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8.225295 - FUMET: Works for Flute (Complete)
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Raphaël Fumet (1898-1979)
Un compositeur atypique

Fils du compositeur Dynam-Victor Fumet (élève de César Frank, 1867-1949), frère de l’écrivain Stanislas Fumet, père du flûtiste Gabriel Fumet Raphaël Fumet manifeste très jeune des dons exceptionnels de pianiste et d’improvisateur;

Parallèlement à ses études de composition avec Vincent d’Indy à la Schola Cantorum, il est engagé dans de nombreux cinémas parisiens où ses facilités extraordinaires lui permettent d’improviser directement à l’orgue sur les images des films muets de cette époque. Son charisme de musicien lui vaut l’amitié de nombreux artistes, principalement à Montparnasse; il se lie surtout avec des peintres et des sculpteurs encore inconnus comme Soutine, Modigliani, Janette Hébuterne, Juan Gris, Joseph Bernard...

De nature très indépendante, naturellement peu porté à affronter le sectarisme exacerbé des querelles esthétiques de son temps, Raphaël Fumet se retire tout d’abord à la campagne dans le célèbre collège Juilly en Seine et Marne où il restera dix ans Maître de Chapelle. Lors de la débache de 1940, il quitte Juilly avec sa famille et s’installe à Angers où il devient professeur de piano et d’harmonie au Conservatoire ainsi qu’organiste à l’église St Joseph, poursuivant l’oeuvre de son père dans un isolement presque total.

L’histoire de l’art a toujours été celle du génie plutôt que celle - surtout à notre époque - des divers académismes à la recherche d’un consensus esthétique, “historiquement correct”. La musique de Raphaël Fumet illustre singulièrement ce paradoxe. Bien que possédant au plus haut point les qualités d’un créateur hors pair, il lui manqua essentiellement un savoir-faire social fondamental dans un temps où le compositeur est totalement dépendant des structures de l’institution qui régissent son art dans cette très dure compétition. Cela explique sans doute l’extraordinaire abandon dans lequel est restée son oeuvre qui commence seulement à être édité. Bien sûr, le fait que sa musique ne soit jamais entrée en rupture avec une filiation qu’on pourrait situer de Monteverdi à Stravinsky en passant bien évidemment par son père Dynam-Victor Fumet qu’il vénérait, n’a pas facilité sa promotion dans une période où tout langage ne se recommandant pas de l’avantgardisme était réputé sans valeur.

De plus, persuadé que sa musique avait peu de chance d’être comprise, Raphaël Fumet ne fera pratiquement rien pour la diffusion de son oeuvre.

“Je ne crois plus au succès de la musique sérieuse” écrit-il à un ami à propos d’une de ses oeuvres Le Colloque des Horizons, malheureusement disparue. “L’homme du siècle veut jouir dans la musique de tout autre chose que de ce qui est l’harmonie, au sens propre et universel du mot. Il veut du sensuel ou du “scientifique” mais jamais de l’amour qui ressemble aux arbres et aux fleurs, ce qui le fait paraître démodé et sans intérêt. Il est vrai que la réalisation d’une oeuvre musicale est un tel travail, une telle entreprise sur sa vie propre, qu’on a peu de temps dans son parachèvement de s’occuper, si sa chère fille, le jour de sa présentation au public, aura du succès au bal...”

Bien que condamné à créer en silence jusqu’à sa mort (Angers 1979), sans jamais entendre l’écho de sa musique, Raphaël Fumet nous a laissé - malgré un inévitable découragement - un certain nombre d’oeuvres toutes significatives dans leur diversité qui témoigne de la liberté anti-conformiste de leur auteur à la recherche, envers et contre tout, de la seule beauté musicale :

- plusieurs ouvrages symphoniques - dont la Grande Symphonie de l’âme, jouée à deux reprises par l’Orchestre National des Pays de la Loire sous la direction de François Bilger et Marc Soustrot.

- des oeuvres pour orgue et des pièces pour piano.

- un quatuor à cordes créé par le quatuor Via Nova et repris par le nouveau quatuor de Budapest.

- un quintette à vents créé à Radio France par des membres de l’Orchestre National.

- des oeuvres pour flûte enregistrées chez Naxos par Gabriel Fumet, Benoît Fromanger, Philippe Pierlot, etc. (Naxos 8554082).

- diverses oeuvres de musique de chambre dont certaines enregistrées chez Arion (ARN68475).

A écouter cette oeuvre si forte, on est obligé de considérer qu’il n’y a pas un sens de l’histoire de l’art unique et inéluctable, mais des directions différentes parfois contradictoires avec, dans certains cas, de possibles retours vers des horizons antérieurs...

Frondaison pour flûte et piano
(David Berdery - piano)

Cette courte pièce avait été conçue pour les besoins d’un film sur Israël Entre et ciel et terre (1950). Sorte d’incantation au désert où le compositeur semble interroger la nuit des temps, elle nous rappelle l’Ode concertante pour flûte et orchestre composée beaucoup plus tard où l’auteur nous faisait part de ses réflexions sur les difficiles relations des techniques de l’harmonie rigoureuse et d’une mélodie vraiment libérée des obligations tonales et de toute symétrie rythmique tel le chant de l’oiseau... Ecrite originellement pour flûte et orgue cette oeuvre peut se jouer aussi avec piano.

Trio pour flûtes

Composée en 1956 pour sa classe de musique de chambre au conservatoire d’Angers, il émane de cette oeuvre une densité et une richesse exceptionnelles pour la modicité des moyens employés.

Diptyque Baroque

1958, la renaissance du baroque commence, grâce au disque, à prendre un essor extraordinaire. Raphaël Fumet n’y est pas insensible et s’intéresse ici au mélange de deux timbres rarement sollicité, la flûte et l’alto, en utilisant lui aussi l’esprit baroque tout en conservant une surprenante originalité dans un style déjà tant parcouru.

Intermède romantique pour flûte et piano
(David Berdery - piano)

Composée vers les années 1970 cette oeuvre illustre singulièrement l’indépendance d’esprit de l’auteur qui en plein triomphe institutionnel de la musique sérielle n’hésitait pas à créer cette pièce au titre significatif en se laissant aller à ses pulsions romantiques en toute liberté. D’une redoutable subtilité malgré une écriture apparemment traditionnelle elle exige des interprètes une concentration et une intériorisation particulière pour en exprimer toute la magie dans sa paradoxale nouveauté.

Interpolaire

A la limite de la conscience totale, cette oeuvre, au titre insolite, tente de résoudre les difficiles relations de la tonalité et d’un espace mélodique entièrement libéré.

Cantate biblique pour quatre flûtes et un violencelle

La cantate biblique de Raphaël Fumet, comme Frondaison, a pour origine la musique d’un film consacré à des images sur Israël : Entre ciel et terre. Dans cette fresque musicale (il s’agit ici d’une évocation des lieux saints), l’inspiration de l’auteur prend sa source dans ce qu’il appelait lui-même les “horizons antérieurs”, ce qui explique sans doute un langage plus traditionnel, bien que revêtant une forme parfaitement originale, tant sur le plan de l’instrumentation tout à fait inusitée, que sur le choix inattendu des moyens expressifs qui ne sont pas sans rappeller ceux de la cantate. La réussite exemplaire de cette musique originellement conçue pour commenter intérieurement des images bibliques a encouragé l’auteur à en faire cette oeuvre définitive.

Quatuor pour flûtes

Cette oeuvre, composée à la même époque que la Cantate biblique, reflète une poésie neuve pleine de fraîcheur et d’invention dans un langage plus contemporain aux accents heurtés, bien que toujours intégrés au naturel de la vie.

Lacrymosa

Composé originellement pour alto et piano, Raphaël Fumet en a fait aussi cette version pour flûte et piano légèrement différente. Une mélodie sans faille, à la fois simple et grave, se meut dans un champ d’extraordinaires harmonies qui, malgré leur apparente simplicité, témoignent de la singularité perception de leur auteur.

L’Ode concertante pour flûte et orchestre à cordes
(Version avec piano)

Ce qui caractérise cette oeuvre, c’est l’étonnante dimension donnée probablement pour la première fois à la flûte. A une époque où cet instrument prend un essor particulier, il était important de lui donner une oeuvre à part entière où elle puisse rivaliser avec le violon ou la voix par exemple, tant par la profondeur du propos qui lui est confié que par l’étendue du registre qui mobilise entièrement ses possibilités. Voici ce qu’en disait luimême le compositeur :

“L’Ode Concertante m’apparaît, et cela en premier lieu, comme le résultat d’une longue réflexion sur les difficiles relations des techniques de l’harmonie rigoureuse et d’une mélodie libérée des obligations tonales et de toute symétrie rythmique. L’atonalisme aussi est si souvent devenu une ennuyeuse discipline ! Et pourtant ! Quoi de plus atonal et de plus exemplaire que le chant de l’oiseau, si libre, s’élevant au-dessus des formes enracinées - tels les arbres - à la redécouverte d’horizons nouveaux?... Prendrai-je cette image, cet exemple idéal, pour traduire avec des mots ce que j’ai tenté en termes sonores? Mon propos de compositeur ne fut en rien littéraire ! Mais la forme de mon Ode n’est pas traditionnelle, donc échappe peut-être aux règles traditionnelles de l’analyse musicale.”

Gabriel Fumet


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