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8.555699 - BUSONI, F.: Piano Music, Vol. 2 (Harden) - Bach - Chaccone / Variations and Fugue on Chopin's Prelude in C Minor
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Busoni Volume 2.

Bach-Busoni: Chaconne en ré mineur, B33

Busoni: Etude en forme de variations, K206

Anhang zu Siegfried Och's 'Kommt ein Vogel geflogen', K222

Tema con variazioni in C, K6

Inno Variato, K16

Variationen und Fuge in freier Form über Fr. Chopin's c-moll Präludium, K213

Dante Michelangeli Benvenuto Ferruccio Busoni naquit à Empoli, près de Florence, en 1866, fils unique d’un père clarinettiste italien et d’une mère pianiste d’origine allemande. Il fit ses débuts de pianiste à Trieste en 1874, allant étudier et se produire à Vienne l’année suivante. Sur le conseil de Brahms, il se fixa à Leipzig en 1885, étudiant avec Carl Reinecke avant d’enseigner aux conservatoires d’Helsinki et de Moscou. Les concerts l’occupèrent beaucoup jusqu’au tournant du siècle, époque où la composition commença à prendre une importance nouvelle, sans jamais toutefois prendre le pas sur sa carrière. A part une période passée à Zurich pendant la Première Guerre Mondiale, il vécut à Berlin de 1894 jusqu’à sa mort.

La musique de Busoni constitue essentiellement une synthèse de ses origines italiennes et allemandes, alliant l’émotion à la réflexion et l’imagination à la rigueur. Malgré les louanges de ses confrères compositeurs et interprètes, son œuvre demeura longtemps confidentielle. Sans être ni fondamentalement conservatrices, ni exagérément radicales, ses innovations harmoniques et tonales visaient surtout une re-création du passé musical ; elles viennent seulement de rencontrer un accueil plus chaleureux au cours des dernières décennies.

Musicien des plus visionnaires, Busoni écrivit surtout pour son propre instrument. La présence de Bach l’accompagna d’emblée, à la fois par l’aspect contrapuntique de sa musique et au sein de son répertoire d’interprète, processus d’assimilation dont l’apogée fut l’Edition Bach-Busoni, publiée en 1918. Si les travaux ultérieurs de Busoni sur Bach consistent plus en une interprétation créative qu’en des arrangements, sa force de caractère est manifeste dans ses toutes premières transcriptions.

D’un point de vue technique et esthétique, et bien qu’elle soit relativement précoce, la transcription par Busoni de la Chaconne en ré mineur tirée de la Partita pour violon solo n°2 BWV 1004 de Bach demeure l’une de ses réalisations les plus impressionnantes. Arrangée à Boston en 1892, au cours de sa première tournée des Etats-Unis, elle est fidèle à la clarté linéaire de l’œuvre originale à travers des textures de piano dérivées de Brahms et de Liszt. En même temps, l’étagement dynamique des différentes étapes de cet ouvrage lui donne un élan cumulatif annonçant plusieurs des œuvres de la maturité de Busoni inspirées par Bach.

1883 fut une année décisive pour Busoni. Parvenu à Vienne pour y séjourner deux ans, il fit la connaissance de Brahms, dont l’influence détourna son style de l’émulation des modèles baroque, classique et du début du romantisme vers un langage plus contemporain. Le résultat immédiat de ce revirement furent les Six Etudes, publiées l’année suivante sous le numéro d’opus 16. Toutefois, l’existence de quatre autres études substantielles indique que Busoni comptait étendre la série, sans doute pour en faire un cycle de 24. De celles-ci, seule l’Etude en forme de variations fut publiée, en 1884 également, devenant l’opus 17. Ce morceau est dans la lignée du style sophistiqué des premières études, avec des accords rappelant l’orgue à la main gauche en contraste avec une écriture contrapuntique sophistiquée à la main droite. Au thème, sérieux et vaguement mélancolique, succèdent huit variations, allant du grotesque à l’élégiaque – dans la sixième variation – avec un finale incisif rappelant Bach.

Après Vienne, Busoni passa deux ans à Leipzig, où il rencontra des compositeurs tels que Delius, Grieg et Mahler. Ses premières publications de transcriptions de Bach datent de cette époque, tout comme un morceau de fantaisie nous montrant son côté plus irrévérent. Quelques années auparavant, le chef de chœur Siegfried Ochs s’était fait connaître grâce au morceau comique Chanson populaire allemande, 'Kommt ein Vogel geflogen', dans un arrangement humoristique pour piano dans le style de maîtres anciens et plus modernes". Busoni répliqua avec ses Cinq variations sur Kommt ein Vogel geflogen, dans le style de maîtres illustres, sorte d’appendice aux variations de Siegfried Ochs. A la plaisante comptine font suite des parodies des langages de Schumann ('d’après Kinderszenen'), Mendelssohn, Chopin ('Mazurka'), Wagner ('Nibelungen') et Scarlatti. Spirituel et concis, ce morceau plein de charme ne fut pas publié avant 1987, cent un ans après sa composition.

Les deux pièces suivantes datent des débuts de Busoni. Le Thème et variations en ut majeur, d’octobre 1873, constitue l’opus 6 du catalogue du compositeur, alors âgé de sept ans. Le thème gracieux, à la main gauche avec l’accompagnement saccadé à la main droite, est suivi de deux variations, la seconde transposée d’une octave vers le bas pour sa répétition, et un finale ardent rappelant les premières séries de variations de Beethoven.

L'Inno variato de novembre 1874, porte le numéro d’opus 12 dans le même catalogue. D’un point de vue pianistique, ces trois variations, jouées sans répétitions – la dernière est tout de même développée pour former une brève coda – sont plus recherchées que la série précédente, bien qu’elles préservent la limpidité schubertienne du thème initial.

On ne pourrait trouver contraste plus grand qu’avec les Variations et fugue en libre forme sur le Prélude en ut mineur de Chopin, composées à Vienne en 1884-85 et publiées en tant qu’opus 22. A peine âgé de dix-neuf ans, Busoni produisit une série de variations constituant une synthèse des possibilités du piano virtuose, sans doute le complément romantique de la virtuosité plus classique des Variations Haendel de Brahms, datant de vingt ans auparavant. Busoni en vint lui-même à considérer son œuvre comme téméraire et excessive, et en 1922, pour l’inclure dans sa Klavierübung (1918-22, avec une deuxième édition publiée en 1925), il en produisit une version considérablement réduite et retravaillée, en accord avec l’évolution de son esthétique. Le présent enregistrement en propose l’éclatante version originale.

Le Prélude de Chopin en question est le vingtième des 24 Préludes op.28, avec son impressionnant diminuendo de forte à piano. La première variation s’impose progressivement, la seconde est plus capricieuse, tandis que la troisième s’éloigne du thème avec un sombre passage à la basse. La quatrième variation est une robuste étude à la Bach, à laquelle répond le pathos de la cinquième. La sixième se veut plus introspective ; c’est sans doute la plus ouvertement chopinienne de la série, contrastant avec la septième variation, fort incisive. La huitième rappelle l’agilité contrapuntique des Variations Goldberg de Bach, et la neuvième semble faire la part belle à l’improvisation. La dixième est rapide et la onzième, harmoniquement ambivalente, rappelle Liszt. La douzième est lyrique, la treizième enjouée. La quatorzième est pleine de poésie, la quinzième est ascétique et la seizième détend l’atmosphère avant le calme nocturne de la dix-septième. La dix-huitième variation intensifie cette atmosphère et la dix-neuvième vient annoncer la fugue finale.

Richard Whitehouse

Version française : David Ylla-Somers


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