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8.554055 - MENDELSSOHN: Songs without Words (Selection)
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Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847)
Romances sans paroles (Sélection)

Hormis le Concerto pour violon op. 64 et une Marche nuptiale entendue jusqu'à satiété, le grand public méconnaît souvent Felix Mendelssohn. Avouons que les préjugés nombreux et tenaces qui circulent à son sujet n'incitent pas à le découvrir de manière approfondie. "Un notaire élégant et facile", "un compositeur charmant qui nous lasse parfois par une abondance trop aisée"... Toujours se dégage l'idée d'un artiste fort talentueux, mais sans conséquence. Le malentendu tient pour beaucoup à la position particulière qu'occupe Felix Mendelssohn dans la musique romantique.

Né en 1809 à Hambourg dans un milieu extrêmement aisé – au grand dam des amateurs de clichés misérabilistes!... –, il reçut une formation générale et musicale sérieuse et stricte, dominée par l'étude des grands classiques. Elle ne put que conforter l'artiste, qui y était déjà enclin par son caractère, dans la voie d'un art musical d'abord synonyme d'équilibre et de pudeur. Les contrastes violents, le pathos, l'exacerbation des sentiments propres à d'autres compositeurs romantiques demeurent étrangers à Mendelssohn. Dans certains esprits, leur absence semblent ôter de sa valeur à l'œuvre du musicien. Nul doute qu'il présente un visage bien différent de celui de Chopin, Liszt, Schumann ou Berlioz. Qu'importe, seules comptent la richesse de son génie et la diversité des domaines dans lesquels il s'exprima, des symphonies pour cordes de jeunesse jusqu'à l'oratorio Christus que la mort ne lui permit pas d'achever.

Les Lieder ohne Wörte – titre bien imparfaitement traduit en français par Romances sans paroles – constituent la partie la plus connue et sans nul doute la plus attachante de la production pour piano de Félix Mendelssohn. Un "journal intime" pourrait-on dire de ces cinquante admirables miniatures, réparties en huit cahiers, dont la composition couvre l'ensemble de l'activité créatrice du musicien allemand.

Infiniment séduisantes, les Romances sans paroles ne manquèrent par de retenir l'attention de commentateurs avisés, tel Robert Schumann. En 1835, l'auteur du Carnaval saluait en ces termes le 2ème cahier de Romances sans paroles, op. 30:

"Qui ne s'est assis quelque jour, aux heures du crépuscule, devant un clavecin(...) et n'a pas, sans s'en apercevoir, en pleine improvisation, chanté quelque lègère mélodie? Si l'on peut alors, par hasard, lier, avec les seules mains l'accompagnement à la mélodie, et surtout si l'on est un Mendelssohn, voilà les plus belles romances sans paroles du monde. On arriverait encore plus facilement à ce résultat si l'on composait exprès des textes pour la mélodie, textes que l'on effacerait au moment de livrer l'œuvre au public; mais alors ce n'est pas franc, c'est une espèce de tricherie. Il faudrait faire de cela une épreuve de la netteté du sentiment musical que l'on a peint, et donner l'occasion au poète dont on tait les paroles de parodier un nouveau texte sur la composition de sa romance. S'il se rencontrait, en ce cas, avec le premier texte, ce serait une marque de plus de la sûreté de l'expression musicale du compositeur."

On ne saurait mieux définir le caractère de pages dont on découvrira ici une large sélection très représentative.

Rien de sombre ou de tourmenté dans les Romances op. 19 – œuvre d'un musicien à peine sorti de l'adolescence – mais au contraire un lyrisme, une sérénité (nos. 1, 2 et 4) ou une vivacité de trait et un caractère cynégétique (n° 3), cher au premiers romantiques, qui emportent l'adhésion.

Un même raffinement poétique habite les Romances op. 30 (1833-1834) d'une pureté mélodique admirable (nos 1 et 6 – un chant de gondolier) mais où l'on découvre une inspiration plus complexe à l'origine de pages parfois fiévreuses et inquiètes (nos 2 et 4).

Rien de cela en revanche dans les Romances op. 38 – contemporaines du mariage du compositeur avec Cécile Jeanrenaud (1837) – d'abord synonymes de fraîcheur et de sérénité.

Datées de 1841, les Romances op. 53 attestent une maturation de l'écriture, traduite par un style plus épuré et plus abouti. Ceci ne ne fait que se confirmer dans le cinquième cahier op. 62 (1844) – peut-être le plus riche de tous – que Mendelssohn destina à Clara Schumann, merveilleuse virtuose qui contribua grandement à la diffusion de sa musique dans toute l'Europe. Quelle variété d'atmosphères découvre-t-on dans cet opus où le cantabile et la fraîcheur de certaines romances (nos 1, 5 et 6 Chanson de Printemps – un morceau d'une rare finesse que Mendelssohn offrit à Clara en cadeau d'anniversaire, le 13 septembre 1843) contraste avec la noirceur du n° 3 Andante maestoso, d'une étonnante noirceur.

En octobre 1845, parut le sixième cahier op. 67, le dernier édité du vivant du musicien. Qu'il s'agisse de l'aérienne féérie de La Fileuse (n° 4), de la mélancolie du n° 5, parfois dénommé Complainte du Berger, ou de la tendresse du n° 6 Berceuse, le discours du musicien atteint toujours sa cible avec une poésie et une invention pianistique irrésistibles.

D'un intérêt sans doute moindre, les pièces qui complètent ce programme appartiennent aux septième et huitième cahiers de Romances sans paroles (opp. 85 et 102), deux recueils imprimés après la mort de Mendelssohn – en 1851 et 1868 respectivement – où figurent des morceaux que le musicien n'avait pas jugé utile de faire éditer de son vivant.

1997 Frédéric Castello


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