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8.553994 - BENDA, F.: Violin Concerto / BENDA, J. A.: Viola Concerto
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František Benda (1709-1786) & Jirí Antonín Benda (1722-1795)
Concertos pour violon et alto • Bendas Klagen

La famille Benda a toujours été musicienne, depuis l’époque du premier Jan Jirí Benda, né en 1686 dans le village de Bohème de Mstetice, jusqu’à nos jours. Les Benda s’étaient établis en Bohème au moins deux générations auparavant. Jan Jirí lui-même, fondateur de la dynastie musicale en 1706, épousa une jeune femme issue d’une illustre famille de musiciens, Dorota Brixi, et cinq de leurs six enfants devaient connaître de belles carrières de musiciens.

Le premier de ses fils à avoir atteint l’âge adulte, František, naquit à Staré Benátky en 1709. Il fut d’abord formé à la musique par son père et par le cantor Alexius à La Nouvelle Benátky, devenant choriste à neuf ans au monastère bénédictin de Saint Nicolas à Prague, où il étudia également chez les Jésuites. En 1719 ou 1720, il s’enfuit à Dresde, où il devint aussi choriste, profitant de la riche vie musicale de cette ville et de sa cour et étudiant le violon, l’alto et le chant. Dix-huit mois plus tard, il rentra chez ses parents, sa voix d’alto lui permettant d’entrer au chœur du Collegium Clementinum jésuite de Prague, où il joua un rôle prépondérant lors d’importants événements musicaux. Quand il mua, il se consacra à l’étude du violon et entre 1726 et 1729, il fut violoniste pour plusieurs gentilshommes de Vienne, avant de fuir à Varsovie avec le violoniste Jirí Cárt et deux autres musiciens ; il y dirigea un ensemble constitué par Kazimierz Suchaczewski. En 1732, il se joignit à l’orchestre de la cour à Varsovie, mais celui-ci fut dissous l’année suivante, à la mort d’Auguste II, et Benda se fixa alors à Dresde, avant d’entrer au service du prince de la couronne de Prusse à Ruppin, déménageant avec toute la suite de ce dernier à Rheinsberg en 1736. En 1739, il se maria, et l’année suivante, lorsque le prince accéda au trône, il s’établit à Potsdam. Dans une lettre à sa soeur Wilhelmine datée de Heidelberg, le 22. août, 1734, le Roi Frédéric le Grand dit de Franz Benda: «J’ai entendu tous les violonistes, tant à Mayence qu’à Darmstadt, mais aucun d’entre eux n’arrive à la cheville de Benda». En 1734, il avait été rejoint par son frère violoniste et altiste Jan Jirí et prenait lui-même des cours de composition, d’abord de Johann Gottlieb Graun puis du frère de ce dernier, Carl Heinrich, qui devint Kapellmeister du prince en 1735. En 1742, le roi Frédéric permit à Franz Benda, devenu protestant, de faire venir à Potsdam ses parents et ses frères et sœurs, dont deux jeunes frères qui devaient finir par devenir violonistes de la cour. Franz Benda était lui-même en bons termes avec le roi, qui jouait de la flûte et le sollicitait pour tous ses concerts ; en 1771, à la mort de Johann Gottlieb Graun, il fut enfin nommé Konzertmeister, mais comme il se mit à souffrir de la goutte, il fut souvent remplacé par le plus jeune violoniste de la famille, Joseph Benda. A l’intention de sa famille, Franz Benda écrivit son autobiographie, retraçant le parcours de sa vie jusqu’à 1763. Il mourut à Potsdam en mars 1786, cinq mois avant le décès de son mécène, Frédéric le Grand.

Franz Benda fut un compositeur prolifique, écrivant surtout de la musique instrumentale, et on lui doit plusieurs symphonies, concertos et sonates. Bon nombre de ses concertos étaient destinés au violon ou à la flûte. Son frère Johann Georg s’était d’abord joint aux musiciens du prince de la couronne de Prusse en 1734 comme altiste, devenant ensuite violoniste. Il mourut à Berlin en 1752. Jirí Antonín, le frère musicien suivant, s’établit en Prusse en 1742, mais en 1750 il quitta Potsdam pour devenir Kapellmeister du duc Friedrich III de Saxe-Gotha. A Gotha, où sa sœur, Anna Franziska, était chanteuse de chambre de la cour, Georg Anton développa la forme du mélodrame qui fit tant d’effet sur Mozart et influença des compositeurs ultérieurs. Le mélodrame est un texte déclamé sur un accompagnement musical, comme dans Ariadne auf Naxos et Pygmalion (Naxos 8.553345), ainsi que dans Medea (Naxos 8.553346). Mozart était présent à la représentation de Medea à Mannheim et écrivit à son père le 12. Novembre, 1778: «J’ai vu avec le plus grand plaisir une pièce de ce genre deux fois ici! - En effet - jamais encore je n’ai été pareillement surpris par quelque chose! Ce que j’ai vu est Medea de Benda; il en a fait encore une autre, Ariadne auf Naxos, les deux vraiment excellentes; vous savez que parmi les Kapellmeister luthériens Benda a toujours été mon préféré; j’aime tant ces deux oeuvres que je les ai toujours avec moi». Dans sa lettre du 3. Decembre, 1778, il ajoute: «Grande est ma passion pour ce genre d’oeuvres». Pour la cour, Georg Anton écrivit des cantates, un opéra italien, et après une courte période d’études en Italie, deux intermezzi italiens. En 1778, il démissionna de son poste de directeur de la Kapelle de la cour, se rendant à Hambourg, Mannheim, Berlin et Vienne ; dans cette dernière ville, il écrivit ses deux derniers mélodrames. Ne parvenant pas à trouver un nouvel emploi, il rentra à Gotha en 1779, se retirant non loin de là à Georgenthal avant de se fixer à Ohrdruf puis enfin à Köstritz, où il mourut en 1795. Ses années de retraite le trouvèrent, en 1781, à Paris, où fut donné son mélodrame Ariadne auf Naxos. Sa dernière œuvre, en 1792, fut la cantate Bendas Klagen.

Le Concerto pour alto en fa majeur de Georg Anton Benda, pour orchestre à cordes, fut écrit vers 1775. Certains l’ont attribué au neveu de Georg Benda, Friedrich Wilhelm Heinrich Benda, fils de Franz Benda, qui était également employé à la cour prussienne. Le concerto débute par une mélodie clairement définie dont la basse est d’abord uniquement donnée par les altos. Le soliste entre avec la mélodie principale en doubles cordes, revenant avec le premier épisode solo, seulement accompagné par le basso continuo, avant d’apporter un accompagnement d’accords brisés au thème principal qui revient, encadrant des épisodes solistes d’une complexité qui va croissant, avant la cadence finale. Le mouvement lent en fa mineur commence sombrement, d’abord éclairé par un air très développé à l’entrée du soliste et culminant lors d’une cadence. L’alto solo énonce le thème principal du Rondeau final, qui reparaît à l’orchestre afin d’encadrer les épisodes solistes.

Franz Benda avait une réputation de violoniste considérable et dans les années 1740 et 1750, il avait entrepris des tournées dans plusieurs cours allemandes, tandis qu’à Potsdam il accompagnait le roi lors de nombreux concerts au palais. Son style de composition illustre la transition du baroque au classique, avec des mouvements lents que ses contemporains admiraient beaucoup, reflétant ainsi qu’ils le font son expérience de chanteur, à la fois comme choriste dans son enfance et comme ténor à Ruppin et à Rheinsberg.

Le Concerto pour violon en mi bémol majeur date d’environ 1760 et débute par un Allegretto enjoué, introduit par l’orchestre, avant l’entrée du soliste, l’ensemble présenté en textures d’une lucidité toute classique. Le mouvement lent en mineur, marqué Affettuoso ma non troppo et Lento, confie un air émouvant au soliste. Il est suivi d’un Presto assai final. On a comparé son style à celui de son confrère de Potsdam, alors claveciniste à la cour, Carl Philipp Emanuel Bach. Carl Philipp Emanuel Bach parle du goût de son père dans une lettre à Forkel datée de Hamburg, le 13. Janvier, 1775: «A la fin de sa vie, mon père Jean Sébastien Bach appréciait grandement Haendel, les deux Graun, Telemann, Benda, et en général tout ce qui était digne d’estime à Berlin et à Dresde. Mis à part Haendel, il les connaissait tous personnellement».

Bendas Klagen (‘Laments de Benda’), datant de 1792 est une cantate pour soprano dans laquelle Georg Benda, comme l’exprime le titre, âgé de soixante-dix ans, met fin à son parcours musical. L’ouvrage est donné ici dans une transcription de Christian Benda pour violoncelle solo et cordes. Le texte original commence par se désoler du passage du temps, depuis le printemps de la vie et le plaisir de la musique jusqu’à une époque où les amours se fanent, souhaitant voir disparaître les tendres sentiments qui se sont transformés en torture. Un passage de récitatif évoque la douleur du désir non assouvi, car le temps est toujours le plus fort ; les cordes qui stimulaient l’imagination et faisaient oublier les soucis ont disparu, l’harmonie s’est faite lamentation et c’est maintenant un autre qui doit jouer, alors qu’il ne reste que des souvenirs.

Keith Anderson
Version française : David Ylla-Somers


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