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8.555075 - CARISSIMI: Mass for Three Voices / 6 Motets
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Giacomo Carissimi (1605-1674)

Messe à trois voix • Six motets

Né en 1605 dans la petite ville romaine de Marino, Giacomo Carissimi débuta sa carrière à Tivoli entre 1623 et 1627 en tant que choriste et organiste. De 1627 à 1629, il rentra comme organiste puis maître de chapelle à la cathédrale de San Ruffino, et sur l’invitation du recteur du Collegio Germanico Hungarico de Rome, finit par occuper les fonctions de maître de chapelle de la déjà prestigieuse basilique Saint Apollinaire qui faisait partie du Collège et où il resta jusqu’à la fin de ses jours. La basilique Saint Apollinaire avait déjà la réputation d’être un lieu d’excellence de la musique liturgique à Rome, et la présence de Jacomo, comme on le connaît d’après les archives, ajouta à sa célébrité. Carissimi enseignait la musique aux étudiants du collège et donna des leçons particulières à des musiciens tels que Kerll, Baudrexel, Bernhard ou Charpentier. Il participa également aux activités musicales de la Confraternité du Santissimo Crocifisso de San Marcello. Parmi les nombreuses positions qu’on lui proposa au fil des ans, il n’accepta que l’offre de la reine Christine de Suède en 1656 de devenir son maître de musique de chapelle de chambre, et refusa celles de servir comme Kapellmeister à la cour de l’archiduc Leopold Wilhelm de Brussels ou de succéder à Claudio Monteverdi à la basilique San Marco à Venise. Il mourut le 12 janvier 1674 et fut enterré dans la basilique Saint Apollinaire qu’il chérissait.

Le talent de Carissimi fut reconnu de son vivant par ses contemporains romains et ses oeuvres suscitèrent l’admiration dans toute l’Europe. Un tel succès ne trouva pas écho dans ses compositions manuscrites, qu’il légua au Collège à sa mort. Le Pape Clément X interdit d’ailleurs le prêt, le transfert, la vente ou la publication de sa musique. Il ne reste aujourd’hui pratiquement plus rien de ses manuscripts, sans doute en partie à cause des destructions entraînées par les deux occupations françaises de Rome. Ceux ayant survécu ne sont pas des originaux, mais des copies exclusivement destinées aux étudiants de Carissimi, et qui ont par bonheur contribué à préserver un grand nombre de ses compositions.

Tous les manuscripts transcris par le Consortium Carissimi sont donc des copies réalisées par des contemporains de Carissimi ; on possède par conséquent très peu d’informations, en dehors du texte lui-même, sur sa musique, et sur les lieux et les circonstances dans lesquels elle était exécutée. A l’Oratorio du Santissimo Crocifisso, la confraternité du même nom fut active de 1568 à 1725, et donna naissance à une tradition de représentations de musique sacrée d’une telle qualité qu’elle influença profondément l’oratorio tel que nous le connaissons aujourd’hui. Cette forme para-liturgique consistait en des lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament accompagnées d’un sermon et émaillées de musique vocale et instrumentale. Que ce soit pour la simple Lauda, déjà chantée lors des exercices spirituels de l’Oratoire de Filippo Neri (S. Maria à Vallicella), ou l’exécution de motets plus sophistiqués et plus complexes, l’Oratoire comptait des musiciens et des compositeurs professionnels entièrement immergés dans le ferment spirituel de la Contre-Réformation catholique. Leur musique n’était pas seulement belle, elle sensibilisait l’auditeur au contenu de ses textes, et élevait l’âme dans une communion d’écoute.

La Missa a tre (Messe à trois voix), une mise en musique de l’Ordinaire de la messe, constitue le meilleur exemple du génie de Carissimi. Il confie à ces trois voix accompagnées d’une simple basse figurée la mission de faire revivre le texte liturgique. Dans les passages de chant seul comme dans le contrepoint entremêlé et homorythmique, il consacre tout son génie musical à la création d’une composition dont il est l’unique auteur au dix-septième siècle. On trouve ce style varié de musique dans ses motets plus sophistiqués et dans ses magnifiques oratorios. L’Agnus Dei du manuscript se termine sur un seul miserere. Nous avons conservé cette version, en ajoutant un verset instrumental qui répète deux fois l’Agnus Dei et s’achève sur le texte dona nobis pacem.

L’enregistrement que voici comprend six exemples caractéristiques des motets de Carissimi, arrangés pour le même ensemble vocal que pour la Messe. Il est difficile de dire si ces motets ont été chantés lors des liturgies de Saint Apollinaire ou des exercises spirituels de l’Oratorio del Crocifisso, mais le style de composition et l’usage exclusif des textes bibliques nous amène plutôt à opter pour la deuxième hypothèse.

Le Consortium Carissimi et la fréquence du son dans l’interprétation

Le Consortium Carissimi, constitué principalement de voix d’hommes accompagnées d’instruments d’origine et fondé en 1996 par Vittorio Zanon et Garrick Comeaux, continue de découvrir et de partager avec le public moderne la musique longtemps oubliée de l’époque pré-baroque romaine, ou Scuola Romana. Lorsque nous avons choisi d’enregistrer la Messe et les présents motets de Carissimi, nous avons immédiatement été confrontés à la difficulté des indications de clef dans les lignes vocales du manuscript original. Afin que ressorte la particularité vocale de chaque chanteur et que le portrait musical et historique soit le plus fidèle possible, (la règle d’or des représentations du Consortium Carissimi), nous avons choisi une fréquence de son de 390 hertz. En sachant que l’accord des instruments, divisé en deux catégories, était différent à Rome au dix-septième siècle, (la catégorie vocale était un degré plus basse qu’aujourd’hui), nous pensons avoir respecté les pratiques d’exécution de la musique de l’époque, et préservé la beauté et les subtilités stylistiques de ces compositions. Mu par un profond intérêt pour la musique sacrée, en particulier pour les motets et les oratorios, le Consortium Carissimi recrée lors de chaque concert une atmosphère de complète sensibilisation de l’auditeur au contenu des textes. Les concerts et les stages du Consortium composés de chanteurs et d’instrumentalistes talentueux ont reçu nombre de félicitations et de critiques élogieuses de la part des journalistes, du public et des étudiants concernés. Nous remercions tout particulièrement le professeur Andrew V. Jones pour l’aide qu’il nous a constamment apportée en nous tenant au courant de ses mises à jour concernant l’authenticité de la compositions de ces motets.

Garrick Comeaux

Version française: Elisa Simonot-Kahan


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