About this Recording
8.554053 - VIVALDI: Flute Concertos (Famous)
English  French  German 

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concertos pour flûte célèbres

On imaginerait difficilement musicien plus étroitement associé à une cité qu'Antonio Vivaldi dont le nom ne peut être prononcé sans faire référence à Venise. C'est dans la paroisse de San Giovanni in Bragora que le futur auteur des Quattro Stagioni vit le jour le 4 mars 1678. Fils d'un barbier, également violoniste en fonction à la basilique San Marco, il fut initié à la musique par son père, qui l'orienta par ailleurs vers la prêtrise en l'inscrivant à l'école San Geminiano. Ordonné diacre le 4 avril 1699, Antonio Vivaldi devint prêtre quatre ans plus tard, le 26 mars 1703 – il avait à peine vingt-cinq ans. C'est cette année là également que la carrière musicale du jeune artiste débuta avec sa nomination au poste de maestro di violino au Pio Ospedale della Pietà – fonctions qu'il occupa, avec quelques absences (ex: de 1709 à 1711) explicables par une popularité immense, jusqu'aux jours qui précédèrent l'ultime voyage pour Vienne en 1740 –, un établissement réservé à de jeune orphelines où l'enseignement musical occupait une place privilégiée.

Atteint d'asthme bronchique – de strettezza di petto, selon ses mots –, le musicien cessa très vite de dire la messe pour se consacrer pleinement à la création, et pendant les presque quarante années qui suivirent il vécut animé par une fièvre créatrice pratiquement sans rivale dans l'histoire de la musique. Pour les orphelines de la Pietà, pour Venise, ville du carnaval, de la fête, de la couleur, Vivaldi multipliait les compositions.

On retient d'abord de lui une foison d'ouvrages instrumentaux (des concertos quasi exclusivement), mais il ne faudrait pas oublier le compositeur d'opéra, l'impresario, l'organisateur infatigable que fut aussi Vivaldi. Les partitions lyriques lui apportèrent la popularité sur les scènes de la Sérénissime, mais également dans de nombreuses autres villes italiennes (ex: Rome, Florence, Vérone, Regio d'Emilia) et au-delà des limites de la péninsule (ex: Vienne, Prague).

Au flamboiement de dizaines d'opéras (ex: Orlando furioso, Catane in Utica, Farnace, L'Olimpiade, Dorilla in Tempe, Giustino, La Verità in cimento) faisait écho celui des partitions sacrées (Gloria, Magnifical, Dixit Dominus, etc.), le plus fréquemment destinées à la Pietà – où le musicien prit de facto la succession du maestro di coro Francesco Gasparini en 1714 –, et d'innombrables concertos que Vivaldi, soucieux de sa réputation, fit parfois imprimer avec le plus grand soin, chez Roger, puis chez Le Cène, deux fameux éditeurs d'Amsterdam. Il s'agit ici des grands recueils avec numéros d'opus parmi lesquels figurent: L'Estro Armonico, op. 3 (1711),La stravaganza, op. 4 (1714), Il Cimento dell'Armonia edell'Inventione, op. 8 (1725) – auquel appartiennent les fameuses Saisons – et les Six Concertos pour flûte, op. 10 (1728).

D'un point de vue quantitatif on ne trouve cependant là qu'une infime partie de la production concertante du Prete rosso. Il y eu en effet peu de jours dans son existence qui ne vit la naissance d'un nouveau concerto, généralement destiné à alimenter les besoins de la Pietà. Ce travail offrait à Vivaldi un irremplaçable lieu d'expérimentation pour les instruments et les combinaisons instrumentales les plus varies: violon, violoncelle, viole d'amour, flûte traversière, flûtes à bec alto ou sopranino, hautbois, basson, chalumeau, cor, trompette, mandoline, luth, théorbe ou orgue furent utilisés au maximum de leur possibilités, mais toujours avec un sens innné du cantabile.

Partagée entre des ouvrages publiés du vivant de Vivaldi (l'Opus 10 – qui, historiquement, constitue le premier recueil jamais publié de concertos pour flute) et d'autres conservés sous forme manuscrite, l'œuvre pour flûte d'Antonio Vivaldi illustre ces deux aspects de sa production concertante.

Les Concerti op. 10 n° 1 "La Tempesta di Mare", n° 2 "La Natte" (la nuit) et n° 3 "Il Cardellino" (Le chardonneret) appartiennent aux réalisations les plus fameuses du Prete Rosso. Ce succès, à l'instar de celui des Quattro Stagioni, s'explique sans nul doute par le génie avec lequel le musicien sut se faire peintre de la nature et des sentiments. De tous les concertos proposés dans ce programme, ils sont en effet ceux où son art de coloriste et le pouvoir suggestif de sa plume atteignent leur sommet.

Qu'on en juge par cette "Tempesta di Mare" dont les mouvements rapides évoquent à merveille les flots déchainés, ce "Chardonneret" où la flûte imite le chant de l'oiseau dans une atmosphère dont la luminosité et la tendresse pastorale n'ont rien à envier à celles du fameux "Printemps"! Quant à "La Notte", la volonté descriptive de Vivaldi y est clairement exprimée à travers les titres attribués à certaines sections de l'ouvrage. Fantasmi(cauchemards), Il Sonno(le sommeil). Certes moins imagé, le Concerto op.10 n° 5 témoigne cependant aussi de la facilité et de l'art du cantabile avec lesquels Vivaldi fit utilisa la flûte.

Les réussites du compositeur vénitien dans ce domaine ne se limite toutefois pas au recueil de l'Opus 10, comme l'atteste par exemple le Concerto pour deux flûtes RV 533 où, dans un radieux ut majeur, les deux solistes dialoguent presque d'égal à égal.

Durant la première moitié du XVIIIe siècle la flûte à bec, chère aux musiciens de la renaissance et du premier baroque, se fit peu à peu supplanter par la flûte traversière: c'est pourquoi ces deux instruments coexistent dans la production du "Prêtre roux". Ainsi les ouvrages que l'on entend souvent à la flûte piccolo furent en réalité initalement composés pour la petite flûte à bec en fa (ex: Concerti RV 443, 444 et 445). Dans tous les cas l'écriture de Vivaldi séduit par son aisance, sa mobilité extrême et sa poésie.

L'usage de la flûte, traversière ou à bec, ne se limita toutefois pas chez Vivaldi au Concerto de soliste. On la retrouve en effet aussi dans le concerto da camera (concerto de chambre) – forme destinée à un soliste et, comme son nom le laisse supposer, à un très petit nombre d'instrument. Ce domaine constituait un banc d'essai idéal pour Vivaldi en prévision de concertos de soliste et il n'y a donc rien de sacrilège à avoir adapté pour une formation plus étoffée le délicat Concerto da camera en la mineur pour flûte à bec RV 108.

1997 Frédéric Castello


Close the window