About this Recording
8.555846 - VERDI: Falstaff (Highlights)
English  French 

Giuseppe Verdi (1813-1901)

Falstaff (Extraits)

Au cours du dix-neuvième siècle, les œuvres de Shakespeare ont exercé une fascination sur l’imaginaire romantique. Ce renouveau s’est illustré au théâtre, par la multiplication des traductions, dans l’art et dans la musique. D’autres thèmes shakespeariens avaient été suggérés à Verdi mais ce n’est qu’en 1847 qu’il acheva Macbeth, avec lequel il remporta un vif succès et dont l’argument possède une puissante force dramatique doublée d’un exotisme séduisant, son action se déroulant en Ecosse. Il fallut attendre 1879 pour que le compositeur se laissât persuader de travailler à un second opéra shakespearien, sur un livret d’Arrigo Boito d’après Othello, dont la première fut donnée à La Scala en 1887. Le dernier opéra de Verdi allait s’attacher à un sujet comique. En 1889, Boito avait attiré l’attention de Verdi sur son adaptation de The Merry Wives of Windsor. La partition de Falstaff fut achevée en décembre 1892 et créée à La Scala en 1893, l’année des 80 ans de Verdi.

 

Résumé

Acte I

Première partie

1 Falstaff est assis à une table de l’Auberge de la Jarretière devant les restes de son repas, des bouteilles, une chope et un écritoire. Il est afféré à cacheter deux enveloppes. Le Dr Cajus entre pour se plaindre de Falstaff, qui ne lui prête aucune attention et passe commande à l’aubergiste d’une nouvelle bouteille de vin blanc. Cajus poursuit ses accusations : Falstaff a épuisé ses chevaux et est entré chez lui par effraction. Il aura recours à la justice et fera appel au Conseil Royal. Falstaff demeure impassible mais Cajus continue, pestant cette fois contre Bardolfo qu’il accuse de l’avoir fait boire. Bardolfo acquiesce et avoue qu’il aurait volontiers recours à un médecin pour prendre soin de ses souffrances et de son nez rouge et luisant. Cajus l’accuse de l’avoir enivré volontairement, puis de lui avoir vidé les poches. Bardolfo nie et Falstaff appelle Pistola. Cajus l’accuse immédiatement de lui avoir volé de l’argent. Pistola et Cajus s’insultent mutuellement jusqu’à ce que Bardolfo les apaisent en affirmant que Cajus a rêvé le tout après s’être endormi sous la table. Falstaff rend son jugement : les faits n’ont pas eu lieu, allez en paix. Cajus s’en va, jurant de ne boire désormais qu’en compagnie de gens honnêtes, connus pour leur sobriété, tandis que Bardolfo et Pistola ponctuent chaque déclaration par un Amen. Falstaff les fait taire en leur disant de voler plus discrètement. Il regarde la note de l’aubergiste et demande aux deux hommes de vider leurs poches puisqu’ils lui coûtent si cher en boisson. Falstaff continue d’invectiver ses compagnons. Le nez de Bardolfo leur a épargné des frais d’huile lors de leur tournée des auberges, mais cette économie a été compensée par le vin consommé au cours des trente dernières années. Il demande une autre bouteille. Si Falstaff devait maigrir, il ne serait plus rien. Bardolfo et Pistola chantent les louanges de l’immense, de l’énorme Falstaff.

2 Falstaff a écrit aux épouses de Ford et de Page, offrant son amour à chacune d’entre-elles. Il demande à Pistola et Bardolfo d’aller porter ces lettres à leurs destinataires mais ils refusent, arguant que leur honneur le leur interdit. Furieux, il appelle un garçon d’auberge qui file avec les deux lettres. Falstaff mécontent se répand contre ses deux compères : ils n’ont pas d’honneur, mais de toute façon, l’honneur n’est qu’un mot. Cette philosophie contraste, du point de vue musical, avec les traits de furie qu’il crie à Bardolfo et Pistola qu’il chasse à coups de balai.

Seconde partie

3 La scène se déroule dans un jardin. A gauche, se trouve la maison de Ford. Meg Page et Mrs Quickly qui viennent à la rencontre d’Alice Ford qui sort accompagnée de sa fille Nannetta. Alice Ford allait justement rendre visite à Meg Page pour échanger une bonne histoire : il s’est passé quelque chose d’étrange, chacune a reçu une drôle de lettre. Elles se les échangent, Meg lit celle d’Alice. Hormis le nom de leur destinataire, les deux lettres de Falstaff sont les mêmes. Amusées, elles se lisent, ensemble ou à tour de rôle, ces passages identiques et décident de se venger de Falstaff. Elles sortent, tandis que Cajus, Ford, Fenton, Bardolfo et Pistola entrent, tous remontés contre Falstaff. Cajus est furieux de la manière dont il a été traité, et Ford a appris de la bouche de Bardolfo et Pistola ce que Falstaff complotait à l’égard de sa femme. Le prétendant de Nannetta, Fenton, est ravi de se joindre à eux contre Falstaff.

4 Les hommes partent, laissant Fenton seul qui murmure quelques mots à Nannetta, tentant d’obtenir deux baisers furtifs. Il loue la beauté de ses lèvres et de ses yeux, tandis qu’elle lui demande de faire attention à lui. Ils se quittent au moment où les femmes réapparaissent. Elles décident de donner suite à ces mots doux et de ridiculiser Falstaff : Mrs Quickly doit porter un message qui invite Falstaff à un rendez-vous secret avec Alice Ford. Elles sont ravies du tour qu’elles vont lui jouer. Mrs Quickly voit quelqu’un s’approcher, toutes les femmes se retirent. Les deux amants sont de nouveau seuls et Fenton tente d’embrasser Nannetta.

Ils partent et les hommes arrivent. Ford songe à sa vengeance : il va se déguiser pour rendre visite à Falstaff. Au même moment, les femmes manigancent leur propre plan.

 

Acte II

Première partie

Falstaff est attablé dans l’Auberge de la Jarretière, buvant du vin. Il est rejoint par Bardolfo et Pistola qui semblent faire acte de pénitence. Ils souhaitent revenir à son service. Bardolfo annonce à Falstaff qu’une femme attend d’être reçue.

5 Mrs Quickly fait une révérence au chevalier, demandant à pouvoir lui parler en secret. Falstaff lui accorde audience et somme ses deux compagnons de partir. Elle explique qu’Alice Ford est follement amoureuse de lui et Falstaff accepte mielleusement ses compliments sur son pouvoir de séduction. Le mari de Mrs Ford est généralement sorti entre deux et trois heures ce qui lui permettra de rencontrer cette pauvre femme, jalousement gardée par son mari. Mrs Quickly lui transmet ensuite le second message de la part de Mrs Page, dont le mari est souvent absent. Le pouvoir de séduction de Falstaff est ensorcelant, ajoute-t-elle, tandis que le chevalier préfère affirmer qu’il est tout simplement une personne fascinante. Il récompense Mrs Quickly qui prend congé de lui.

6 Alice est sienne, s’exclame Falstaff content de lui : il est peut-être vieux, mais il continue d’attirer les femmes.

7 Bardolfo introduit Ford, déguisé en Fontana (Brook), suivi de Pistola. Il se présente à Falstaff avec beaucoup de formalités, expliquant qu’il y a, à Windsor, une certaine Alice, épouse de Ford, qu’il ne parvient pas à séduire. Elle l’a laissé déçu mais il récompensera Falstaff pour qu’il la courtise afin de lui préparer la voie. Falstaff lui révèle qu’il a déjà rendez-vous avec elle, à la surprise de Ford. Il demande si Falstaff connaît son mari, et Falstaff lui répond que oui. Ford est un rustre, un bœuf qui sera bientôt cocu. Il va se préparer pour son rendez-vous.

8 Ford ne sait pas s’il rêve et s’imagine déjà avec des cornes au front. Il explose de jalousie, se jurant de surprendre sa femme avec Falstaff et de se venger. Falstaff, l’esprit tranquille et joyeux, s’en revient avec une nouvelle veste, un chapeau et une canne, prêt pour l’aventure. Il invite Ford à l’accompagner, s’ensuit une altercation polie, à propos de celui qui laissera passer l’autre en premier, qui trouve sa solution lorsque les deux hommes décident de partir bras dessus, bras dessous.

Seconde partie

Alice Ford et Meg Page, rejointes dans la maison de Ford par Mrs Quickly, préparent leur complot contre Falstaff, avec un panier à linge prévu pour cacher et compromettre le chevalier. Nannetta, en larmes, explique que son père à décider de la marier au Dr Cajus, mais sa mère la rassure. Falstaff approche et les femmes prennent chacune leur poste.

9 Lorsque Falstaff entre, Alice joue du luth. Il se met à chanter son souhait de voir Ford mourir afin qu’elle puisse devenir Lady Falstaff. Il la flatte, l’imaginant parée de bijoux. Toutefois, elle affirme préférer davantage de simplicité. Falstaff déclare sa passion et se rappelle de sa jeunesse, décrivant l’époque où il était page auprès du Duc de Norfolk.

La nouvelle de l’arrivée de Ford et de ses amis, annoncée conformément au plan puis ayant effectivement lieu, force Falstaff à se cacher, d’abord derrière un paravent puis dans le panier à linge sale après que Ford l’ait fouillé. Les servantes vident le panier dans la Tamise, au grand amusement de tous, y compris Ford.

 

Acte III

Première partie

10 Le soleil se couche et Falstaff est assis, songeur, devant l’auberge. Il se lève brusquement et frappe la table de sa main puis appelle l’aubergiste. Il discourt amèrement sur la perfidie du monde, commande du vin, se plaint de la manière dont on l’a traité, jeté à l’eau avec du linge sale, ne flottant que grâce à son ventre. Dans un passage poignant, il contemple son état et son âge. Cependant, le vin le remet d’humeur enjouée.

Mrs Quickly entre et persuade Falstaff de se rendre à un second rendez-vous amoureux. Il doit se déguiser en Herne, le Chasseur Noir, pour rencontrer Alice sous le chêne du Chasseur dans le parc de Windsor. Les comploteurs préparent leur déguisement et les femmes se préparent à compromettre le projet de Ford de marier sa fille Nannetta avec le Dr Cajus.

Seconde partie

11 Le parc de Windsor, la nuit, près du fameux chêne du Chasseur. Tout autour, il n’y a que buissons et feuillages. Les cors des gardes forestiers se font entendre au loin. La lune apparaît et la scène s’éclaire progressivement. Fenton entre en entonnant sa chanson d’amour. Nannetta arrive, déguisée en reine des fées, suivie d’Alice drapée d’une cape noire et de Fenton qui porte un masque. Mrs Quickly est habillée en sorcière de l’Epiphanie et explique qu’elle souhaite déguiser Bardolfo en fiancée de Cajus. Meg apparaît, vêtue de vert, et indique à Alice que des enfants, grimés en lutins et elfes, se tiennent prêts dans le fossé derrière eux. Ils se cachent lorsque approche Falstaff.

Au premier coup de minuit, Falstaff s’avance près du chêne hanté, portant cape et bois de cerfs. Alice arrive, suivie de Meg qui crie que les sorcières vont arriver. Alice s’échappe, laissant un Falstaff terrorisé.

12 Nannetta, en reine des fées, appelle les nymphes, les elfes et les esprits. Falstaff est terrifié par le bruit. Nannetta et Alice surgissent accompagnées des enfants déguisés en fées. Falstaff est couché sur le sol, transi de peur, tentant de se cacher de ces esprits synonymes de mort. Nannetta chante un délicat air féerique. Les mots et la musique reflètent la beauté de cette scène nocturne. Elle demande aux fées de réunir des fleurs et d’y inscrire des noms secrets. Tous s’approchent du chêne en chantant.

Les comploteurs reviennent, déguisés, et raillent Falstaff tandis que les fées le tourmentent. Il finit par reconnaître Bardolfo et lui demande de cesser. Mrs Quickly déguise Bardolfo en la fiancée que le Dr Cajus attend. Alice révèle à Falstaff que le Signor Fontana, Maître Brook, est en réalité son mari, et Mrs Quickly lui dit qu’il est fou d’avoir cru que deux femmes seraient assez stupides pour tomber amoureux d’un homme sale, obèse, chauve et corpulent. Falstaff se rend compte qu’il a été ridicule, une conclusion qui fait bien rire ses bourreaux.

 

13 Falstaff, comme toujours, tente de retirer quelque chose de la situation, au-delà du rire qu’il inspire aux autres, il cherche ce qui, chez les autres, le fait rire. Ford annonce le mariage de la reine de fées — Bardolfo déguisé — avec le Dr Cajus. Alice ouvre la voie à Nannetta et Fenton, second couple dans ce mariage double. On les marie mais lorsque Ford leur demande de se dévoiler, il se rend compte du subterfuge. Cajus a été amené à épouser Bardolfo, tandis que Fenton est maintenant vraiment marié à Nannetta. Falstaff demande qui est dupé maintenant. Alice répond qu’il sont trois, Falstaff, Ford et Cajus. Nannetta demande le pardon à son père.

14 Ford le lui accorde à la grande joie de tous, et propose que tous aillent fêter cela avec Falstaff qui entraîne l’assemblée dans un chœur final. Il s’agit d’une magnifique fugue, que Falstaff commence avec Tutto nel mondo è burla : tout au monde n’est que farce, et l’homme est né bouffon, mais rira bien qui rira le dernier.

Keith Anderson

Version française : Pierre-Martin Juban


Close the window