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8.554428 - RYBA: Czech Christmas Mass / Missa Pastoralis
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Jakub Jan Ryba (1765-1815)
Messes de Noël tchèques

Années après années, la Messe de Noël tchèque "Hej, mistře!" (Je vous salue, maître!) de Jakub Jan Ryba constitua un des piliers de la tradition tchèque, principalement à cause de la simplicité de la musique de Ryba mais aussi de sa compréhension et de son impact émotionnel. Les interprètes de cet enregistrement ont particulièrement adopté ces caractéristiques afin de faire de ce disque, consacré à la musique de Noël de Ryba, un témoignage aussi réaliste que possible des intentions spirituelle de l'auteur. En complément de programme nous proposons également la Missa pastoralis, enregistrée ici pour la première fois.

L'importance de la musique dans les terres tchèques du XVIIIème siècle est indéniablement l'héritière de sources bien plus anciennes. A l'exemple de leur aînés, les principaux élèves du pays devinrent des musiciens et des professeurs car l'enseignement de la musique dans les écoles élémentaires était vital pour l'éducation et le rang social. Parmi ceux-ci, de nombreux et talentueux élèves accédèrent à de prestigieuses écoles ecclésiastiques ou séculaires, dont celles pour choristes qui les préparèrent aux établissements plus élevés. Certains autres eurent le loisir d'entrer dans des sphères privées ou dans un service public. Ces centres très actifs et florissants permirent le formidable essor d'un élan promotionnel en faveur du renouveau national tchèque. Ryba en fut d'ailleurs, un des principaux acteur par ses activités de professeur, écrivain, poète et compositeur.

Jakub Jan Ryba est né d'un père professeur, organiste et compositeur, le 26 octobre 1765 à Přeštice. A l'âge de sept ans, il suivit sa famille à Nepomuk où il débuta ses études. Il prit des leçons de violon, de piano et d'orgue avec son père. Malheureusement, ses premiers essais en tant que compositeur ne nous sont pas parvenus. En 1770, le jeune homme se mit à étudier les bases de la grammaire latine et grecque quand son père voulu lui offrir une éducation plus valorisante par l'octroi d'une bourse, mais sans succès. Ce fut l'oncle de Ryba, Jan Vaniček qui aida le jeune homme en le prenant sous son aile à Prague en 1780 pour étudier au Gymnasium Piarist. Parallèlement à ses études, Jakub Jan Ryba consacra tout son temps à la music en découvrant le violoncelle. Il vint même à jouer au Séminaire St. Wenceslas et dans des chœurs d'églises. Enfin, il tint l'orgue à l'église St. Salvator. Grâce à ces différents postes et à la vente de certaines de ses œuvres, il eut les moyens d'aller à l'opéra. Ce fut alors la découverte de nombreux compositeurs, de la musique italienne et de l'œuvre de Mozart. Plus tard, il aura l'occasion de diriger à Prague les Noces de Figaro…

En 1784, Ryba abandonna ses études pour satisfaire pleinement à ses ambitions: devenir l'un des piliers de la vie musicale de Prague. Pour ce faire, et devant l'abolition du système des bourses, Ryba chercha à subvenir à ses propres besoins en convoitant un poste de professeur à Nepomuk qui venait de se libérer. Il obtint le statut de professeur avec le salaire de professeur assistant en attendant de faire ses preuves. Bientôt, on lui proposa d'enseigner dans des écoles paroissiales, notamment à Nepomuk, puis à Mníšek en 1786 où il composa ses premières grande œuvres: notamment la Messe festive en ré majeur et l'hymne Iste Confessor.

En février 1788, Ryba s'arrêta à Rožmitál toujours comme professeur; ville dans laquelle il devait être amené à passer une très longue période de sa vie. Il s'y maria en 1790 avec Anna Langlerova qui lui donna neuf enfants. C'est de cette période que datent la majeure partie des œuvres majeures de Ryba. Ainsi, en 1788, vit le jour la Missa pastoralis en ré majeur, où la compositeur usa du latin et tchèque à la fois, et dont il ne nous reste hélas aucune trace. Il est indéniable que pour tout pratiquant, la messe pastorale avec son texte en latin, devait être plus familière encore par l'utilisation de chants populaire de Noël, et plus compréhensible par l’emploi du tchèque, Les scènes pastorales, incluses dans la liturgie devaient être davantage interchangeables dans les sections mouvantes de toute la messe. Leur insertion dans les parties fixes de la messe devaient par contre être un sujet continuel de débat.

Ryba écrivit sa Messe de Noël "Hej, mistře!" en 1796. La séquence principale suit l’intrigue du jeu de la nativité. Ryba montre son habileté à créer une tension dramatique croissante par un traitement plutôt inhabituel des sections introductives. Les voix des anges n'annoncent pas la naissance du Sauveur avant la seconde section de la messe, c'est à dire le Gloria. Dans le Kyrie, les bergers argumentent une explication possible des phénomènes naturels qu'ils observent dans la nuit. Dans le Graduale et le Credo, les mêmes se préparent pour leur voyage à Bethlehem. L'Offertoire rend un vibrant hommage au nouveau-né. Les trois dernières sections, Sanctus, Benedictus et Agnus Dei, sont constitués de prières et de chants cérémonieux devant le berceau, avec un chœur final priant pour la Paix terrestre. Bien que cette œuvre ait dans ses formes tous les aspects d'une messe, le traitement du texte et la mise en musique a tout d'une cantate de Noël.

Des deux œuvres présentes sur ce disque, se dégage une certaine joie mêlée d'un sentiment de bonheur, et ce, à chaque note. "Le maître de Rožmitál", comme on pourrait appeler Ryba, semble avoir sous ses doigts toute l’expression et la science du chant possibles. Il a toujours souhaité parler au cœur des gens de manière simple et claire. Ryba se suicida le 8 avril 1815 au sein de la forêt de Rožmitál, sans doute à cause d'une profonde dépression.

Traduction: Stéphan Perreau


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