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8.553785 - BANCHIERI: Il Zabaione Musicale
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Adriano Banchieri (1568-1634) Il Zabaione musicale

Adriano Banchieri (1568-1634)

Il Zabaione musicale

Festino nella sera del giovedi grasso avanti cena op. 18

 

Compositeur, dramaturge, organiste, théoricien, Adriano Banchieri fut un homme aux talents multiples. Né à Bologne le 3 octobre 1568, il étudia l'orgue et la composition avec Gioseffo Guami. Ce dernier avait été disciple d'Adrian Willaert et d'Annibalo Padovano, membre de l'église San Marco à Venise où il était devenu second organiste sous Giovanni Gabrieli avant de revenir dans sa ville natale de Lucca comme organiste de la Cathédrale. En entrant en 1587 dans l'ordre olivétain des Bénédictins, Banchieri choisit de changer son nom de bâptème, Thomas, pour Adriano par lequel il est connu. Il fut ensuite employé dans plusieurs monastères de son ordre, servant comme organiste à Lucca en 1592, à Siena l'année suivante et à partir de 1596 à S Michele in Bosco près de Bologne. Hormi quelques séjours entre 1600 et 1609 où il exerça son ministère en Toscane et en Vénétie (S Maria in Regola à Imola, au monastère S Pietro à Gubbio et quelques églises à Venise et Verone), Banchieri demeura au couvent de S Michele jusqu'à sa mort en 1634. En 1615, il y fonda l' Accademia dei Floridi avec pour surnom Il dissonante (suivant la coutume, les membres enthousiastes de l'académie, les musiciens et amateurs, les érudits se choisissaient des pseudonymes appropriés). En l'honneur de Monteverdi, l' Accademia eut une réunion le 13 juin lors de la fête de S Antonio di Padova, avec la présence d'autres musiciens de talents venus de Bologna comme Girolamo Giacobbi, maestro di cappella de la basilique de S Petronio, un ami proche de Banchieri. En 1622, quand les réunions commencèrent à se dérouler chez Girolamo Giaccobi, l'Accademia changea son nom pour l'Accademia dei Filomusi, puis en 1633, elle devint l'Accademia dei Filaschi, l'ancêtre direct de l'influente Accademia Filarmonica de Bologne fondée en 1666 et qui existe encore de nos jours. Banchieri reçut le titre d'abbé en 1618. En 1634, sa santé chancelant, il vint s'établir à S Bernardo, à Bologne, où il mourut d'une apoplexie.

 

Comme organiste, Banchieri occupe une position majeure parmi ses contemporains. Comme théoricien, il s'impliqua dans les controverses musicales de l'époque, et plus particulièrement dans les tentatives de réconcilier la pratique modale traditionnelle et la nouvelle tendance vers un principe de tonalités majeures et mineures. Ses compositions furent publiées avec une basse continue et des indications de nuances piano ou forte, très en avance sur leur temps. Non content de s'être consacré à la composition d'reuvres sacrées Banchieri écrivit également bon nombre de pièces profanes, parmi lesquelles figurent des recueils de canzone/tas à trois voix reflétant des situations dramatiques ou des caractères tirés de la commedia dell'arte. Cultivant le burlesque musical, il se servit de ses talents d'écrivain et d'expert en dialectes de l'Italie du Nord pour écrire sous les pseudonymes de Camillo Scaligeri della Fratta et d'Attabalippa del Perù des reuvres vernaculaires comme ses comédies en dialecte bolonais et "La Nobilità dell'asino" (La Noblesse de l'âne), traduite en anglais, français et allemand.

 

Il zabaione musicale, inventione boscareccia (Le sabayon musical, une invention champêtre) fut publié à Milan en 1604. Décrit comme une synthèse des styles de madrigaux, il déploie durant ses trois actes l'évolution contemporaine de la forme. Le premier acte présente l'aspect buccolique, le second le raffinement de la forme durant la Renaissance dans ses Intermedi et le troisième le développement vers une caractérisation plus dramatique. Le divertissement offre selon la préface de Banchieri, un mélange d'assaisonnements divers, et consiste dans une série de madrigaux à cinq voix, une forme de drame polyphonique ou plutôt une série de courtes scènes dramatiques.

 

L'oeuvre débute par une introduction où les voix se présentent, puis invite à célébrer la joie, les voix supérieures évoluant sur une ligne de basse ascendante. Le Prologue est chanté par l' Humor spensierato (l'humour insouciant), qui, dans le cadre traditionnel de l'Arcadie, exhorte les bergers à abandonner toute mélancolie. S'ensuit I'lntermedio di felici pastori (Intermède des bergers heureux) pour due cori (deux choeurs). Progne e Filomela (Procné et Philomèle) offrent un moment de mélancolie, une des quatre passions traditionnelles, un affe/to important dans l'évolution de la théorie musicale de l'époque, selon lequel une reuvre de musique s'exprime avec justesse ou, dans une terminologie aristotélienne et platonicienne, éveille chez l'auditeur un état d'esprit unique. Dans le mythe de Procné et de Philomèle, est dévoilé le crime de l'époux de Procné qui ravit et coupa la langue de la sreur de cette dernière, Philomèle. Les deux sreurs se vengèrent en tuant l'enfant de Procné et de Térée et en le servant en repas à son père. Les Dieux transformèrent les sreurs en rossignol et hirondelle et Térée en vautour ou en huppe. Cinq bergères s'élancent ensuite dans une spagnoletto, une danse au schéma harmonique précis et répété. Lors de ses redites résonne une cornemusa associée aux bergers Banchieri ajoute ensuite une musique sur un poème pastoral du célèbre poète et humaniste Giambattista Guarini.

 

Le deuxième acte du Zabaione débute par un Intermedio di pignattari (Intermède des vendeurs de casseroles), sur un texte tiré d'un recueil de madrigaux à cinq voix publié par Manilio Caputi à Naples en 1593 S'ensuit une lamentation d'un berger pour un oiseau tué par un chat, dont le texte est attribué à un auteur peu connu Agostino da Padova Dans Tirsi a Clori (Thyrsée à Cloris) dans des entrées en imitations, le berger s'adresse à l'être aimé menant à un dialogue entre le berger Amyntas et Daphnée puis au verdict de Cupide. L'oiseau est peu à peu mangé et un madrigal plus formel met un point final à l'acte.

 

Le troisième acte s'ouvre sur un texte de Banchleri lui-même Ergasto appassionato (Passioné Ergastus), où se lamente l'amant Deux bergers amoureux, Silvio et Carino chantent pour leurs chères Amaryllis et Phyllis tandis que dans Gara amorosa di pastori (Duel amoureux des bergers) deux madrigaux sont superposés, le premier aux trois voix supérieures et le second aux ténor et basse Une danse des nymphes et des bergers, puis revient l' Humore spensierato aux cinq voix pour l'épilogue ou la Licenza qui clôt I'reuvre par le finale Viva il dolce Zabaion

 

Festino nella sera del giovedi grasso avanti cena (Festin du soir du jeudi gras avant la cène) fut publié à Venise en 1608 comme opus 18 L'reuvre s'ouvre par un discours du Diletto moderno qui explique comment il rencontra, alors qu'il entrait, un vieil homme, Rigore, représentant le style ancien de composition. Ce dialogue suggère que Banchieri était adepte du style moderne, quoique son respect envers Artusi, le critique de Monteverdi, puisse indique une reconnaissance des mérites du style ancien, la prima prattica de Palestrina Le Festino possède des éléments modernes qui contrastent avec les madrigaux plus conventionnels et invitent à se divertir. Calqués sur des personnages de la commedia dell'arte, le gondolier, son parrain et le vieux Pantalone, offrent un balletto. Le Mascherata di Villanelle voit une vieille fille admirer sa supposée beauté, les paroles sont chantées par les deux voix supérieures sur une imitation d'accompagnement instrumental. Un madrigal aux entrées en imitation incite à poursuivre l'amour puis celui chromatique d'un doux rossignol conduit au Mascherata d'Amanti où les voix imitent les instruments, le luth et le clavecin. Les amants chantent ensuite une Moresca suivie d'un madrigal décrit comme artificioso, puis une canzonetta sur des notes bizarres. Enfin tante Bernadina raconte une histoire suivie d'une capricciata à trois voix. Banchieri présente un chreur d'animaux, un chien, un coucou, un chat et une chouette sur une basse au latin moqueur. Un madrigal sérieux nous conduit ensuite à l'Intermedio des vendeurs de casseroles qui chantent un madrigal. L'histoire drôle du comte est suivie des chansons de fêtes homophoniques et de chansons à boire. Les vendeurs de rue mènent l'épilogue du Diletto Moderno.

 

Isabelle Battioni d'après Keith Anderson

 


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