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8.559067 - CADMAN: Piano Trio in D Major / Violin Sonata / Piano Quintet
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Bien que Charles Wakefield Cadman ait été exposé au folklore indien dès sa jeunesse, ce n’est pas avant 1907, après avoir lu Indian Story and Song de l’ethnologue Alice Fletcher, qu’il se mit à composer des œuvres à partir de mélodies indiennes. En 1909, il se rendit à Santa Fe au Nouveau Mexique pour soigner une tuberculose. Il correspondit alors avec Fletcher qui l’encouragea à se rendre chez les indiens Omaha dans le Nebraska. Suivant son conseil, il rencontra Francis La Flesche, fils d’un négociant français et d’une indienne Omaha. Ensemble, Cadman et La Flesche réalisèrent des cylindres et transcriptions de mélodies tribales Omaha pour le Smithsonian Institute. Cadman apprit à jouer de leurs instruments, puis ´ idéalisa ª leur musique (en adaptant la mélodie au langage harmonique du dix-neuvième siècle) à l’intention des salles de concerts. Dans un effort pour rendre ces morceaux ´ artistiquement acceptable ª, il légitima ce procédé dans un article sur ´ l’idéalisation ª de la musique indienne publié dans le Musical Quaterly (juillet 1915).

Les premières œuvres de Cadman ne remportèrent que peu de succès jusqu’à ce que From the Land of the Sky-blue Water ne soit donné en bis par la soprano Lillian Nordica au cours de l’un de ses récitals à Cleveland dans l’Ohio en 1909. Sa mélodie la plus célèbre, At Dawning, composée en 1906, eut un parcours similaire, et fut popularisée par les ténors John McCormack et Alessandro Bonci. Les paroles de ces deux mélodies furent écrites par Nelle Richmond Eberhart (1877-1944), une voisine de jeunesse de la résidence des Cadman qui initia le compositeur aux coutumes indiennes.

Grâce au succès de ses mélodies, Cadman vécut confortablement et continua ses compositions sérieuses. Son opéra, Shanewis (The Robin woman), d’après d’authentiques mélodies indiennes, fut donné par le Metropolitan Opera en 1918. Ce fut le premier opéra américain se déroulant dans une Amérique contemporaine produit par le Met, le premier opéra américain dont le livret ait été écrit par une femme (Eberhart) donné sur cette scène, et aussi le premier opéra américain à être joué deux saisons de suite.

Au début des années vingt, Cadman s’était autoproclamé expert de la musique amérindienne et fit des tournées en Amérique du Nord et en Europe pour donner ses célèbres ´ conférences indiennes ª. Lorsqu’il n’était pas en tournée, il retournait à Los Angeles, où il s’était établit depuis 1916. Il fut l’un des membres fondateurs de l’organisation à l’origine du Hollywood Bowl où il se produisit sept fois en soliste au cours de sa carrière.

La proximité de Hollywood conduisit tout naturellement Cadman à s’intéresser à l’industrie cinématographique. En 1929, les studios Fox l’engagèrent. Ses partitions illustrèrent les films The Sky Hawk, Captain of the Guard, Women Everywhere, et Harmony at Home. Avant de quitter la Fox, il se trouva mêlé à un débat public avec le compositeur Dmitri Tiomkin à propos de l’avenir de la musique de film. Cadman estimait que cette musique devait s’inspirer de styles classique ou traditionnel, à l’inverse de l’ouverture au jazz préconisée par Tiomkin. Finalement, Cadman céda mais seulement après que sa rupture avec les studios ait été entièrement consommée.

Au début des années trente, l’intérêt pour le mouvement indianisant s’essouffla et Cadman vit sa popularité diminuer. Les ventes de ses mélodies ralentirent et ses fonds personnels s’épuisèrent. Bien qu’il fut élu Compositeur américain le plus populaire pour l’année 1930 par la Fédération nationale des clubs de musique, il dut reconnaître que le goût du public avait changé. Des compositeurs américains formés en Europe comme Copland, Piston et Harris proposaient un son plus sophistiqué au public américain. Cadman intensifia alors sa production classique mais les critiques continuèrent à l’étiqueter comme compositeur de ´ mélodies indiennes ª.

Jusqu’en 1935, la California Pacific International Exposition de San Diego institua le 4 septembre comme étant la Journée Cadman, une initiative entièrement justifiée par la relation qu’avait entretenu le compositeur avec la musique amérindienne. L’année suivante, Cadman fit de nouveau parler de lui lorsqu’il démissionna du Comité musical américain des jeux olympiques de Berlin, en qualifiant le régime Nazi de ´ répugnant. ª

Cadman passa la dernière décennie de sa vie à composer et à promouvoir ses ´ œuvres sérieuses ª. Celles-ci ne reçurent que peu d’échos au-delà de la Californie du Sud. Une exception notable fut néanmoins la radiodiffusion nationale en 1940 de la création de sa Pennsylvania Symphony par le Los Angeles Philharmonic Orchestra dirigé par Albert Coates. La symphonie reçut un accueil enthousiaste mais Cadman ne parvint pas à organiser une seconde exécution par un orchestre majeur de la côte est. Le problème était double. Cadman gérait très mal sa propre publicité mais surtout la détérioration des conditions politiques européennes avait conduit beaucoup de talentueux compositeurs et chefs européens à immigrer aux Etats-Unis. La concurrence pour faire exécuter une œuvre était devenue beaucoup plus rude.

Passant ses dernières années de sa vie seul et dans une semi-frugalité au sein d’un modeste hôtel de Los Angeles, Cadman tenta de poursuivre ses activités malgré sa santé chancelante et son état dépressif. Il mourut le 30 décembre 1946, une figure américaine oubliée venait de s’éteindre.

Cadman conçut son Trio en ré majeur, Op. 56, dès 1908, mais ce n’est pas avant 1913, de retour chez lui à Denver au Colorado, qu’il le coucha sur le papier. Commencé en mai, il termina le manuscrit le 10 juin. En composant ce trio – sa première œuvre de musique de chambre – il espérait démontrer qu’il pouvait maîtriser une forme élaborée. L’œuvre fut créée le 23 septembre 1913 au cours d’un concert privé à Denver ; la création publique eut lieu un mois plus tard à Minneapolis. Le premier mouvement, Allegro maestoso, en ré majeur, est un brillant morceau post-romantique de forme sonate-allegro. Le mouvement central, portant l’indication Andante cantabile, en sol majeur, adopte une forme ternaire dans laquelle les cordes soutiennent la ligne mélodique sur un discret accompagnement au piano. Le troisième mouvement en ré majeur, Vivace energico, a toujours provoqué une grande curiosité. Egalement de forme ternaire, il s’agit de l’une des premières tentatives d’incorporation d’éléments de ragtime au sein d’une œuvre de chambre américaine. Souvent qualifié de ´ ragtime idéalisé ª, ce mouvement projette une énergie palpitante que les musiciens de cette époque trouvaient représentatif de ´ l’énergie agitée du grand "Melting Pot" ª.

Installé chez des amis à San Diego à la fin de l’année 1929, Cadman commença à esquisser le projet d’une sonate pour violon. La Sonate en sol majeur fut terminée près de Fresno en Californie, en février 1930, alors qu’il se trouvait isolé dans une ´ cabane-studio ª pendant deux semaines de vacances studieuses. Le 18 avril, la violoniste Vera Barstow créa l’œuvre à Los Angeles. Au cours des deux années suivantes, la sonate fut jouée plusieurs fois à partir du manuscrit mais Cadman souhaita ´ la conserver et l’améliorer ici et là ª. Peu de temps avant sa publication en 1932, il écrivit à Norman Bel Geddes, décorateur et directeur de la photographie de son opéra Shanewis, à propos de son œuvre :

´ J’ai l’impression qu’elle est américaine par son esprit et comporte un peu de la côte pacifique et du désert en elle. Elle est lyrique et DIRECTE mais, de toute façon, n’est-ce pas ainsi qu’est la vie américaine (?) – Je veux dire, une fois que l’on retire tous les aspects superficiels ? MAIS, ce que je tente d’exprimer, c’est qu’au-delà, il existe une atmosphère proprement américaine dans cette satanée composition. Oh, je me suis éloigné de ces trucs indiens il y a des années… Et POURTANT, c’est peut-être dans cette direction que l’on ira dans les années à venir, à la recherche d’une approche différente. Le temps nous le dira. ª

L’œuvre est dédiée au confrère de Cadman, le violoniste Sol Cohen.

En juillet 1934, Cadman passa cinq semaines à la MacDowell Colony, une ´ villa Médicis ª située à Peterborough dans le New Hampshire. Les mois précédents avaient été pleins de bouleversements avec la saisie de ses maisons de La Mesa et Hollywood par la banque, et la mort de sa mère en 1934. Il espérait que son installation à MacDowell lui permettrait de se concentrer sur sa musique et de finir sa première suite orchestrale Trail Pictures. Il s’agissait également de la première fois que Cadman était confronté à des compositeurs ayant reçus une véritable formation musicale. Quelque peu intimidé, il confia dans une lettre datant de cette époque que ses confrères étaient ´ empêtrés dans leur formation ª. En privé, il reconnaissait que sa technique était limitée et chercha à développer un ´ Style Nouveau ª en affinant sa technique contrapuntique et se concentrant sur un meilleur développement des thèmes. Il retourna à la MacDowell Colony au cours de l’été 1937. Il emmena avec lui son Quintette en sol mineur composé dans ce ´ Style Nouveau ª qu’il était impatient de montrer aux autres participants, dont Gardner Read, Charles Haubiel, Marian Bauer et Harold Morriss. Devant leur enthousiasme, il effectua quelques révisions mineures et termina l’œuvre en septembre. Le ´ Style Nouveau ª de Cadman demeurait assez conservateur, intégrant quelques dissonances timides et bridant le lyrisme pour lequel il était connu. Bien qu’un critique estima que l’œuvre était de style indien ´ déguisé ª, il était évident que Cadman avait fait des progrès dans sa maîtrise des techniques de composition plus élaborées. La création eut lien en juin 1938 à San Diego, chez E.T. Guymon, Senior (le dédicataire de l’œuvre) avec le compositeur au piano. La partition n’a toujours pas été publiée.

Cadman était au sommet de sa popularité lorsqu’il composa sa courte Legend of the Canyon Op. 68 – Romance pour violon et piano. Ce morceau apparut dans de nombreux programmes de récitals et de clubs des années vingt et fut souvent interprété en bis. Puisque la partition n’est précédée d’aucune introduction, on ne peut que conjecturer sur la légende en question, mais le terme ´ romance ª utilisé dans le sous-titre nous donne une certaine idée de la nature de celle-ci. L’œuvre est dédiée au violoniste Fritz Kreisler qui l’enregistra pour le label Victor en 1925.

From the Land of the Sky-blue Water, Op.45 no.1 fut composé en 1909 d’après deux chants tribaux d’indiens Omaha notés par Alice Fletcher dans sa monographie A study of Omaha Indian Music. Ces mélodies tribales – la première, un vibrant appel amoureux, représenté par les trois mesures introductives en trilles au piano, et la seconde, un chant d’amour Omaha – furent ´ idéalisées ª par Cadman sur des paroles de Eberhart. On prétend que Cadman composa l’œuvre au piano en moins d’une demi-heure par une froide journée d’hiver à la Pittsburgh Sunday School, plusieurs mois avant sa première visite dans une réserve indienne. L’œuvre fut publiée dans deux versions, l’une pour piano seul et l’autre comme mélodie, par la White-Smith Music Publishing Company, le sixième éditeur à avoir vu le manuscrit. Un arrangement pour piano et violon fut également publié par Gaylord Yost. De nombreux musiciens rendirent l’œuvre populaire ainsi que des enregistrements de Fritz Kreisler en 1925 et d’Eugene Ormandy, qui tint la partie violon, dans une version pour trio gravée en 1929. Cadman donna le manuscrit original, rédigé au crayon à papier, à la Bibliothèque du Congrès en 1915.

Lance Bowling

Traduction : Pierre-Martin Juban

Charles Wakefield CADMAN (1881-1946)

Paul Posnak, piano

Peter Zazofsky, Violin [1]-[6] and [10]-[11]

Ross Harbaugh, Cello [1]-[3]

Bergonzi String Quartet [7]-[9]


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