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8.570444 - Chamber Music (French Flute Quintets) - TOURNIER, M. / SCHMITT, F. / PIERNE, G. / FRANCAIX, J. / ROUSSEL, A. (Mirage Quintet)
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Musique de chambre française pour flûte, harpe et cordes
Marcel Tournier (1879–1951): Suite op. 34
Florent Schmitt (1870–1958): Suite en rocaille op. 84
Gabriel Pierné (1863–1937): Variations libres et finale op. 51
Jean Françaix (1912–1997): Quintette
Albert Roussel (1869–1937): Sérénade op. 30

 

La magie et l’originalité de l’esthétique française fin de siècle ne furent pas le résultat d’une combustion spontanée, mais plutôt la confluence insolite d’événements historiques. En musique, la quête naissante d’une voix nouvelle était irrésistiblement inféodée au pesant modèle wagnérien ; toutefois, dans le sillage de la Guerre franco-prussienne (1870–71), les tensions politiques menèrent subtilement à un désir d’émancipation des valeurs culturelles germaniques. Les compositeurs puisèrent leur inspiration dans la littérature et les arts plastiques ou se penchèrent sérieusement sur les traditions musicales pré-romantiques de leur propre pays. La saveur distinctive de la musique française de la fin du XIXè siècle et du début du XXè se développa dans le cadre d’un processus de découverte de soi et de renouveau. Parmi les traits désormais associés aux idéaux du tournant du siècle, on dénombrait de délicates nuances sonores, un chromatisme exotique et de nouvelles pulsations rythmiques. Tous les compositeurs représentés sur cet enregistrement ont pour attributs communs une écriture claire et raffinée, du brio, de l’esprit et une subtile sensualité qui baignait alors toute la musique. On ressent la profonde influence de Debussy et de Ravel dans ces oeuvres, fruits de la première moitié du XXè siècle et apogée d’un chapitre majeur de l’histoire de l’art en France.

Marcel Tournier, interprète, pédagogue et compositeur éminent, était une figure phare parmi les harpistes et les aficionados de cet instrument. Tournier ne fut pas uniquement un important défenseur de la théorie et de la pratique de la harpe: sa singularité de musicien fut une source d’inspiration pour de nombreux compositeurs, et notamment Fauré, qui composa des oeuvres pour le maître harpiste.

Tournier apporta sa propre contribution au répertoire pour harpe avec des compositions qui exploitaient tout le potentiel de cet instrument. La Suite révèle bon nombre des qualités associées à la musique française du XXè siècle : des tournures de phrases raffinées, des textures et des coloris limpides. Explorant sans relâche les possibilités tonales de la harpe, Tournier fit progresser les capacités expressives de son instrument.

Le mouvement initial, Soir, débute dans une veine plaintive ; après une accélération, c’est le retour du calme pour une conclusion pensive. Le second mouvement, Danse, présente une orchestration aussi luxuriante qu’une brise tropicale. Une langoureuse mélodie est confiée à la flûte, mais c’est la harpe qui par sa plénitude donne au mouvement son assise. Le troisième mouvement, Lied, est introspectif et songeur, tandis que le quatrième, Fête, contient des éléments poétiques, tour à tour sérieux et espiègles. L’écriture est compacte et la texture opulente.

Florent Schmitt: Suite en rocaille op. 84

Florent Schmitt mena une existence de musicien solide et actif. Compositeur, pianiste et critique, il se considérait comme un artiste n’appartenant à aucune école particulière. Les faits semblent le contredire, du moins en ce qui concerne ses activités de compositeur. Schmitt était un contemporain de Ravel, comme lui membre des Apaches, groupe de jeunes artistes qui se réunissaient pour discuter d’esthétique moderne. Il fut l’élève de Fauré et fut profondément influencé par Debussy. Son oeuvre présente d’indéniables liens avec la tradition de l’impressionnisme. En 1909, il fut l’un des membres-fondateurs de la Société Musicale Indépendante. Pendant de nombreuses années, Schmitt rédigea épisodiquement des critiques pour plusieurs revues importantes.

Vigueur, élégance et passion sont parmi les attributs de la Suite en rocaille. Cette pièce fut présentée le 21 juin 1937 durant le quinzième Festival de la Société internationale de Musique Contemporaine, et Nicolas Slonimski en parla comme d’“une oeuvre dans un élégant style rococo signée Florent Schmitt, doyen des modernistes français.”

(Henri Constant) Gabriel Pierné: Variations libres et finale op. 51

Pierné joua un rôle assez important dans les progrès épiques de la musique française au tournant du XXè siècle. Plus qu’un témoin des temps, c’était un conservateur de la tradition romantique et du répertoire français du XIXè siècle. Ami de toujours de Debussy, Pierné employa sa profonde intelligence musicale pour condenser les éléments essentiels du style moderne. La première qualité qu’on lui reconnaissait était l’élégance.

Pierné composa ses Variations libres et finale en 1933 pour le Quintette instrumental de Paris. La combinaison de flûte, violon, alto, violoncelle et harpe permettait de confier à chaque instrument un rôle autonome, leur union donnant à l’ensemble sa cohésion. L’écriture des Variations est virtuose, avec un contrepoint serré, une légèreté et une pureté dénotant sans doute l’influence de Ravel et de Roussel, mais qui proviennent largement du propre coeur de Pierné.

Le preste finale, sorte de divertissement destiné à mettre les solistes en valeur, est écrit dans le mode lydien et ses rythmes débordent de vitalité. Une influence ibérique se fait jour vers sa conclusion, suivie de la réapparition de l’exposition, à l’unisson, puis d’une évocation du récitatif du thème original.

Jean Françaix: Quintette pour Flûte, Violon, Alto, Violoncelle et Harpe

Françaix était un musicien grand style. Ses compositions sont pleines d’animation et de délicieuses étincelles spirituelles. Il ne chercha pas à s’éloigner des formes tonales familières, conservant la structure classique expositiondéveloppement- récapitulation dans la plupart de ses oeuvres. Il adorait le coloris tonal et n’hésitait pas à écrire pour des combinaisons d’instruments inhabituelles. Son style se caractérise par son élégance et son charme plein d’esprit.

Le Quintette date de 1932, l’une des premières années de la prolifique carrière de Françaix. Le bref premier mouvement, Andante tranquillo, présente un aspect gracieux et tendre. La limpide mélodie est confiée à la flûte, les cordes et la harpe soutenant la régularité rythmique. Un vif Scherzo à 3/4 marqué Presto, léger, délicat et virevoltant, évoque une danse. La stabilité atteint un pic d’agitation vers la section centrale du mouvement, et à partir de là l’ensemble de cordes et la flûte se joignent à l’exaltation générale. Le mouvement s’achève par un retour de l’esprit de sa section d’ouverture. L’Andante, sur un schéma alterné de mesures à 5/4 et 3/4, évoque les souvenirs d’une simple mélodie appartenant à un passé lointain. Le quatrième mouvement, Rondo, s’appuie sur la chanson comique populaire “Savez-vous planter les choux” et donne une impression de mouvement perpétuel, comme une course joyeuse et juvénile.

Albert Roussel: Sérénade op. 30 pour Flûte, Harpe, Violon, Alto et Violoncelle

Devenu orphelin à sept ans, marin dès l’âge de dix-huit ans, les hasards de la vie et ses propres choix firent de Roussel un homme éloigné des modes. Le sentiment d’isolement qu’il éprouva très jeune, à la fois du point de vue familial et de l’éducation musicale traditionnelle, lui permit de cultiver sa propre identité artistique. Pendant toutes ses années de service dans la Marine, Roussel parvint à mener des études indépendantes, mais en 1894 il démissionna et partit à Paris poursuivre une carrière de musicien. Roussel absorba toute la palette des idiomes musicaux, et sous l’influence de son professeur Vincent d’Indy, finit par se faire connaître comme un compositeur au style néoclassique extrêmement individuel. Si son sens du chromatisme lui venait sans doute de la tradition de Wagner et Franck, il sut finalement trouver une marque unique et distinctive.

La Sérénade nous montre un Roussel parvenu au faîte de sa période néoclassique. A partir du milieu des années 1920, il s’intéressa plus particulièrement à la discipline et à la structure de la musique de chambre. Dédiée au flûtiste René le Roy, la Sérénade met en valeur, de par sa nature même, le rôle de l’instrument à vent. L’ouvrage est souple et gracieux, teinté d’un certain humour rare chez Roussel. Le premier mouvement Allegro obéit à la forme-sonate, son trait le plus frappant étant son flux rythmique interne. Le second mouvement Andante débute par un dessin mélodique confié à la flûte et joué au-dessus des harmonies lentement changeantes des cordes, formant un brocart aux textures et aux coloris délicats. Avec la ravissante entrée de la harpe, le mouvement atteint son niveau d’expression le plus intense. L’énergie du troisième mouvement Presto, de forme ternaire, progresse avec légèreté jusqu’à une conclusion débonnaire.

La Sérénade fut composée à la fin de l’été 1925 et fut créée en octobre de cette même année lors d’un festival organisé par le Société Musicale indépendante de Paris.


Renée Silberman, 2008
Traduction: David Ylla-Somers


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