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8.557988 - MACHE / OHANA: Music for Two Pianos
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François Bernard Mâche (b. 1935)
Styx
(1984), pour deux pianos à quatre mains
Areg
(1977), pour deux pianos
Mesarthim
(1987), pour deux pianos
Léthé
(1985), pour deux pianos à quatre mains
Nocturne
(1981), pour piano et bande magnétique

Maurice Ohana (1913-1992)
Sorôn-Ngô
(1969), pour deux pianos

 

François-Bernard Mâche est né en 1935 dans une famille de musiciens. À vingt ans, il entre à l’Ecole Normale Supérieure où il poursuivra des études de lettres classiques (agrégation) et d’archéologie. En 1958, il intègre conjointement le G.R.M. de Pierre Schaeffer et la classe d’Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris. De cette double expérience, il gardera une fascination pour la nature (cris animaux, bruits d’éléments primaires) et un goût pour le travail du son enregistré. Beaucoup de ses oeuvres mêlent d’ailleurs sons bruts enregistrés et instrumentaux : Rituel d’oubli (1969), Korwar (1972), Kassandra (1977). La littérature et la mythologie constituent également des sources d’inspiration très fortes, dans La Peau du silence (1962), comme dans Danaé (1970) ou Styx (1984).

François-Bernard Mâche s’est également affirmé, en tant que musicologue, par de nombreuses publications, remarquées par leur originalité, dont récemment, Musique au singulier (2001). Après un doctorat d’Etat, il a été nommé Professeur de Musicologie à l’Université de Strasbourg-II et en 1993, Directeur d’Etudes à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris. Tout au long de sa carrière, son oeuvre – qui compte plus de quatre-vingt titres - a été distinguée par de nombreuses récompenses, allant du Prix de la Biennale de Paris en 1963 au Grand Prix de la musique symphonique de la Sacem en 2002. Il est Commandeur dans l’Ordre des Arts et Lettres.

Commandée par la Fondation S.E.I.T.A., Styx, pour deux pianos, huit mains, a connu une création en deux séquences disjointes le 3 juillet 1984, au Centre Acanthes d’Aix-en-Provence, puis une première audition continue le 22 septembre 1985 à l’Automne de Varsovie, avec Léthé qui fait partie du même cycle pianistique. Ces pièces font partie d’un ensemble de quatre oeuvres dont les titres reprennent les noms des fleuves bordant les Enfers antiques, les deux autres étant Eridan pour quatuor à cordes (1986) et Achéron (2002). D’atmosphère noire, toute l’oeuvre repose sur le développement de deux idées : la cloche des morts et le fleuve infernal . La première suscite un travail sur les résonances du piano qui s’inscrit dans une tradition française d’écriture pianistique (Cloches à travers les feuilles de Debussy…) ; l’évocation des flots houleux et noirs est, quant à elle, traduite par une superposition polyrythmique proprement inouïe.

Areg inaugure un cycle pianistique qui se poursuivra avec Styx et Nocturne. Il s’agit au départ d’une oeuvre à vocation pédagogique commandée par le conservatoire de Romainville (près de Paris) pour des élèves qui le créeront le 10 juin 1977 ; elle sera redonnée le 2 décembre de la même année par Katia et Marielle Labèque. L’analyse du titre révèle clairement l’idée musicale de cette pièce : areg est le pluriel du mot arabe erg qui désigne le paysage saharien formé d’une étendue de dunes, chacune étant composée d’une infinité de grains de sable. L’oeuvre réalise le paradoxe de suggérer à la fois le foisonnement de cette multitude indénombrable et l’immobilité aride du paysage qu’elle compose.

Dans Mesarthim, pour deux pianos, composé en 1987 à l’occasion de l’année Ravel, François-Bernard Mâche renoue avec le travail sur les superpositions de tempi que l’on retrouve dans son oeuvre pianistique « multi-mains ». Chaque pianiste, ici, a son propre tempo et la polyphonie repose sur la combinaison des deux. Là encore, le titre de l’oeuvre reflète cette recherche compositionnelle : Mesarthim, mot d’origine linguistique duelle, arabe et hébraïque, est le nom d’une étoile double de la constellation du Bélier ; mais ce dédoublement repose lui-même sur une illusion de perspective car les deux composantes de l’étoile sont en fait distantes de 24 années-lumière. On retrouve cette illusion, sur le plan sonore, dans les infimes décalages induits par les différences de tempo et dans les jeux de résonance miroitante des accords.

Lèthé fait partie du même ensemble pour deux pianos, huit mains, que Styx et s’inscrit dans la même source d’inspiration mythologique. Écrite en hommage à la Pologne et créée au festival l’Automne de Varsovie en 1985, cette pièce se veut « un portrait subjectif » de ce pays, selon les mots du compositeur. Dans une écriture pianistique proche de celle qu’il met en oeuvre pour les percussions, François-Bernard Mâche exploite les ressources de résonance des instruments, particulièrement dans le grave, et il anime les énormes accords d’une articulation à la virtuosité foisonnante et vertigineuse . Peutêtre Léthé est-il aussi un hommage au pianiste polonais le plus illustre, Chopin, et à son Etude « Révolutionnaire » en ut mineur ?

Nocturne fut commandé par le Festival de Middelburg (Pays-Bas) pour le pianiste Geoffrey Douglas Madge qui le créa le 4 juillet 1987. Dans cette oeuvre, le piano dialogue avec une bande magnétique réalisée par synthèse numérique au CEMAMu, centre de mathématiques appliquées à la musique, fondé par Iannis Xenakis. L’exécution pour piano seul, sans la bande, est également autorisée. Dans la mesure du possible, cette oeuvre doit être exécutée sur un Bösendorfer Impérial, instrument doté d’une quarte grave supplémentaire. On retrouve dans l’écriture pianistique de Nocturne un travail sur les résonances et les superpositions de tempi ; comme la bande est le plus souvent à l’unisson avec le piano, l’interprète doit rester rigoureusement en phase avec elle, tout en maîtrisant les superpositions temporelles.

Anne-Sylvie Barthel-Calvet

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Né le 12 Juin 1913 à Casablanca , Maurice Ohana a fait presque toutes ses études musicales en France. Il s’orienta vers l’architecture qu’il abandonna pour se consacrer entièrement à la musique. Pianiste dès son enfance il suspend en 1960 ses activités de concertiste pour la composition. Il enrichi divers domaines instrumentaux par des ouvrages tels que le Silenciaire, les 4 études chorégraphiques, des pièces pour la nouvelle guitare à dix cordes, l’Office des OraclesLa Célestine, opéra créé en 1988 vient couronner une partie de cette production. Dans la lignée de Chopin et Debussy, il compose douze études d’interprétation et 24 préludes pour piano. Se réclamant de Debussy et Falla, il reste fidèle à ses origines Ibériques ; la voix et la percussion qu’il connaît comme fondements du langage musical de l’homme sont les clés de sa musique.

Son oeuvre vaste et extrêmement variée (musique concrète, radiophonique, traditionnelle chinoise, africaine…) sont les marques d’un esprit curieux, libre de toute « tendance à la mode » et en fait l’un des plus grands compositeur français du XX° siècle. Il était depuis 1990 Président de l’Académie Internationale Maurice Ravel à St- Jean de Luz. Il était Chevalier de la Légion d’Honneur et Commandeur des Arts et Lettres.

Maurice Ohana est décédé le 13 Novembre 1992 à Paris. On trouve la terminaison « Ngô » dans un certain nombre de mots désignant des danses d’origine Africaine, parfois aussi dans les noms d’instruments accompagnant ces danses.Tels sont,dans l’art populaire andalou, le Tango, le Zorongo, le Fandango, de même que le Bongo instrument utilisé dans notre percussion. Ce vocable « Ngô » semble, en outre, caractériser des danses incantatoires venues d’anciennes cérémonies tribales (M.O.) Le compositeur fait appel aux résonances des pianos à trois pédales et met en jeu une gamme de timbres allant des masses sonores indistinctes aux cordes percutées directement, et aux sonorités évoquant les percussions d’’orchestre. Ici, une relative liberté est laissée aux interprètes, dans l’esprit contrôlée dont usent les musiques traditionnelles auxquelles l’ouvrage se réfère.

Martine Vialatte


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