About this Recording
8.559050 - HARRIS: Symphonies Nos. 7 and 9
English  French 

Roy Ellsworth Harris (1898-1979)

Symphonie n° 7 • Epilogue to Profiles in Courage — J.F.K. • Symphonie n° 9

Roy (LeRoy à l’origine) Ellsworth Harris naquit près de Chandler, en Oklahoma, le 12 février 1898. Les terres fermières riches mais isolées où il grandit eurent pendant toute sa vie une influence sur sa musique. Sa mère lui apprit le piano puis il se mit à la clarinette. Ses études secondaires achevées en 1916, il étudia à l’Université de Californie à Berkeley au début des années 1920, puis une rencontre avec Aaron Copland en 1926 l’amena à étudier à Paris avec Nadia Boulanger de 1926 à 1929. Son Concerto pour piano, clarinette et quatuor à cordes lui forgea la réputation d’un compositeur prometteur, ce qui se confirma lorsque Koussevitzky se fit le champion de sa Symphonie ‘1933’ (sa première).

Débutant à l’Université de Mills en 1933, Harris mena une éminente carrière d’enseignant pendant plus de quarante ans, avec des élèves aussi variés que William Schuman et Peter Schickele (‘PDQ Bach’). Il organisa de nombreux festivals de musique et fit partie de délégations américaines à l’étranger, dont une en Union soviétique en 1958. L’intérêt porté à sa musique déclina vers la fin des années 1950 et les années 1960, avec un regain d’intérêt quelque temps après sa mort, survenue à Santa Monica, en Californie, le 1er octobre 1979.

Harris composa pour tous les principaux genres musicaux, l’opéra excepté, et fut notamment prolifique dans le domaine de la musique chorale, mais la pierre angulaire de sa production est la série de treize symphonies, englobant la plus grande partie de sa carrière de 1933 à 1976. Le succès immédiat et durable de sa Symphonie n° 3 en 1938 a eu tendance à faire de l’ombre à ses œuvres postérieures. Son langage musical plein de maturité, avec ses harmonies tonales expansives, ses textures richement polyphoniques et son orchestration déliée mais impressionnante, est bien adapté à un orchestre moderne, tout comme on peut l’entendre dans les morceaux inclus ici.

Après sa prise de position étonnamment individuelle sur la structure en quatre mouvements dans sa Symphonie n° 6 ‘Gettysburg’ (1944), Harris retourna à la forme à mouvement unique qu’il avait employée avec tant de succès dans sa Troisième : ce fut sa Symphonie n° 7 (1952, révisée en 1955). Cet ouvrage est une métamorphose continuelle du thème initial des cordes graves, mélancolique et expressif, mis en valeur par des arabesques plaintives aux violons et sous-tendu par la progression entêtée de la grosse caisse et des timbales. Les cuivres font sentir leur présence menaçante et les vents développent songeusement le thème au-dessus de l’accompagnement des cordes.

La texture initiale se réaffirme et les trompettes et les cors font dévier le morceau vers une phase plus animée. La vitesse rythmique augmente peu à peu et le thème émerge en canon aux cuivres. Des cordes bruissantes mènent à un nouvel apogée dynamique, des cloches et une caisse claire ajoutant leur présence à un passage aux textures fantomatiques. Les timbales démarrent avec un caractère presque jovial, devenant plus agressifs avec l’entrée dans la mêlée des percussions et du piano,

et un mouvement dansant impose son chahut. L’instrumentation se fait plus dense, parvenant à une transformation du caractère de l’ouverture. Le xylophone et les tambours donnent à l’ensemble un air martial, tandis que l’ouvrage approche de sa dramatique conclusion, dans une atmosphère de robuste triomphe.

L’assassinat de John F. Kennedy en 1963 inspira des hommages à de nombreux compositeurs, notamment à Leonard Bernstein (Symphonie n° 3, ‘Kaddish’) et à Roger Sessions (Sonate pour piano

n° 3). Epilogue to Profiles in Courage — J.F.K. (1964) de Harris est une réaction tout à fait caractéristique et appropriée de son auteur. Des cordes élégiaques et passionnées, renforcées par les cuivres et couronnées par un carillon d’orchestre, donnent le ton du morceau et illustrent son propos commémoratif. La grosse caisse et la caisse claire contribuent à une brève augmentation de l’intensité rythmique, mais la nostalgie de départ reparaît bien vite. Un mouvement inexorable des timbales sous-tend le thrène des violons, qui va en s’intensifiant, et l’ouvrage se referme doucement, donnant une impression de calme remémoration.

La production symphonique de Harris décrut pendant les années 1950, même si la décennie suivante devait voir quatre ouvrages s’ajouter à la suite numérotée. La Symphonie n° 9 (1962), commandée par l’Orchestre de Philadelphie, figure parmi les plus expansives de ses œuvres tardives. Les trois mouvements portent les titres suivants, extraits du Préambule à la Constitution américaine et de Feuilles d'herbe de Walt Whitman : I "We, the people" (Nous, le peuple) ; II "…to form a more perfect Union" (…pour former une union plus parfaite) ; III "…to promote the general welfare" (…pour promouvoir le bien-être de tous) (1ère partie : "Of Life immense in passion, pulse, power" ("De la vie aux passions, aux pulsations et aux pouvoirs immenses") ; 2ème partie : "Cheerful for freest action formed" ("Joyeusement préparé à une action plus libre") ; 3ème partie : "The Modern Man I sing" ("Je chante l'homme moderne"). Le bref premier mouvement débute par la clameur des cloches et des percussions, se poursuivant à une allure pleine d’allant et d’assurance, rythmiquement plus syncopée qu’en général chez Harris. Les bois aigus et le piano jouent un rôle important, et un noble thème aux cordes graves, principal intérêt mélodique du morceau, fait surface avant les pages finales aux inflexions populaires. Une mélodie de violoncelle richement expressive ouvre le second mouvement aux allures de pavane, passant au hautbois puis les cordes aiguës interviennent avec une sorte de noble thrène typique de Harris. Les cordes et les bois se partagent le thème, et la vitesse augmente graduellement. Une trompette soliste reprend le thème au tempo de départ, dans une atmosphère d’émouvante réminiscence, avant que la musique ne s’intensifie vers un apogée sonore, s’interrompant brutalement pour laisser les cordes faire seules leurs adieux. Les cors et les cordes ouvrent le troisième mouvement avec des textures presque contrapuntiques, incisives et assurées. Cette activité retombe pour un piquant thème de hautbois, auquel la flûte et la harpe apportent un séduisant complément. Une atmosphère spirituelle et pastorale s’ensuit et la musique parvient à une pause soudaine avant de retrouver son élan initial. Le thème de hautbois refait surface par à-coups contre la toile de fond de l’activité des cuivres et des percussions, et les trompettes tendent vers le dernier apogée du mouvement, un rappel de son ouverture résolument énoncée par les cuivres, les cordes et les timbales.

Richard Whitehouse

Traduction : David Ylla-Somers


Close the window