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8.555791 - MUSIC FOR SOLO HARP
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Musique pour harpe seule

Le développement progressif de la harpe, instrument de musique parmi les plus anciens, s’accompagna de possibilités accrues quant aux enchaînements chromatiques et aux changements de tonalités. Si le succès des harpes à double rangée de cordes de la fin du XVIe siècle encouragea très vite la mise au point de harpes à triple rangée, ce fut toutefois au début du XVIIIe siècle que se produisit le changement le plus important avec l’introduction d’un mécanisme muni de pédales à ´ mouvement simple ª — le choix des tonalités dans lesquelles l’instrument pouvait jouer demeurait cependant limité. Vint alors Érard qui, en 1800, construisit un premier modèle de harpe dit à ´ double mouvement ª, perfectionné en 1811 et permettant dès lors, avec ses sept pédales, de hausser chaque corde depuis sa position normale d’accord (diminuée = bémol) tout d’abord d’un demi-ton, jusqu’à la note naturelle, puis par une seconde action sur la pédale d’un second demi-ton (augmenté = dièse). Le présent enregistrement renferme des œuvres originellement conçues pour la harpe à ´ simple mouvement ª, d’autres pour la harpe à ´ double mouvement ª avec pédales, dont le harpiste d’origine anglaise Parish Alvars fut un important pionnier.

Les trois Liebesträume (´ Rêves d’amour ª) de Franz Liszt furent initialement conçus, vers 1845, sous forme de lieder par la suite transcrits pour le piano. Le troisième de la série met en musique un poème de Ferdinand Freiligrath, poète qui durant une partie de sa vie fut exilé politique, traitant du caractère inconstant de l’amour : O Lieb’, o Lieb’, so lang du lieben kannst (´ Ô amour, ô amour, aussi longtemps que tu peux aimer ª). La transcription pour harpe est l’œuvre de la harpiste française Henriette Renié, qui avait remporté au Conservatoire de Paris un premier prix à l’âge de douze ans et mena par la suite une remarquable carrière, inspirant nombre de compositeurs français d’importance avant de se mettre elle-même à composer pour son instrument.

Lucia di Lammermoor est l’adaptation lyrique du roman de Sir Walter Scott The Bride of Lammermoor, dans lequel l’héroïne est contrainte par sa famille d’épouser un homme qu’elle n’aime pas et auquel elle donne la mort durant sa nuit de noces. Au premier acte de l’opéra, Lucia, suivie d’Alisa, sa dame de compagnie, est sortie du château de Lammermoor pour se rendre, en proie à l’agitation, à la fontaine hantée qui se trouve dans le parc et près de laquelle elle espère retrouver son seul véritable amour, Edgardo. Le solo de harpe introduisant l’air d’entrée de Lucia a fait l’objet d’un arrangement signé Albert Heinrich Zabel, célèbre harpiste allemand dont la carrière se déroula pour l’essentiel à Saint-Pétersbourg comme harpe soliste du Ballet Impérial et professeur au Conservatoire de la ville.

Né en 1804 à Novospasskoïé, dans la province de Smolensk, Glinka s’affirma tel un pionnier du nationalisme musical russe. Comme bon nombre de ses successeurs, il n’avait pas fait de véritables études de musique et manquait de ce professionnalisme que les frères Rubinstein inculquèrent par la suite aux musiciens russes. C’est en 1828, époque à laquelle il composa son Nocturne pour harpe en mi bémol majeur, qu’il commença de s’intéresser à l’opéra, nouvelle voie concrétisée huit ans plus tard, après un séjour d’étude en Allemagne, dans Une vie pour le tsar. Ce Nocturne est un exemple caractéristique et séduisant de la musique de salon de cette période.

Né en 1854, le compositeur autrichien Hugo Reinhold fut choriste à la Chapelle de la cour avant d’étudier au Conservatoire et de travailler avec Bruckner, Otto Dessoff et Julius Epstein. Si une grande partie de son œuvre est aujourd’hui bien négligée, il n’en fut pas moins un compositeur prolifique. Son Impromptu op.28 n°3 est une œuvre aussi exigeante que stimulante et requiert sur le plan instrumental une authentique virtuosité.

L’Étude op.25 n°1 de Chopin est la première des douze pièces composant son second recueil d’études, dédié à la compagne de Liszt, la comtesse Marie d’Agoult. Publiée en 1836, la pièce reçut le surnom de ´ harpe éolienne ª en raison d’un motif ininterrompu en forme d’arpèges. Le présent arrangement pour harpe est de Wilhelm Posse, compositeur et harpiste dont la carrière eut pour cadre Berlin et, entre autres transcriptions, arrangea pour harpe trois des Études de Chopin ainsi que, encouragé par le compositeur lui-même, les Liebesträume et les Consolations de Liszt.

Six des Sonates pour clavier de Franz Anton Rosetti sont venues étoffer de manière appréciable le répertoire soliste de la harpe. Né vers 1750 près de Leitmeritz (aujourd’hui Litomeÿrÿice, en Bohême) sous le nom de Rösler, Rosetti débuta sa carrière musicale comme contrebassiste puis devint Kapellmeister du prince d’Öttingen-Wallerstein, par la suite du duc de Mecklenburg-Schwerin. Il fut très estimé de son vivant et reçut en 1791 la commande d’un Requiem pour Mozart destiné à être exécuté à Prague. Cette Sonate en trois mouvements, avec pour finale un Rondeau à la française, est dans le style caractéristique de l’époque, celui du premier Haydn.

Remarquable compositeur et violoniste, Louis Spohr fut nommé en 1805 Kapellmeister de Gotha où, l’année suivante, il épousa la harpiste Dorette Scheidler qui devait être, entre 1813 et 1815, harpe principale au Theater an der Wien dont son mari dirigeait l’orchestre. Le couple entreprit jusqu’en 1821 des tournées de concerts puis, en 1822, s’installa à Kassel où Spohr fut nommé Kapellmeister, position qu’il conserva jusqu’en 1857, deux ans avant sa mort. Son épouse étant morte en 1834, les œuvres que Spohr dédia à la harpe datent pour l’essentiel de l’époque où ils donnaient ensemble des concerts ; elles font appel à une harpe à pédales et à ´ mouvement simple ª plutôt qu’au nouvel instrument d’Érard, dont elle ne se servait pas. La Fantaisie op.35 appartient aux toutes premières années des tournées de concerts de Spohr et de sa femme et fut jouée à Leipzig en 1807 devant une critique enthousiaste.

Fils d’un chef d’orchestre militaire, Wilhelm Posse, né à Bromberg en 1852, reçut ses premières leçons de musique de son père avant d’aborder seul la harpe, qu’il travailla ensuite auprès du harpiste virtuose Louis Grimm, harpe solo de l’Académie royale de Berlin et disciple de Parish Alvars. Par la suite, Posse fit lui-même partie de l’Orchestre royal et enseigna à la Musikhochschule de Berlin. Nombre de compositeurs, parmi lesquels Richard Strauss, sollicitèrent ses conseils techniques dès lors qu’il s’agissait d’écrire pour la harpe, de même que Liszt le tenait en très haute estime. Posse fut l’un des premiers virtuoses à adopter la harpe américaine de Lyon & Healy ; reprenant la harpe mise au point par Érard, elle était conçue pour supporter le climat très contrasté de l’Amérique.

C’est en 1823 que le compositeur anglais Elias Paris Alvars, né en 1808 à Teignmouth et d’ascendance juive, fit sa première tournée de concerts en Allemagne. Il avait étudié à Londres auprès de François-Joseph Dizi, un protégé d’Érard, ainsi que de Nicholas Charles Bochsa qui, condamné en France pour contrefaçon, s’était installé à Londres. Il travailla ensuite avec un élève de Bochsa, Théodore Labarre. L’essentiel de la carrière de Parish Alvars eut pour cadre Vienne où il fut nommé musicien de chambre de l’empereur et continua de développer les possibilités techniques et musicales de la harpe. Il y était tenu en grande estime et fut admiré des plus grands compositeurs de son temps parmi lesquels Mendelssohn, Berlioz et Liszt. Il publia près d’une centaine d’œuvres, principalement pour la harpe, ses talents de compositeur s’étant trouvés confortés par les études menées à Vienne auprès de Simon Sechter, le professeur de Bruckner, et Ignaz von Seyfried. Sa Serenade est au nombre des œuvres les plus captivantes du répertoire de la harpe.

Un sospiro (Un soupir) de Liszt est la dernière de ses trois Études de concert, publiées en 1849 avec une dédicace au cousin du compositeur, Eduard, et qui par la suite reçurent des titres. Avec son accompagnement d’arpèges indiqué armonosio quasi arpa, Un sospiro ne pouvait qu’inviter à la transcription : le présent arrangement virtuose est signé Henriette Renié.

Keith Anderson

Version française : Michel Roubinet


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