About this Recording
8.559021 - SIEGMEISTER: Piano Music, Vol. 2
English  French  German 

Elie Siegmeister (1909-1991)
Musique pour piano, Vol. 2

Elie Siegmeister est l'un de ces rares compositeurs américains qui ont contribué à l'évolution, au XXème siècle, d'un style musical Nord Américain à proprement parler. Utilisant toutes les techniques d'expression vocale et musicale existantes, il exploite dans sa musique son extrême créativité, grandement influencée par les œuvres de Charles Ives Ses différentes compositions sont toutes profondément expressives bien que solidement ancrées sur des architectures compositionnelles très traditionnelles.

Elie Siegmeister est né à New York City en 1909, issu d'une famille juive d'origine russe, appartenant à la classe moyenne Sans aptitude hors du commun pour la musique, son imagination créatrice est cependant stimulée par ses fréquentes visites au Philharmonique de New York et au Metropolitan Opera Après quelques leçons de piano avec Emil Friedberger, il étudie la théorie musicale et la composition avec Seth Bingham à Columbia University, où il reçoit son diplôme de Bachelor of Arts avec honneur en 1927.

Après quatre années instables à Paris sous la houlette de Nadia Boulanger, Siegmeister retourue aux États-Unis pour entamer sa carrière de compositeur, associant ses forces à celles d'autres compositeurs new yorkais tels Marc Blitz stein et Henry Cowell. Il tente aussi de s'approprier les faveurs du grand public américain en découvrant et utilisant la tradition des chansons folkloriques américaines. C'est ainsi que beaucoup de ses œuvres les plus célèbres sont composées autour de cette période et leur style musical simple et direct coincide avec une tendance de l'époque de la musique américaine.

Bien que Siegmeister ne compte pas parmi les compositeurs avant-gardistes américains des années 1950, son langage expressif est tempéré par une complexité compositionnelle grandissante. À cette période d'évolution personnelle, Siegmeister tente de rechercher profondément en lui-même des moyens d'expression plus personnels Il écrit des structures musicales plus denses comportant des éléments empruntés de toute évidence au jazz et à la musique traditionnelle. Il obtient ainsi une intensité musicale qui ne décourage pas son large public.

De 1949 à 1976, Siegmeister est professeur titulaire à Hofstra University où il est aussi compositeur en résidence. Il est de même, de 1960 à 1965 vice président de l'American Music Center et est élu, en 1977, au Conseil d' Administration de l'American Society of Composers, Authors and Publishers. Il meurt en 1991 à Manhasset, dans l'État de New York, ayant musicalement essayé d'exprimer toute sa vie les différentes facettes des valeurs américaines.

Composée en 1946, Sunday in Brooklyn connaît un grand succès ainsi que les trois œuvres orchestrales précédentes du compositeur écrites dans la même veine. Wilderness Road (1944), Prairie Legend (1944) et Western Suite (1945). Élevé à Brooklyn, Siegmeister est bien placé pour recréer dans sa musique différents aspects de la vie de banlieue d'une des communautés les plus vibrantes de l' Amérique des années 1940. Son style populaire est indubitablement influencé par les œuvres de George Gershwin La première pièce de la série, Prospect Park décrit une promenade dans le célèbre parc de Brooklyn, et sa majestueuse mélodie est soutenue par des harmonies changeantes. Plutôt qu'une promenade en voiture à travers des chemins de campagne, la seconde pièce, Sunday Driver, représente la précipitation de la vie moderne. La pulsation à la croche, divisée en 3+3+2 souligne la nervosité du tempo Family at Home, la troisième pièce, décrit une ambiance confortable et intime, créée par un doux ostinato à la main gauche. Il dédicace la quatrième pièce, Children's Story, courte, tendre et poignante à ses deux filles, Mimi et Nancy. L'énergie bruyante de la dernière pièce, Coney Island, décrit parfaitement l'ambiance du fameux parc d'attraction.

Sa Sonate pour Piano No.2 en un seul mouvement achevée en 1964 et dédicacée au pianiste Alan Mandel représente un changement de direction radical par rapport à sa Sonate Américaine composée vingt ans auparavant. Elle montre à quel point Siegmeister s'intéresse davantage aux structures organiques et complexes ainsi qu'aux sonorités parfois explosives. Le compositeur luimême la considère comme son œuvre la plus violente. La sonate, une de ses œuvres les plus élaborées, utilise des effets tonaux particuliers à cette piece, ainsi que des notes martelées, des clusters, des cordes pincées et des harmoniques.

Siegmeister compose ses Thème et Variations No.1 à l'âge de 23 ans, œuvres étonnamment élaborée pour un compositeur si jeune. Il s'agit d'une série de 26 variations écrites en réaction au style néo-classique si répandu en France durant les années 1920. L'esprit vulgaire et sans compromis de cette pièce reflète l'influence de Ives et Stravinsky. Il s'agit d'une chaconne en do mineur, à l'image des Variations de Beethoven dans cette même tonalité.

En 1979, Siegmeister écrit sa Sonate pour Piano No.3, pour laquelle il retourne au schéma en trois mouvements. Il y utilise des éléments de jazz, des figuratifs imprévisibles, des motifs contras­tants, ainsi que des passages virtuoses.

Il achève sa suite pour piano solo, From These Shores, en 1985 qui est une commande du United States Information Agency's Artistic Ambassador Program. Il s'inspire, pour les cinq mouvements, des paroles de cinq auteurs américains les plus populaires. Walt Whitman, Mark Twain, Henry David Thoreau, Langston Hughes et William Faulkner. Le premier mouvement, Whitman, rhapsodique, s'inspire de l'oeuvre de ce dernier, Leaves of Grass, le second, Marcc Twain, léger, vient d'un passage comique de Aventures de Tom Sawyer. Le troisième mouvement, plus tranquille, Thoreau, est inspiré de l'oeuvre la plus célèbre de celui-ci, Summer in Walden. Le poète afro­américain qui donne son nom au quatrième mouvement de la suite est Langston Hughes, dont Siegmeister cite une phrase du poème Montage of a Dream Deferred: I play it cool. Le dernier mouvement est basé sur un extrait du roman de Faulkner, Parabole, que le compositeur cite. "Je n'ai pas peur de l'homme ... car l'homme et sa folie vont durer ... Ils vont évoluer Ils vont gagner." Et c'est de cette manière habile que Siegmeister conclut cette série de méditations musicales sur le rêve américain.

Versionfrançaise: Claire Rottembourg-Goldberg


Close the window