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8.554263 - GRAINGER: Power of Love (The)
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Percy Grainger (1882–1961)
Le Pouvoir de l’Amour

 

Percy Aldridge Grainger était un musicien d’une culture et d’une vision inhabituelles, dont la curiosité s’étendait de la musique des Aborigènes à celle des Zoulous, en passant par les chansons du douzième siècle, les orchestres gamelan du Java, les chansons populaires de la Grande Bretagne, de la Scandinavie et des îles du Pacifique, et la musique de Bach, Dowland, Duke Ellington, Gershwin et Richard Strauss entre autres.

Né à Brighton, faubourg de Melbourne en Australie le 8 juillet 1882, et baptisé George Percy Grainger, il fut élevé et instruit principalement par sa mère. À l’âge de dix ans, il donne son premier récital en public. Trois ans plus tard, il part avec sa mère pour l’Europe, où il s’inscrit au Hoch Conservatorium à Francfort en Allemagne. De là, mère et fils partent pour l’Angleterre, vivant à Londres entre 1901 et 1914. Pendant cette période fructueuse, sa carrière de pianiste de concert prend un essor. En 1905 Grainger assiste à des conférences de Lucy Broadwood de la Folk-Song Society, ce qui le pousse à devenir lui-même collectionneur acharné. Ses premières compositions sont insolites, des œuvres pour orchestres énormes avec des combinaisons d’instruments inhabituelles, mais plus tard il modifie son style dan, les British FolkMusic settings et Room-Music Tit Bits, qui deviennent très appréciés. Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, Grainger et sa mère partent pour les États-Unis, où il reste jusqu’à sa mort en 1961.

Les Country Gardens, toujours aussi frais et populaires (BFMS n° 22) datent de l’époque où Grainger jouait dans une harmonie de l’Armée américaine. Il jouait des improvisations lors d’un récital de piano pour le “Liberty Loan” et le succès instantané de sa publication assura pour Grainger une source intarissable de droits d’auteur. Inévitablement, cela jetait ses autres œuvres à l’ombre, au grand dam du compositeur La version orchestrale enregistrée sur ce CD fut préparée par Adolf Schmidt.

L’amour que portait Grainger aux chansons populaires l’emmena au Danemark, où, entre 1922 et 1927, avec le folkloriste chevronné Evald Tang Kristensen, il chercha le matériel de ce qui est devenu sa Danish Folk-Song Suite. Le premier des quatre mouvements, Le pouvoir de l’amour, raconte l’histoire d’une jeune femme dont l’amant clandestin est attaqué par les sept frères de celle-ci, qui sont tous tués par l’amant. L’amant trouve la femme et lui demande si elle l’aime toujours, auquel elle répond: “Même si tu avais aussi tué mon vieux père, je te suivrai toujours.” Le deuxième mouvement, Le palefrenier de Lord Peter, est une chanson de danse bien robuste, qui raconte l’histoire de la Petite Kirsten qui s’habille comme un garçon, parce qu’elle veut devenir courtisan au château du Roi de Danemark. Elle demande à être engagée comme palefrenier. La Cour royale est bien étonnée lorsque, neuf ans plus tard, ce palefrenier accouche de deux jumeaux! Le rossignol et les deux sœurs est basé sur deux chansons populaires danoises. Le rossignol est en réalité une jeune femme qui a été ensorcelée par sa méchante belle-mère. Un chevalier capture le rossignol qui, finalement, arrive à briser l’envoûtement. Les deux sœurs est l’histoire sombre d’une sœur qui pousse sa cadette dans l’eau pour qu’elle se noie, car elle, l’aînée, est tombée amoureuse de son fiancé. Deux violonistes itinérants trouve le corps et fabriquent des cordes pour leurs instruments à partir des cheveux de la femme. Lorsqu’ils jouent au mariage de la fille aînée, les cordes dévoilent le meurtre, et la meurtrière est brûlée vive. Le dernier mouvement, Mélodie jute, comporte une série d’airs recueillis dans la Jutelande: Choisissant la mariée, où un amant est tiraillé entre deux amoureuses, l’une riche, l’autre pauvre; L’adieu du dragon, où un dragon chante une tendre chanson avant de partir pour les guerres; Le Cordonnier de Jérusalem, une chanson religieuse très ancienne, et, enfin, un duo de dispute, Hubby and Wifey (Mari et Femme), dans lequel la femme ramène son mari obtus à la raison grâce à l’application adroite d’un fuseau à sa tête. À cet endroit, Grainger combine habilement cet air avec le tout premier du pot pourri.

Dans Colonial Song (Sentimental n° 1) le compositeur essaie, à travers une chanson, d’exprimer la nostalgie de son pays natal et son peuple, tout comme Stephen Foster en ce qui concerne l’Amérique rurale. Grainger donne la souplesse d’un air traditionnel à une riche mélodie, rajoutant des contre-mélodies, des harmonies intérieures et une pléthore de digressions harmoniques.

Irish Tunefrom County Derry [BFMS n° 15] est un air recueilli par Miss Jane Ross de New Town, Limacady, County Derry qui fut imprimé dans l’anthologie The Petrie Collection of the Ancient Music of Ireland. Grainger l’arrangea d’abord pour choeur mixte sans accompagnement (1902). Cette version pour cordes date de 1913, et, comme ce fut le cas pour Country Gardens, elle contribua à accroître la popularité de l’air.

Green Bushes est une passacaille sur un folk-song anglais recueilli dans le Somerset par Cecil Sharp. Écrite à l’origine pour petit orchestre en 1905–6, la version actuelle date de 1921. À l’exception d’un endroit, l’air Green Bushes est présent dans toute la pièce, que Grainger remplie en outre avec un foisonnement de contre-mélodies originales. La transformation d’un folk-song en passacaille fut une innovation, et, d’après Grainger lui-même, inspira Delius à utiliser le même procédé dans Brigg Fair et Dance Rhapsodies.

Ye Banks and Braes O’ Bonnie Doon [BFMS n° 31] est une chanson traditionnelle écossaise dont le titre d’origine était The Caledonian Hunt’s Delight, air auquel Robert Burns rajouta des paroles. Dans la version originale pour chœur, Grainger écrivit pour siffleurs Dan, cette version orchestrale, les parties de siffleurs sont jouées par les cordes aiguës. La prédilection du compositeur pour le sifflement remonte au masseur suédois de sa mère, Sigurd Fornander, qui était un virtuose de cet art.

Shepherd’ s Hey [BFMS n° 16] est l’arrangement de Grainger lui-même d’un air de danse “Morris” recueilli par Cecil Sharp et offert à Grainger vers 1908. Il ressemble à The Keel Row, air originaire du nord de l’Angleterre, mais dont des variantes se trouvent partout dans le pays. Grainger en utilise quatre variantes auquel il rajoute des contre-mélodies dérivées dans un style authentique. Le mot “Hey” du titre fait référence à un pas dans le “Morris dancing”, la danse traditionnelle anglaise.

My Robin is to the Greenwood Gone [OEPM n° 2] est l’élaboration du vieil air anglais (qui n’est pas un folk-song) tiré de la collection de William Chappell: 0ld English Popular Music. Cette “excursion”, comme disait Grainger, comporte aussi de riches harmonies chromatiques. L’impression d’ailleurs que donne cette pièce montre des affinités avec la musique de Delius. Grainger dédia cet arrangement à son ami Roger Quilter avec l’inscription en maori: “Mo te hoa takatapui”.

To a Nordic Princess (Chanson nuptiale) est une des œuvres les plus conséquentes du compositeur et fut créée au Hollywood Bowl en août 1928. Elle fut jouée par le plus grand orchestre qui y ait jamais jouée (126 musiciens), et fut dirigée par le compositeur à la fin du concert comme prélude à son mariage à Ella Viola Ström, à qui l’œuvre est dédiée. La brève cérémonie de mariage fut observée par entre quinze et vingt mille personnes. L’atmosphère et le style de cette pièce sont en effet comme une longue excursion, forme très prisée par Grainger. En plus, dans cette œuvre, son amour de l’expression nordique peut s’épanouir. La musique commence doucement, puis prend de l’ampleur jusqu’à ce que, arrivé au milieu de 1’œuvre, le thème du début est proclamé haut et fort par tout l’orchestre. Un point culminant agité cède à une calme tendresse et après une petite citation du Cygne de Saint-Saëns, l’œuvre se termine avec des sons de cloche.


Traduction: Jeremy Drake


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