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8.555332 - TCHAIKOVSKY: None but the Lonely Heart
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Pyotr Ilyitch Tchaïkovski a écrit plus d’une centaine de mélodies, un riche répertoire que les chanteurs qui ne sont pas d’origine russe ont généralement évité, se concentrant tout au plus sur quelques-unes d’entre-elles. Il semble que Tchaïkovski se soit essayé très tôt à cette forme de composition. Dès l’âge de quatre ans, il mit en musique Notre maman de Saint-Pétersbourg, en collaboration avec sa sœur aînée, Sasha. Il fit d’autres tentatives dans le domaine de la mélodie au cours de ses années d’études à l’Ecole de Jurisprudence, mais ce n’est pas avant 1869, une fois achevées ses études musicales au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et après être devenu professeur au Conservatoire de Moscou, qu’il publia son premier recueil de mélodies, Opus 6. Les textes choisis réunissent des vers d’écrivains russes contemporains, ainsi que trois traductions de poèmes allemands. Ces derniers constituent l’Opus 6, nos 2, 5 et 6. Le premier d’entre eux, Ni slova, o drug moy (Pas un mot, ô mon ami), d’après Moritz Hartmann, est une lamentation sur le bonheur passé. Les deux derniers chants sont des adaptations de poèmes de Heine et Goethe: Warum sind dann die Rosen so Blas? (Pourquoi les roses sont-elles si fanées?) est de nature mélancolique ; Niet tolko tot kto znal, est l’une des plus célèbres mélodie de Tchaïkovski. Il s’agit de la version russe de Nur wer die Sehnsucht kennt (Seul celui qui connaît le désir ardent), d’après le lied de Mignon, la jeune bohémienne abandonnée du roman Wilhelm Meister de Goethe, qui fut également mis en musique par de nombreux autres compositeurs parmi lesquels Beethoven et Schubert.

Au cours de l’année 1874 et des premiers mois de 1875, Tchaïkovski travailla à un recueil de six nouvelles mélodies qui forment l’Opus 25. La première, Primiren’ye (L’Apaisement), fut composée sur un poème russe de Shcherbina; la quatrième, Kanareïka (Canari), d’après un texte de Lev Mey, décrit la conversation de la Sultane Zuleika avec son oiseau en cage, tous deux enfermés et rêvant de liberté. Cette scène exotique constitue l’une des rares incursions de Tchaïkovski dans le domaine de l’orientalisme. La bonne réception de ces mélodies par le public permit à Tchaïkovski d’en proposer six autres à son éditeur Jurgenson au printemps 1875. L’Opus 27 se conclut par une adaptation par Mey d’une œuvre du patriote polonais Mickiewicz dont les textes furent une source d’inspiration pour Chopin. Moya Balovnitsa (Mon espiègle amie) est composé sous la forme d’une mazurka qui prend des accents de valse au moment où l’interprète tente d’embrasser sa bien-aimée.

Six romances supplémentaires furent réunies la même année pour constituer l’Opus 28. La troisième de ce recueil, Zachem zhe ty prisnilasya? (Pourquoi ai-je rêvé de toi ?) reprend un poème de Mey, dans lequel le compositeur développe un leitmotiv unique pour transcrire les obsessions d’un amant. Les paroles de la quatrième mélodie, On tak menya lyubil (Il m’aimait tant), sont attribuées à l’ami de Tchaïkovski, Alexei Apoukhtine. Ce recueil s’achève sur Strashnaya minuta (La minute redoutable), sur un texte du compositeur qui exprime l’angoisse de celui qui attend l’aveu d’amour de sa bien-aimée. Khotel by v yedinoye slovo (Je voudrais rassembler en un seul mot), est une adaptation par Mey de Ich wollt’ meine Schmerzen ergössen (Si la douleur qui est mienne) de Heine, et fut composé pour le Nouvelliste, un périodique populaire.

Ce n’est pas avant 1878 que Tchaïkovski se remit à composer un cycle de mélodies. A cette époque, beaucoup de choses avaient changé dans la vie du compositeur. Souhaitant peut-être faire taire les rumeurs sur son homosexualité, il s’était marié avec une femme au tempérament instable, qu’il connaissait à peine et dont la présence le dégoûta rapidement. Le couple se sépara rapidement, et Tchaïkovski, doutant de lui et sombrant dans la dépression, tenta de se suicider. Ces événements coïncidèrent avec sa décision de quitter le Conservatoire de Moscou, rendue possible grâce à l’intervention de Nadezhda von Meck, une riche veuve qui lui offrit une pension mais stipula qu’ils ne devraient jamais se rencontrer. En son absence, en 1878, il fut accueilli dans sa résidence secondaire de Braïlov où il composa les mélodies qui forment l’Opus 38. Parmi celles-ci, on trouve une poignante valse-chantée, Sred’ shumnovo bala (Au milieu d’un bal bruyant), sur un poème d’Alexis Tolstoï, et Pimpinella, sur un texte de Tchaïkovski qui reproduit une chanson qu’il avait entendu à Florence, chantée par le jeune chanteur de rue Vittorio, un garçon dont la beauté et la voix l’avaient beaucoup impressionné.

Deux ans plus tard, Tchaïkovski put proposer un nouveau cycle de sept mélodies à son éditeur, l’Opus 47. La première mélodie, Kaby znala ya (Si j’avais su), d’après une œuvre d’Alexis Tolstoï, fut esquissée dans la demeure de sa sœur à Kamenka et terminée dans la petite propriété de Nadezhda von Meck à Simaki au mois de juillet 1880. Cette mélodie exprime les sentiments d’une jeune fille, émue par un jeune cavalier qui part, insensible à sa douleur. La dernière mélodie du cycle, La li v pole da ne travushka byla (N’étais-je pas comme un brin d’herbe ?), reprend une traduction par Ivan Surikov d’un poème ukrainien de Taras Shevchenko. Tchaïkovski orchestra par la suite cette mélodie. Ce cycle fut dédié par le compositeur à la cantatrice Alexandra Panayeva-Kartseva, élève de Pauline Viardot, alors objet des attentions de son frère Anatoly.

En 1884, Tchaïkovski termina un nouveau recueil de six romances, l’Opus 57. La première mélodie du recueil, Skazhi, o chyom v teni vetvey (Dis-moi ce que chante le rossignol du printemps à l’ombre des branchages), sur un texte de Vladimir Sollogoub, est dédié à Fyodor Komissarzhevski, qui avait interprété le rôle titre dans l’opéra de Tchaïkovski, Vakula, le forgeron. L’œuvre, qui suggère que l’amour est une solution à tous les maux, présente des similitudes avec l’opéra Mazeppa qui était à l’affiche – avec Eugène Onéguine – à cette époque.

L’année 1886 vit la composition des douze mélodies, Opus 60, dédiée, à l’Impératrice. La sixième mélodie du cycle, Nochi bezumnye (Nuits de délire), met en musique un poème d’Apoukhtine ; la huitième, Prosti! (Pardon !), est composée sur des vers de Nikolaï Nekrassov ; la neuvième, Notch’ (Nuit), ainsi que la dixième, Za oknom v teni met’kayet (Derrière la fenêtre dans l’ombre), reprennent des vers de Yakov Polonski.

La présente sélection se conclut sur un arrangement d’une mélodie de l’Opus 63 de Tchaïkovski, d’après un texte du dédicataire, le Grand Duc Konstantin Romanov. Rastvoril ya okno (J’ai ouvert la fenêtre), est une évocation des sentiments nostalgiques d’un personnage éloigné de sa patrie qui entend le chant d’un rossignol.

Adaptation : Pierre-Martin Juban


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