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8.553955 - VAUGHAN WILLIAMS: Job / The Lark Ascending
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Ralph Vaughan Williams (1872-1958)
The Lark Ascending

 

La musique anglaise du vingtième siècle bénéficia de l'excellence d'un mouvement de renouveau à la dix-neuvième siècle dénommé la Renaissance anglaise. Après de longues années, voire des siècles de musique venue du continent, s'éveillèrent une conscience nationale, une recherche et un retour à une identité musicale anglaise. Cette renaissance n'était pas différente des mouvements nationaux slaves, tchèques, espagnols, hongrois, etc qui grâce à leur patrimoine traditionnel et folklorique cherchaient à retrouver leur âme perdue dans une musique étrangère. En généralisant, on peut dire qu'au début du règne de Victoria la scène musicale était occupée par les œuvres des trois "B" (Bach, Beethoven, Brahms), de Mendelssohn, d'Haendel, par des oratorios grandioses et des festivals pour chœur. Arthur Sullivan (1842-1900) et John Stainer (1840-1901) firent partie de la première génération de compositeurs soutenant la cause d'une musique anglaise, le premier dans un domaine de musique légère, le second plus connu pour sa musique sacrée. Pour la seconde génération, nous pouvons citer Alexander Mackenzie (1847-1935), Charles Parry (1848-1919), Frederic Cowen (1852-1935) Charles Villiers Stanford (1852-1924) et Edward Elgar (1857-1934). Conscients de leur devoir, la plupart d'entre eux participèrent à la formation des générations suivantes de musiciens, et contribuèrent plus ou moins à la notation de leur patrimoine folklorique. En 1876 le National Training School for Music vit le jour avec Sullivan comme directeur. Il devint en 1883 le Royal College of Music dont le directeur, Sir George Grove, demeure cher aux cœurs de tout musicien, musicologue, amateur, pour son Dictionary of Music and Musicians. Un effort considérable fut fait pour rendre la musique classique accessible à un plus grand nombre. Ainsi furent créés les concerts promenades, les fameux Proms qui jusqu'à nos jours offrent à un public toujours plus nombreux des concerts abordables avec une programmation audacieuse et des interprètes de choix.

Parmi les compositeurs de la génération suivante qui entrèrent résolument dans notre vingtième siècle, figure Ralph Vaughan Williams (1872-1958). Il en fut l'un des plus admirés. Il passa sa jeunesse à Leith Hill Place et apprit de bonne heure à jouer du violon. "On m'apprit le piano que jamais je ne puis jouer et le violon qui fut mon sauveur musical" (A Musical Autobiograhy, 1950). Il étudia à Cambridge, et au Royal College of Music avec Parry et stanford, à Berlin avec Max Bruch et à Paris avec Ravel et fut ainsi l'un des compositeurs à recevoir une éducation des plus variées parmi ses contemporains. Le public fit d'abord sa connaissance à travers des mélodies, les Sangs of Travel et Linden Lea. Vaughan Williams eut la révélation des chants folkloriques probablement au tournant du siècle et selon les termes de Maud Karpeles, "il [y] trouva [...] une affirmation de sa philosophie musicale: la musique est une 'nécessité spirituelle' et la possibilité de faire de la musique n'est pas seulement la prérogative de quelques privilégiés." Le langage musical des chants folkloriques aida considérablement Vaughan Williams à développer un style personnel tout comme sa contribution à l'English Hymnal. Il ne fut sérieusement reconnu qu'avec la parution d'œuvres comme la Fantasia on a Theme of Thomas Tallis et la sea symphony en 1910. Sa réputation grandit avec A London symphony (première en 1914) et le cycle de mélodies On Wenlock Edge.

Ses sept autres symphonies écrites avec plus ou moins de régularité durant le restant de sa vie, continuèrent à surprendre, tandis que sa capacité à écrire d'excellentes mélodies ou encore l'étendue de sa musique chorale firent que les sociétés chorales anglaises inscrivirent régulièrement ses œuvres à leur répertoire. C'est ainsi que Vaughan Williams fut profondément ancré dans la conscience musicale de la nation anglaise. (Son influence semble actuellement décroître et ses œuvres sont peu programmées de nos jours). Il démontra également à ses pairs qu'un compositeur anglais pouvait écrire de manière personnelle pour la scène.

Ce fut en 1927, pour le centenaire de la mort de William Blake que le spécialiste de ses œuvres, Geoffrey Keynes fit part à Vaughan Williams de son ambition de créer un ballet "qui serait quelque chose de nouveau sur la scène anglaise" s'appuyant sur les Illustrations du Livre de Job de Blake. Il sentait que malgré "leur grandeur élaborée, elles possédaient une simplicité fondamentale. [...] De plus, Blake avait inconsciemment fourni des dessins de décors qui pourraient facilement être adaptés pour la scène, tandis que les nombreuses suggestions d'attitudes, de groupes de personnages appelaient un chorégraphe pour les mettre en mouvement" (cité in The Works of Ralph Vaughan Williams, de Michael Kennedy, 1964) Keynes écrivit un scénario en huit scènes, choisit huit des vingt-et-une gravures. Des maquettes de décors furent construites. On s'avisa que puisqu'il s'agissait d'un ballet où aucun mot ne serait dit, la censure ne serait pas à craindre. Vaughan Williams s'enflamma immédiatement pour le sujet, avec deux exigences: personne ne danserait sur les pointes, l'œuvre devrait se nommer masque, et non ballet. Et il oublia complètement les contraintes orchestrales de la fosse et écrivit donc pour un orchestre moderne complet, si bien qu'il existe deux versions de Job, celle de concert et celle pour la scène réorchestrée par Constant Lambert. Vaughan Williams s'appuya sur différentes sources pour en assurer la conception: le scénario du ballet de Keynes, les gravures de Blake, le texte biblique, la possibilité d'incorporer des danses élisabéthaines et jacobaines traitées de manière symphonique. Le scénario de Vaughan Williams, en neuf scènes, comporte de nombreuses citations de la Bible, et des indications d'illustrations de Blake, mais aussi de tableaux de Rubens et de Botticelli. Musicalement, ce masque réconcilie son style lyrique, les rythmes folkloriques, les harmonies parfois agressives du vingtième siècle, la splendeur élisabéthaine des mélodies. Historiquement, Job marque l'émergence du ballet anglais, libéré des tendances imitatives. Artistiquement, il représente la fusion de différents genres, musique, littérature, peinture et danse. Dédicacé au chef d'orchestre Adrian Boult, Job fut créé en version concert au Festival de Norwich, le 23 Octobre 1930, sous la direction du compositeur lui-­même. Le 5 juillet 1931 ce masque vit le jour au Théâtre de Cambridge avec la Camargo Society.

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Synopsis

Job, a Masque for Dancing d'après les Illustrations du Livre de Job de Blake Scénario de Geoffrey Keynes et Gwendolen Raverat en neuf scènes et un epilogue

Scène I
Largo sostenuto – allegro piacevole – doppio più lento – andante con moto – largamente.
"As-tu remarqué mon serviteur Job?" (I:8) Introduction, danse pastorale, demande de Satan à Dieu, Sarabande des Fils de Dieu. Job, sa femme, ses sept fils et trois filles, apprécient la joie de vivre entourés de leur troupeau. Les enfants se mettent à danser. Job se lève et sanctifiait ses enfants disant "peut-être mes fils ont-ils péché et ont-il offensé Dieu dans leur cœur". Tous s'agenouillent. Entre alors Satan qui somme les cieux de s'ouvrir et apparaît alors Dieu en majesté entouré des Fils de Dieu. Les anges sont alignés de la terre au ciel. La lumière tombe sur Job que l'Eternel regarde avec affection. Il dit à Satan: "as-tu remarqué mon serviteur Job?" Satan répondit à l'Eternel: "Etends ta main, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu'il te maudit en face. L'Eternel dit à Satan: "Voici tout ce qui lui appartient, je te le livre". Satan s'éloigne. Une danse de louange reprend. L'Eternel se retire.

Scène II
Presto – con fuoco – moderato alla marcia – presto.
"Et Satan se retira de la face de l'Eternel." Danse triomphale de Satan. Devant les cieux délaissés et le trône vide, Satan est seul et se livre à des scènes de feintes dévotions.

Scène III
Andante con moto.
"Un grand vent est venu de l'autre côté du désert et a frappé contre les quatre coins de la maison; elle s'est écroulée sur les jeunes gens et ils sont morts," Menuet des fils de Job et de leurs femmes qui entrent à l’avant-scène tenant leur coupe de vin en or dans la main gauche qu'ils entrechoquent à certains endroits précis de la partition. La danse doit être formelle, statuesque avec un peu de volupté. Entre Satan, la danse s'arrête, ils tombent morts.

Scène IV
Lento moderato – allegro.
"Au moment où les visions de la nuit agitent la pensée / Quand les hommes sont livrés à un profond sommeil / Je fus saisi de frayeur et d'épouvante." Job dort d'un sommeil profond perturbé par l'arrivée de Satan qui l'entraîne dans de terribles visions de lèpre, peste, famine et guerre.

Scène V
Lento – andante con moto – lento.
"Il arriva auprès de Job un messager." Job s'éveille de son sommeil et aperçoit trois messagers qui arrivent les uns après les autres, lui annonçant que tous ses biens ont été détruits. Job loue le Seigneur: "L'Eternel a donné, l'Eternel a repris".

Scène VI
Andante doloroso – poco più massa – ancora più massa – tempo I – andante maestoso.

"Heureux l'homme que Dieu châtie" Pour le réconforter, Satan lui présente trois hommes. Leur danse apparemment cordiale au début, se gonfle peu à peu de colère et de reproche. Job se lève. "Périsse le jour où je suis né." Alors les cieux s'éclaircissent progressivement, laissant paraître de sinistres silhouettes évoluant dans une parodie des Fils de Dieu de la première scène. Les silhouettes se dévoilent, Satan est des leurs.

Scène VII
Andante tranquillo (tempo rubato) – allegretto – andante con moto.
Entre Elihu, jeune et beau. "Je suis jeune et vous êtes des vieillards." Job entrevoit son péché. " Alors l'Eternel répond à Job". Le ciel rayonne progressivement derrière les étoiles. Des personnages dansent solennellement qui ne sont autres que les Fils du matin dansant devant le trône de Dieu.

Scène VIII
Andante con moto – allegro pesante – allegretto tranquillo – lento.
"Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d'allégresse et ...tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie." Gaillarde des Fils du matin. Entre Satan, clamant sa victoire sur Job. Dieu prononce une condamnation de bannissement de Satan, les Fils du matin l'entraînent vers le bas. Satan tombe du Paradis. "Mon serviteur Job priera pour vous". Danse de l'Autel et Pavane céleste. Entrent sur terre des jeunes femmes et des jeunes hommes jouant de leurs instruments, apportant des pierres, construisant un autel. Job bénit l'autel.

Scène IX
Largo sostenuto.
"Pendant ses dernières années, Job reçut de l'Eternel plus de bénédictions qu'il n'en avait reçu dans les premières." Epilogue. Scène identique à celle de l'œverture. Job, en homme vieux et humble, est assis avec sa femme. Ses amis lui donnent tour à tour des cadeaux. Job se lève et regarde les champs de maïs distants. Les trois filles de Job entrent et s'asseyent à ses pied. Il les bénit.

Vaughan Williams écrivit The Lark Ascending en 1914 et le révisa en 1920, après la Grande Guerre pendant laquelle de nombreux compositeurs anglais furent eux-mêmes soldats. Cette romance pour violon et orchestre est dédiée à la violoniste Marie Hall, qui l'interpréta à la conférence londonienne de l'Association de la musique britannique, avec l'Orchestre symphonique britannique sous la direction d'Adrian Boult en juin 1921. Sans posséder de programme particulier, l'œuvre s'inspire d'un poème de George Meredith décrivant une alouette s'élançant dans les cieux. Le sentiment de nostalgie qui se dégage de cette œuvre, vient peut-être du fait que Vaughan Williams fut lui-même soldat au front.

Isabelle Battioni, 1997


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