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8.553734 - KRAUS: Symphonies, Vol. 1
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Joseph Martin Kraus (1756 -1792)
Olympie, ouverture
Symphonies en mi bémol majeur, ut majeur et ut mineur

L'accession au trône de Suède de Gustave III, en 1771, marque une date importante dans une vie artistique à laquelle le nouveau monarque donna une impulsion décisive. La musique fut l'un des principaux bénéficiaires de l'âge d'or que connurent les Beaux Arts sous son règne et l'on en trouve l'illustration dans la fondation, à l'initiative du roi, de L'Académie de Musique ou celle, de quelques années postérieure, de l'Opéra Royal Suédois, reflet de l'attrait de Gustave III pour le theatre.

Ce soudain intérêt pour la musique mit toutefois aussi en évidence la pénurie d'artistes nationaux et l'on fut vite contraint de faire appel à des musiciens étrangers, le plus souvent d'origine germanique, tels que Johann Gottlieb Naumann, Georg Joseph - l'Abbé -Vogler, Johann Christoph Friedrich Hæffner et Joseph Martin Kraus, ce dernier comptant parmi les plus attachantes figures de cette "immigration musicienne".

Celui que l'on a parfois désigné comme le "Mozart suédois", avait vu le jour à Miltenberg sur le Main, le 20 juin 1756, et avait travaillé dès l'âge de douze ans dans l'un des hauts lieux musicaux d'Allemagne: Mannheim. L'horizon du jeune homme ne se limitait cependant pas à la musique et il se fit également remarquer pour ses remarquables aptitudes dans le domaine du droit et des lettres. C'est d'ailleurs au sein du cercle littéraire "Göttinger Hainbund" qu'il fit la rencontre de l'étudiant suédois Carl Stridsberg qui, en 1778, le persuada de l'accompagner sur sa terre natale et de tenter sa chance à la cour de Gustave III.

Âgé de vingt-deux ans seulement, l'artiste allemand s'affirmait déjà à cette date comme un musicien très complet avec à son actif des symphonies, de la musique sacrée et un premier opéra dont ne subsistent que des fragments: Azire.

Dès 1780 Kraus devint membre de l'Académie de Musique Suédoise et la création de son opéra Proserpine l'année suivante au Château d'Ulriksdal recueillit un franc succès. Apprécié par Gustave III, Kraus se vit alors offrir la chance d'accomplir un voyage long de cinq années afin de perfectionner son art à l'étranger. Cette période, très importante dans la maturation du musicien, lui permit de faire la connaissance de Gluck et de Haydn, deux compositeurs qui marquèrent durablement son style. C'est par ailleurs durant ces années passées loin de la cour de Suède que Kraus livra nombre de ses réalisations les plus remarquables. D'aucunes furent d'ailleurs publiées à Vienne ainsi qu'à Paris - où l'on pense que le Concert spirituel fut le commanditaire de plusieurs partitions de l'artiste.

De retour à Stockholm en 1787, Kraus se heurta à la jalousie et aux intrigues de certains confrères. Il les surmonta néanmoins et accéda l'année suivante au poste de chef principal de l'Opéra Royal et se vit par ailleurs confier le département pédagogique de l'Académie de Musique.

Il ne remporta toutefois qu'un accueil très mitigé en tant que compositeur et, si l'on excepte celle élaborée à l'occasion de la mort de Gustave III - assassiné en mars 1792 -, les symphonies qu'il composa restèrent méconnues du public suédois. Quant au vaste opéra en cinq actes Aeneas en Carthage, fruit d'une dizaine d'années de travail, il ne fut créé qu'en 1799, sept ans après la mort de son auteur le 15 décembre 1792, à Stockholm...

Très attiré par le théâtre, Kraus, en plus de ses opéras et ballets, laisse diverses musiques de scène dont une écrite à l'occasion de la représentation, en janvier 1792 au Théâtre Royal, de l'Olympie de Voltaire dans la traduction de Kellgren. La partition que l'artiste livra à cette occasion comporte une ouverture, une marche et plusieurs interludes. Son épisode initial adopte la structure d'une ouverture à la française avec un solennel adagio introductif, un vigoureux allegro et un épilogue.

Parmi la quinzaine de symphonies que Kraus composa, douze ont été conservées. Elle obéissent toutes à un plan en trois mouvements. Les trois ouvrages regroupés sur ce CD naquirent durant la première moitié des années 1780: celle en ut majeur à Stockholm en 1781 et les deux autres durant le voyage du musicien en Europe. Réalisation instrumentale la plus jouées de son auteur, la Symphonie en ut mineur est issue d'une version primitive en ut dièse mineur et leur comparaison met en évidence le considérable enrichissement d'une écriture de caractère très Sturm und Drang.

On a d'ailleurs parfois laissé entendre que la Symphonie en ut mineur aurait été exécutée en 1783 lors de la visite de Kraus à Haydn au palais d'Esterháza. Sa naissance est généralement considérée aujourd'hui comme plus tardive, mais il n'empêche que Haydn entendit de la musique de son collègue à cette occasion - sans doute une symphonie en ré majeur - et qu'il la commenta en des termes fort élogieux que rapporte le diplomate suédois et ami commun des deux musiciens Fredrik Silfverstolpe: "La symphonie qu'il a écrite ici à Vienne spécialement pour moi sera considérée comme un chef-d'œuvre pour les siècles à venir. Croyez-moi: peu de gens sont capables d'écrire une chose comparable."

Traduction @ 1997 Alain Cochard


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