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8.553741 - FAURÉ: Pelleas et Melisande / Valses-caprices
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Gabriel Fauré (1845-1924) Musique pour piano

Celui que l'on a parfois qualifié de "Schumann français" est surtout connu pour ses mélodies. quelques pièces de musique de chambre et le Requiem. De son œuvre pour piano, son instrument de prédilection, seules ses compositions de la première période, écrites entre 1881 et 1886, connaissent la faveur des salles de concert. Ecrites à une époque où Brahms était au faite de sa gloire, où Wagner rayonnait, où Saint-Saëns dominait la musique instrumentale française, elles demeurent, de par leur nature brillante et virtuose, plus facilement accessibles tant auprès des interprètes que du public. Fauré écrivit pourtant sa dernière page pour le piano. le Nocturne n° 13, pratiquement quarante ans plus tard, alors que Schoenberg et Stravinsky venaient de changer pour toujours le cours de l'histoire de la musique en transformant radicalement le langage musical hérité du XIXe siècle et que le Groupe de Six avait livré ses premiers concerts pleins d'impertinence juvénile. Tendant vers une épure et un dépouillement toujours plus grand, les œuvres des deux dernières périodes créatrices pianistiques (respectivement de 1892 à 1902 et de 1905 à 1921) sont généralement moins connues et moins jouées. Cet enregistrement présente des œuvres écrites entre 1883 et 1894 avec la Mazurka opus 32 et les Valses-Caprices mais aussi la version pour piano de la fameuse Pavane et de la musique de scène pour Pelléas et Mélisande.

Gabriel Fauré vit le jour le 12 mai 1845 à Pamiers dans l'Ariège au sein d'une famille modeste où rien ne le prédisposait à la musique. avec des grands-parents paternels bouchers, un père instituteur et une mère descendante d'un capitaine de l'Empire. Il est vrai qu. entre le retour de chez sa nourrice et son départ pour l'Ecole Niedermeyer, il ne vécut que cinq ans au foyer familial. Le jeune Gabriel avait en effet été très tôt remarqué pour ses dons musicaux et le directeur même de la fameuse école parisienne ravait invité à rejoindre rintemat, prenant à sa charge tous les frais scolaires. Fauré resta de neuf à vingt ans dans cette institution de musique classique et religieuse, suivant renseignement général en latin, histoire géographie, littérature ainsi que des classes d'orgue, de contrepoint, fugue, harmonie, chant, piano et composition. A la mort de Niedermeyer, il y rencontra Saint-Saëns de dix ans son aîné qui lui fit découvrir les œuvres avant-gardistes de Schumann, Liszt et Wagner. Des premières compositions virent le jour, des mélodies, ses Trois romances sans paroles pour piano parues en 1880 et le Cantique de Racine pour chreur.

Organiste à Rennes de 1866 à 1870, Fauré revint ensuite à Paris où il fit ses débuts sur la scène musicale parisienne alors en complet renouvellement, avec entre autres la fondation de la Société nationale dont la devise, Ars Gallica, illustrait au mieux le désir de promouvoir les œuvres de compositeurs français. Poussé et aidé par Saint-Saëns, Fauré accéda aux orgues de Saint-Honoré d'Eylau, puis de Saint-Sulpice (tenu par Charles-Marie Widor) et enfin à partir de 1874 de La Madeleine où ille remplaça bien souvent. Il succéda d'ailleurs à son ancien professeur comme titulaire des orgues de la Madeleine en 1896, rannée même où il fut nommé professeur de composition au Conservatoire de Paris. Ce fut encore Saint-Saëns qui entre les années 70 et 90 raida à faire "son entrée dans le monde", l’introduisant dans les salons parisiens - ceux de la princesse de Polignac et de la comtesse Greffulhe par exemple - où brillait l’avant-garde artistique de l’époque. Dans une ambiance fin de siècle, Fauré put enfin trouver un auditoire pour ses œuvres les plus intimes, des nombreuses mélodies, celles du deuxième recueil, aux œuvres pour piano et celles de musique de chambre. Publiée en 1883, la Mazurka fut certainement composée bien auparavant. Il s'agit là d'une des pages les moins personnelles que Fauré consacra au piano. Les Valses-caprices embrassent également l'élégance mondaine et le charme brillant des salons. Ecrite en la majeur, la première Valse-caprice établit le cadre et l'esthétique de l'ensemble dans une atmosphère de sensuelles réjouissances, tandis que la Deuxième en ré bémol majeur retrouve les accents passionnés de Chopin. La Troisième en sol bémol majeur écrite huit ans après, en 1892, dévoile une maturité et une concentration de l'écriture qui s'accentuent encore dans la Quatrième et dernière Valse-caprice, en la bémol majeur pour atteindre un raffinement harmonique splendide.

A la fin des années 80, Fauré se tourna vers le théâtre lyrique qui seul pouvait apporter prospérité et reconnaissance sur la scène musicale française du XIXe siècle. Il est vrai que toujours contraint de donner maintes leçons à droite et à gauche, il ne pouvait que souhaiter une aisance matérielle plus grande, aisance qu'il n'atteindra que vers la soixantaine avec le poste de professeur puis de directeur de Conservatoire. Faute de livret, Fauré se tourna vers la musique de scène avec Caligula, en 1888, Shylock en 1889, Pelléas et Mélisande en 1893 avant de se consacrer à sonçhef d'œuvre lyrique, Pénélope. Après avoir assisté à la  représentation parisienne de Pelléas et Mélisande de Maeterlinck, l'actrice anglaise Mrs Patrick Campbell avait souhaité monter l'ouvrage en anglais à Londres. Elle avait initialement demandé une musique de scène à Debussy qui s'était récusé. Fauré accepta et consacra le mois de mai l898 à la composition de sa partition. Il confia l'orchestration de la version pour piano que l'on pourra découvrir sur ce disque, à son élève Charles Koechlin. L'œuvre s'ouvre par un Prélude (Quasi adagio) en sol majeur qui développe deux idées musicales convenant à la candeur et à la passion fatale de Mélisande. Un court Andantino quasi allegretto intitulé La Fileuse introduit le troisième acte et laisse présager la tragédie à venir, tandis que l'Allegro molto moderato de La Sicilienne présente la scène de la fontaine du second acte. La mort de Mélisande est un Molto adagio élaboré sur un rythme funèbre implacable. A peu près à la même époque, en 1887, Fauré conçut une de ses pages les plus célèbres, la populaire Pavane enta dièse opus 50 qu'il orchestra par la suite. La version pour piano est nettement moins connue mais possède tout le charme nostalgique de cet Andante molto moderato.

Isabelle Battioni


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