envoyer qu'un manuscrit de la partie de piano ; le Neue Wiener Journal n'évoqua pas l'aspect musical du bal du Concordia, ne s'intéressant qu'aux célébrités, parmi lesquelles Robert Stolz et Furtwängler. La présente orchestration, réalisée à partir du piano solo original, est due au Professeur Gustav Fischer, qui la donna en première audition à l'occasion du concert célébrant son 75ème anniversaire en 1998. Il est à noter que c'est là l'antépénultième valse jamais écrite par un compositeur viennois de l'Âge d'or.


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