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8.555099 - BAROQUE TRUMPET (THE ART OF THE), Vol. 5
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L’Art de la trompette baroque, vol. 5

Un Concert italien

Avant le dix-septième siècle, la trompette était un instrument à usage exclusivement martial dont les signaux dirigeaient le cours des batailles. Pendant les rare moments de paix, elle était associée avec le faste et le cérémonial, restant au ban de la musique savante, jusqu’à ce que ses maîtres sussent produire une sonorité plus douce: le virtuose Girolamo Fantini, par exemple, en Toscane en 1630; Maurizio Cazzat à Bologne dès 1665, dans sa musique sacrée; Antonio Sartorio à Venise, qui, dès 1672, écrit pour trompette dans ses partitions. L’instrument apparaissait aussi dans les maisons d’opéra, où - preuve peut-être de son acceptation et de sa maturité - il rivalisait avec les chanteurs, notamment les sopranos, l’imitation de la voix humaine étant le but le plus élevé de la musique instrumentale.

Les œuvres sur ce CD témoignent de la position historique de la trompette en Italie à la fin du dix-septième siècle et au cours du dix-huitième, ainsi que de son association avec la voix humaine.

Antonio Vivaldi était le compositeur le plus influent de sa génération, et parmi les plus prolifiques. C'était aussi un pédagogue remarquable, son premier emploi étant, dès 1703, celui de professeur de violon auprès de l’Ospedale della Pietà, un orphelinat pour filles. En 1711, il devint internationalement célèbre par la publication de L'Estro armonico, Op. 3, une série de douze concertos pour un, deux et quatre violons. En 1716 ses responsabilités s’accrurent lorsqu’il devint maestro de' concerti.

Est-ce que son Concerto pour deux trompettes fut composé pour la Pietà? On peut le douter, compte tenu de sa virtuosité et la large tessiture requise pour les deux instruments. La forme est d’une grande maturité, révélant un habile équilibre entre les ritournelles pour orchestre et les diverses péroraisons du soliste.

L’air virtuose pour soprano, cordes et continuo, Agitata da due venti, est tiré de la deuxième scène du deuxième acte de son opéra Griselda, créé à Venise en 1735. L’héroïne doit choisir entre deux amours, situation reflétée dans cet air par l’image d’un navire secoué par une tempête.

Arcangelo Corelli, formé à Bologne, s’établit à Rome vers 1675, bénéficiant de la protection de la reine Christina de Suède, du cardinal Pamphili, et du cardinal Ottoboni. Il composa uniquement de la musique instrumentale, et les six collections de sonates et de concertos qu’il fit publiées devinrent rapidement des modèles pour de futures générations de compositeurs à travers toute l’Europe. Sa Sonate pour trompette jouissait aussi à l’époque d’une grande popularité. Elle fut peut-être composée peu avant 1704 pour le trompettiste anglais Twiselton. C’est une sonata da chiesa (sonate d’église) en cinq mouvements. Avant le dernier des quatre mouvements habituels (lent-vif-lent-vif) est inséré un mouvement martial pour trompette et continuo.

Marc'Antonio Ziani était un éminent compositeur d’opéras, d’abord à Venise, ensuite, dès 1700, à Vienne. Ses opéras comportaient souvent des solos virtuoses pour divers instruments. Cet air est tiré de La Flora, créé à Venise en 1680. L’héros, Geminio, se félicite de l’échec de la révolution. Sa joie est exprimée par des arpèges complexes qui font que cet air court mais efficace est peut-être le plus virtuose de tous les airs vénitiens pour trompette.

Giuseppe Torelli était membre de l’orchestre de l’immense Basilica di San Petronio à Bologne, d’abord comme violiste (1686 à 1695), ensuite comme violoniste (1701 à 1709), entre temps travaillant à Ansbach et à Vienne. Son principal apport historique concernait le développement du concerto pour violon et du concerto grosso, mais c’était aussi le plus prolifique des compositeurs italiens pour la trompette.

Le présumé Concerto de Torelli fut publié vers 1715 sans attribution précise, mais il me semble que cette œuvre de qualité indiscutable révèle bien des traits typiques de Torelli, notamment dans l’écriture pour les violons et dans la forme. La trompette fait ressortir les cordes, de manière à ce que l’on puisse parler plus correctement d’un concerto de groupe avec trompette.

La Sonata a 5 en ré, G. 7, est une œuvre de jeunesse de Torelli. C’est une sonata da chiesa en six mouvements, dont le quatrième, avec un duo pour trompette et violoncelle, fut peut-être inspiré par une œuvre de Domenico Gabrielli (1651-90), pionnier de l’écriture pour violoncelle.

Tomaso Albinoni était un compositeur prolifique de plus de 50 opéras, 40 cantates, et d’une très grande quantité de musique instrumentale, dont 79 sonates pour un à six instruments, 59 concertos, et huit sinfonias. Sa musique fut de son vivant largement répandue à travers l’Europe. Connu surtout pour ses dons mélodiques, son contrepoint laisse parfois à désirer. Vien con nuova orribil guerra est un ‘air de bataille’ tiré de son opéra tardif La Statira, créé à Rome en 1726. La trompette rivalise non seulement avec la soprano mais aussi avec un hautbois solo.

Baldassare Galuppi était un des compositeurs les plus prolifiques et influents de sa génération. Connu surtout pour une centaine d’opéras, il composait aussi de nombreuses œuvres sacrées, une grande quantité de musique de chambre,et environ 125 œuvres pour claviers. Au cours de sa carrière il eut des postes importants à Venise, Londres, Vienne et Saint Petersburg. Son air, Alla tromba della Fama, découvert par l’auteur il y a trente ans dans un fonds allemand, s’inscrit dans une longue tradition musicale et dramatique qui présente la déesse Renom (Fama) sur scène, parfois même volant à travers l’air, tout en tenant une ou deux trompettes. La structure de l’air est typique de l’époque. La cadence des mesures 22 à 25 est originale, alors que les autres furent improvisées par les solistes pendant l’enregistrement.

Alessandro Stradella vécut la plupart de sa vie à Rome, mais fut obligé de fuir en 1677 à la suite d’une scandale. Adultère notoire, il fut assassiné à Gênes. Sa réputation musicale vient de son rôle dans le développement du concerto grosso, mais au cours de sa courte vie il composait des œuvres lyriques, de nombreux oratorios et d’autres œuvres sacrées, des centaines de cantates et 27 œuvres instrumentales. Il Barcheggio est une sérénade de noce dont l’actuelle sinfonia sert comme introduction à la deuxième partie. Sans doute parce qu’il s’agit d’une œuvre à jouer en plein air, les instruments à vent jouent un rôle très important dans Il Barcheggio. Cette sinfonia démontre le sens dramatique du compositeur ainsi que ses dons mélodiques considérables.

Petronio Franceschini était violoncelliste à la Basilica di S. Petronio à Bologne de 1675 à 1680. Il composait surtout des opéras et des œuvres sacrées. Cette Sonate d’église date de la dernière année de sa vie. Avec deux parties d’alto au lieu d’une seule, l’œuvre atteint une grande ampleur sonore, et l’écriture en mode mineur pour trompette dans le troisième mouvement est tout à fait exceptionnelle pour la musique baroque, qui associait l’instrument plutôt avec des émotions jubilatoires.

Edward H. Tarr

Notice concernant les instruments à cordes à l’époque baroque

Alors que sur les instruments contemporains dits "baroques" chaque corde est soumise à une tension qui varie en fonction de son hauteur, les cordes des instruments véritablement baroques étaient tendues avec la même force. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, cette tension pouvait varier en fonction des préférences locales, du diapason, et de l’époque, mais en général la tension et la sonorité étaient au moins aussi élevées qu’aujourd’hui. Par conséquent, les cordes graves étaient beaucoup plus sonores qu’aujourd’hui.

Voilà qui doit changer radicalement nos idées concernant la musique et les instruments baroques, et qui jette une nouvelle lumière sur les questions de sonorité, d’équilibre et d’articulation. En recréant certains aspects des conditions physiques du jeu d’alors, on peut arriver à des conclusions musicales revivifiantes. Tous les musiciens dans cet enregistrement suivent ces principes, donnant un nouveau sens à l’expression "joué sur des instruments "d’époque" ".

Gabriel Bania


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