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8.555978 - ALPHORN CONCERTOS
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Le cor des Alpes

Leopold Mozart (1719-1787): Sinfonia Pastorella

Jean Daetwyler (1907-1994): Dialogue avec la nature

Ferenc Farkas (1905-2000): Concertino Rustico

Jean Daetwyler (1907-1994): Concerto pour cor des Alpes et orchestre

Le cor des Alpes est phénoménal, à la fois par sa taille et par son registre très limité. Cet instrument est très ancien, il s’agit d’une trompette de berger en bois que l’on rencontre dans les Alpes, les Carpates, en

Lituanie, dans les Pyrénées et en Scandinavie. Traditionnellement, c’est un instrument d’appel à la portée considérable et dont la construction a connu plusieurs modifications ; aujourd’hui, on lui connaît une forme de cloche retournée au bout d’un tuyau en bois creux mesurant environ trois mètres cinquante. Depuis le début du XIXème siècle, le cor des Alpes est accordé en différentes tonalités afin de permettre à ses interprètes de jouer ensemble. Au cours des récentes années, des compositeurs suisses ont introduit le cor des Alpes dans les salles de concert.

Leopold Mozart aurait bien plus marqué la postérité s’il n’avait pas choisi de sacrifier sa propre carrière pour celle de son fils Wolfgang. En 1756, année de la naissance de celui-ci, il s’était forgé une réputation considérable, notamment grâce à la publication d’une méthode de violon qui fut traduite en plusieurs langues. Fils d’un relieur d’Augsbourg, il était entré comme musicien au service de l’archevêque de Salzbourg après avoir étudié à l’université de cette ville. Il devait parvenir au poste de Vice-Kapellmeister, qu’il occupa jusqu’à sa mort. Même si on peut regretter qu’il ait négligé son propre talent, on peut lui être reconnaissant d’avoir su guider les pas de son fils avant qu’il ne se querelle avec l’archevêque de Salzbourg et décide de se fixer à Vienne, où il espérait trouver plus de reconnaissance.

La Sinfonia Pastorella est écrite pour cordes et corno pastorito, que l’on considère comme un équivalent du cor des Alpes, auquel cet ouvrage convient à merveille. Leopold Mozart écrivit plusieurs œuvres à l’usage d’instruments généralement moins courants dans un orchestre, comme les cornemuses, l’orgue de Barbarie, le tympanon et toute une série d’effets sonores pour sa Sinfonia da caccia (Symphonie de chasse). La présente symphonie correspond plus ou moins à ce schéma ; elle est habilement construite et son caractère correspond bien à son intitulé.

Le compositeur suisse Jean Daetwyler naquit en 1907 et étudia avec Vincent d’Indy au Conservatoire de Paris, rentrant en Suisse en 1933. Au cours de sa longue carrière, il enseigna au Conservatoire de Sion et on lui doit une grande quantité d’œuvres. Il mourut en 1994 à Sierre, où une exposition permanente lui rend hommage. A propos de son Dialogue avec la nature, il écrivait ´ La nature occupe une place importante dans ma vie ; je l’observe attentivement, j’écoute, je pose des questions, et parfois elle me répond, plus ou moins clairement. La musique est indubitablement l’art qui peut le mieux la décrire, car la musique elle aussi est vivante et mouvante, elle aussi reflète ces images fugitives qui ne se reproduisent jamais exactement. Le hautbois, la flûte et le cor anglais sont les instruments qui traduisent le mieux ces impressions inoubliables et chantent dans notre mémoire. Avec un berger perdu dans les montagnes peut-il converser sinon avec les oiseaux des hautes altitudes ? Je voulais décrire ce dialogue intime et familier au moyen du cor des Alpes, le plus gros des instruments, et du piccolo, le plus petit. Le cor est solennel : l’homme a des problèmes, il réfléchit, il est anxieux et veut comprendre. L’oiseau, le piccolo, est léger, insouciant, et plein de vitalité. Sa vie est brève et apparemment heureuse. Un tel dialogue ne peut qu’inspirer des pages à la fois spontanées et contrastées. Un rythme de danse se développe peu à peu entre ces deux êtres que la vie a réunis. La chanson solennelle du berger conclut le dialogue dans la méditation. Le rondo final évoque la joie du berger à l’automne, quand vient le moment d’aller retrouver ses compagnons. Voilà ce que ma musique représente. Elle tente d’exprimer tout cela sans emphase, sans fioritures inutiles et sans développement superflu. Si le chant de l’oiseau dans le bruissement des arbres peut donner à l’auditeur l’impression d’entendre et d’apprécier les sons de la nature au repos, j’aurai atteint mon objectif. ª

Le compositeur hongrois Ferenc Farkas fut d’abord pianiste. Il étudia ensuite la composition à l’académie de musique de Budapest avec Leo Weiner et Albert Siklos. Une bourse le mena à Rome, où il devint l’élève de Respighi, puis ce furent l’Afrique et l’Espagne. Il devait encore passer deux ans à l’étranger, travaillant comme compositeur pour des studios de cinéma de Vienne et de Copenhague. Il rentra en Hongrie en 1936, s’y établissant comme professeur et compositeur éminent, donnant à la musique hongroise une plus vaste portée grâce à l’influence de Respighi et du professeur de celui-ci, Rimski-Korsakov. Comme Respighi, Farkas avait parfois composé pour des instruments inhabituels, dont le baryton pour lequel Haydn écrivit tant lorsqu’il était au service du prince Nikolaus Esterházy. Le Concertino Rustico de Ferenc Farkas comporte trois brefs mouvements et emploie habilement l’instrument soliste, avec son registre limité mais sa richesse de timbre.

De son Concerto pour cor des Alpes et orchestre, Jean Daetwyler écrivait ´ Il est très difficile d’écrire pour le cor des Alpes. Malgré sa taille, cet instrument n’a que cinq notes pouvant être utilisées pour composer une mélodie. Le compositeur en est donc réduit à l’utilisation de cette gamme imparfaite ne lui permettant aucun mouvement chromatique et interdisant toute modulation. A mes yeux, le cor des Alpes représente la solitude, l’homme seul face à la nature. Avec ses cinq notes, mais surtout avec sa sonorité puissante et magnifique, cet instrument exige du compositeur la plus grande simplicité pour évoquer des émotions d’une vérité profonde.

J’avais écrit un concerto pour violoncelle. Dans la section centrale, lente, de cette œuvre, il y avait un passage expressif pour cor solo. Jozsef Molnar joua ce passage avec une sensibilité et une précision expressive stupéfiantes. A la pause, je lui proposai de lui écrire un concerto pour cor. Il me répondit qu’il préférerait un concerto pour cor des Alpes. J’éclatai de rire et objectai : il n’y a rien à tirer d’un instrument ayant si peu de notes, pourquoi pas un concerto pour ocarina ? Molnar m’expliqua que le cor des Alpes pouvait être intéressant et proposa de me le démontrer. En l’entendant, je n’hésitai plus. Je notai aussitôt ce que cet instrument pouvait faire d’un point de vue technique. En rentrant chez moi, j’écrivis en quelques heures le premier mouvement de mon concerto. Comme j’étais inspiré, les idées affluaient et le résultat fut un succès.

Si l’ouverture est un passage solo pour le cor des Alpes, sans aucun accompagnement, c’est pour souligner la brutale opposition existant entre la montagne, le glacier et le berger, écrasé par ce vaste paysage immobile qui lui montre sa propre insignifiance. Le second mouvement est une danse, car l’homme porte en lui la vie, le mouvement et la conscience d’exister. Le troisième mouvement est une description de la nature, qui semble éternelle mais évolue lentement et mystérieusement, parmi la multitude de bruits qui habitent le silence de ces immenses étendues. La dernière partie est une danse de mort, car il est vrai que les hommes vivant en contact avec la terre savent d’instinct que la vie ne peut provenir que de la mort.

Keith Anderson

Version française : David Ylla-Somers


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