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8.555917 - REVUELTAS, S.: Orchestral Music
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Silvestre Revueltas (1899-1940)

Sensemayá • La noche de los Mayas • La coronela

Silvestre Revueltas naquit à Santiago Papasquiaro, Durango, petite ville du nord du Mexique. Dès 1906, son intérêt pour la musique fut évident. Lorsque sa famille se fixa à Mexico, il intégra le Conservatoire national de musique, étudiant le violon avec José Rocabruna et la composition avec Rafael J. Tello. En 1917, il s’installa aux Etats-Unis pour étudier au St Edward College à San Antonio, au Texas, puis à Chicago, y demeurant jusqu’en 1924. Après une tournée de concerts assez longue au Mexique et aux USA, il revint vivre dans son pays à partir de 1929. Cette année-là, Carlos Chávez lui offrit le poste d’assistant chef d’orchestre de l’Orquesta Sinfónica de México ; il conserva ces fonctions jusqu’en 1936. Ensemble, ils firent beaucoup pour la musique mexicaine, présentant un riche répertoire incluant des œuvres des plus grands noms de l’époque. Revueltas mena en même temps une carrière de compositeur prolifique et rencontra le succès avec des pièces comme Cuauhnahuc (Cuernavaca,1930), Esquinas (Coins de rues, 1931), Ventanas y Colorines (Fenêtres et perles de couleur, 1932), Janitzio (1933), Caminos (Chemins, 1934), Homenaje a Federico García Lorca (Hommage à Federico García Lorca, 1936), Itinerarios (Itinéraires, 1937) et Sensemayá (1938). Cette série d’œuvres constitue un bon exemple de son extraordinaire contribution à la forme du poème symphonique national mexicain, avec des compositions qui dénotent son originalité et la fraîcheur de son inspiration, en plus de sa technique magistrale.

Sensemayá est le dernier de ces grands ´ paysages musicaux ª nationaux ; il l’entreprit en 1937 et l’acheva le 6 mars de l’année suivante. Il s’inspira d’un poème de Nicolás Guillén, qui traite de l’incantation rituelle chantée lorsqu’on tue un serpent, cérémonie aux réminiscences africaines. Ce poème raconte l’histoire de Lucero, une princesse transformée en serpent par un magicien de la tribu voulant se venger d’avoir été repoussé par elle. Des hommes chassent le serpent, et c’est finalement le magicien lui-même qui le tue. Ayant accompli ce geste, il meurt et le sortilège est rompu : Lucero a retrouvé son âme, à la plus grande joie de la tribu. Revueltas composa deux versions différentes de cet ouvrage, la première datée de mai 1937 pour chœur et orchestre de taille réduite. La seconde version, achevée en mars de l’année suivante, était destinée à un orchestre symphonique au complet. Cette version, qui est celle que l’on donne généralement en concert, fait appel à des bruits de la forêt en utilisant une énorme quantité de tambours. Sa création, donnée par l’Orchestre symphonique de Mexico le 18 décembre 1938, fut un événement important. Après la mort de Revueltas, l’ouvrage fut créé aux USA le 26 février 1945 par l’Orchestre philharmonique de New York sous la direction de Leopold Stokowski, qui témoignait ainsi de son estime pour ce compositeur.

Les huit partitions que Revueltas écrivit pour le cinéma entre 1934 et 1940 sont une facette importante de son œuvre. Elles comprennent Redes (Filets, 1934) et La noche de los Mayas (La Nuit des Mayas, 1939), prévus pour figurer dans la bande originale du film de Chano Uruetas et qu’on entendit surtout dans les salles de concert jusqu’en 1960, lorsque l’INBA (Institut national des Beaux-Arts) organisa une commémoration en l’honneur de Revueltas. La même année, le compositeur José Yves de Limantour, admirateur enthousiaste de Revueltas, arrangea et édita la bande sonore pour en tirer quatre mouvements, Noche de los Mayas, Noche de Jaranas, Noche de Yucatán et Noche de Encantamiento. Ces sections, très différentes les unes des autres si on considère leurs fonctions originales, constituent un ensemble très cohérent et évoquent ce qu’Antonio Alcaraz a décrit comme: ´ l’équivalent des créations murales mexicaines, avec toutes leurs proportions épiques, leurs motifs sociaux et artistiques incisifs et leur plasticité enchanteresse, magique. ª

Après cela, Limantour se lança avec fougue dans un autre projet, monter La coronela (La Colonelle), partition de ballet inachevée qui fut créée six semaines après la mort de Revueltas au Théâtre Bellas Artes de Mexico le 23 novembre 1940. L’ouvrage fut achevé par Blas Galindo et l’ensemble de l’orchestration fut confié à Candelario Huizar, car Revueltas n’avait écrit qu’une version réduite pour piano des trois premiers actes. Vingt ans après, Limantour ne put trouver l’œuvre qui avait été donnée, attribuée à Revueltas, Galindo et Huizar, et dut commander une orchestration entièrement nouvelle à Eduardo Hernandez Moncada, qui avait dirigé la création d’origine. Pour le dernier épisode, Limantour réutilisa certaines des pages que Revueltas avait composées pour deux films inspirés de la révolution mexicaine : Vámonos con Pancho Villa! (Allons avec Pancho Villa), de Fernando de Fuentes (1935), et Los de Abajo (Ceux d’en bas), d’Urueta (1939), si bien que La coronela put enfin être présenté au Bellas Artes, cette fois en version de concert,

le 25 mai 1962 avec Limantour à la tête de l’Orchestre symphonique national. La trame de La coronela, écrite par Waldeen Falkenstein, le célèbre danseur et chorégraphe, dont la compagnie monta la création du ballet, Gabriel Fernandez Ledezma et l’éminent directeur de théâtre Seki Sano, traite quatre épisodes de la vie des Mexicains au début du XXème siècle et du mouvement révolutionnaire contre la dictature de Porfirio Diaza. La coronela s’appuie sur des tableaux de José Guadalupe Posada, peintre qui consacra son existence à la réforme sociale et dont les idéaux étaient partagés par Revueltas.

Francisco Mendez Padilla

Traduction : David Ylla-Somers


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