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8.570721 - SZYMANOWSKI: Symphonies Nos. 2 and 3 (Wit)
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Karol Szymanowski (1882–1937)
Symphonie no 2 en si bémol majeur, op 19 • Symphonie no 3 ‘Chant de la nuit’, op 27

 

Chef de file de la musique polonaise durant la première moitié du XXe siècle, Karol Maciej Szymanowski vit le jour le 3 octobre 1882 à Tymoszówka dans une famille de propriétaires terriens où la musique occupait de longue date une place de choix. Son père, Stanisław Korwin-Szymanowski était en effet un remarquable violoncelliste et pianiste, tandis que sa mère, Anna Taube, se dédiait avec beaucoup de talent au piano. Favorisée par ce contexte, l’éclosion des dons musicaux de l’enfant ne tarda pas et il fit ses premiers pas au clavier sous la conduite de son père.

Conscient des exceptionnelles dispositions de son fils, Stanisław le confia en 1889 à son cousin Gustav Neuhaus, directeur d’une école de musique à Elisavetgrad. Les années pendant lesquelles ce dernier eut en charge l’éducation de Karol laissèrent une empreinte durable sur le jeune artiste. Grâce à Neuhaus, Szymanowski étudia en effet les grands classiques, mais également Chopin et Scriabine, deux modèles qui guidèrent ses débuts de créateur comme l’attestent, entre autres, les Préludes op. 1 pour piano (1900).

Autre découverte essentielle, au cours d’un voyage à Vienne en 1895, l’adolescent assista à une représentation de Lohengrin. Immédiatement conquis par les sortilèges wagnériens, il se plongea sans tarder dans les partitions du maître de Bayreuth, dont les richesses l’aidaient par ailleurs à oublier la vie musicale bien terne d’Elisavetgrad.

L’engagement de Szymanowski dans une carrière de compositeur ne faisait désormais plus le moindre doute et, en 1901, son père l’autorisa à entreprendre des études privées à Varsovie auprès de Zawirski (harmonie) et de Noskowski (contrepoint et composition). Outre ce qu’il tira de leur enseignement, Varsovie permit au musicien de faire la connaissance d’interprètes dont la fidélité dans l’amitié n’eut d’égal que l’ardeur avec laquelle ils défendirent les partitions de Szymanowski: le violoniste Pawel Kochailski, le pianiste Artur Rubinstein et le chef d’orchestre Grzegorz Fitelberg.

A Varsovie aussi l’activité musicale manquait d’éclat et c’est pourquoi Szymanowski s’associa à Fitelberg, L. Rozycki et A. Szeluto, deux élèves de Noskowski, pour fonder le groupe ‘Mloda Polska’ (La jeune musique polonaise) dont le premier concert, en 1906, remporta un franc succès, mais qui se vit reprocher par la suite sa trop grande ouverture à la musique allemande. II est vrai que celle-ci attirait puissamment Szymanowski, chez qui l’influence de Richard Strauss et de Max Reger s’ajoutait désormais à celle de Richard Wagner. Dominée par la culture allemande, la première période de la carrière du compositeur allait cependant bientôt prendre fin.

En 1910, puis en 1911 Szymanowski se rendit en Italie et en Sicile et s’enthousiarna pour une terre ivre de couleurs et de lumière: “Si l’Italie n’existait pas, je n’existerais pas non plus ( ... )”, s’exclama-t-il dans une lettre à son ami Z. Jachimecki.

Pour des raisons financières – l’artiste fut sa vit durant en proie aux ennuis pécuniaires –, Szymanowski n’entreprit pas d’important voyage en 1912-1913, années toutefois très importantes car c’est à ce moment qu’il entra en contact avec l’art de Stravinski lors d’une représentation de Petrouchka à Vienne par les Ballets russes de Diaghilev. L’“impression énorme” que le musicien russe produisit sur Szymanowski acheva de rompre le lien chaque jour plus ténu qui le rattachait encore à la musique allemande.

Cédant à l’appel du sud, le compositeur polonais entreprit en 1914, l’une de ses années les plus heureuses sans doute, un grand voyage qui lui permit de retrouver son Italie bien-aimée, mais qui le conduisit aussi en Afrique du Nord, point de départ d’une véritable fascination pour le monde arabe. L’année 1914, le vit par ailleurs en France où il entra en contact avec Debussy et Ravel - deux rencontres décisives dans l’évolution de son esthétique.

Les nuages s’amoncelaient au-dessus de l’Europe... Bientôt la guerre éclata, laissant Szymanowski loin de ses atrocités. Les séquelles d’une blessure au genou, survenue en 1886, lui évitèrent en effet d’endosser l’uniforme et il vécut calmement à Tymoszówka jusqu’en 1917, quand la révolution bolchevique l’obligea à abandonner la propriété familiale pour s’installer à Elisavetgrad.

C’est durant la période du premier conflit mondial que les impressions de voyage dont l’artiste était empli – “Chaque fois que je mettais la main sur mes souvenirs d’Afrique ou de Sicile, l’émotion m’étouffait”, confia-til se souvenant de cette période - portèrent leurs fruits dans des chefs-d’oeuvre tels que le Concerto pour violon no 1 (1916), la Symphonie no 3 ‘Chant de la nuit’ (1916), les Métopes (1915) et Masques (1916) pour piano, les Mythes pour violon et piano (1915) ou le Muezzin passionné (1918), partition brûlante de désir.

La dimension érotique est également très présente dans l’opéra Le Roi Roger, que Szymanowski entama en 1918. Travail de longue haleine, l’ouvrage lyrique du maître polonais parvint à son terme en 1924 seulement et fut représenté pour la première fois en 1926 à Varsovie. Stylistiquement très homogène, il se rattache par son langage aux partitions écrites pendant la guerre, tout en se révélant aussi tributaire de l’exemple wagnérien dans sa construction.

Le contraste apparaissait très prononcé avec les autres ceuvres que Szymanowski avait fait entendre depuis 1920 environ et qui traduisaient un changement d’orientation radical. Dans une Pologne libére du joug russe, le musicien découvrait les racines populaires de son art – “Je suis en train de cristalliser en moi les éléments de l’héritage tribal”, affirmait-il – les Mazurkas op. 50 (1925), le Stabat Mater (1925), les Chants Kurpiens (1929), le ballet-pantomime Harnasie (1931), les Litanies à la Vierge (1933) ou la Symphonie no 4 ‘Symphonie concertante’ pour piano et orchestre (1932) l’illustrent.

Nommé directeur du Conservatoire de Varsovie en 1926, Szymanowski ne tirait que d’assez maigres revenus de cette activité épuisante et sa situation matérielle demeurait très précaire… “Ma vie n’est faite que de chagrin, de malheur, de maladie et de travail”, confiait-il d’ailleurs en 1933 à Iwaszkiewicz. Aux ennuis d’argent s’ajoutait en effet une tuberculose qui chaque jour l’affaiblissait un peu plus. La frustration de ne pas être reconnu à sa juste valeur dans un pays auquel il se sentait viscéralement attaché - en dépit de quelques honneurs (ex: docteur Honoris causa de l’Université de Cracovie en 1930) - lui pesait beaucoup également. L’abus de tabac, d’alcool, de drogue appartenait désormais à son quotidien...

Début 1937, Szymanowski partit se faire soigner en France. “Avant un de mes concerts, au Casino de Cannes, se souvenait Artur Rubinstein, j’eus l’occasion d’aller voir mon pauvre Karol, qui était alité dans une clinique de Grasse. C’était désespérant de le voir ainsi déabré. Il avait perdu sa voix, ne pouvait plus que murmurer “Je pensais que je ne le reverrais plus jamais”, ajoute-t-il plus loin.

Juste pressentiment. Szymanowski était installé depuis peu dans une clinique de Lausanne quand, le 29 mars 1937, la mort l’emporta. L’Etat polonais lui organisa des funérailles officielles et, insulte suprême, lors du retour de sa dépouille à Varsovie, demanda à ce que le train fasse halte à Berlin afin que l’Allemagne nazie lui rende les honneurs militaires.

Contemporaine de la Sonate no 2 pour piano, la Symphonie no 2 en si bémol majeur, op. 19 fut achevée en 1910 et donnée en première audition sous la baguette du fidèle Grzegorz Fitelberg, le 7 avril 1911 à Varsovie. Sans déchaîner l’enthousiame du public, elle reçut un accueil plus favorable que la Symphonie no 1. Autre point important, dans les mois qui suivirent sa création la partition fut redonnée à Berlin, Leipzig et Vienne et recueillit des critiques positives, contribuant ainsi à la diffusion du nom de son auteur au-delà de sa terre natale.

Le version que l’on connaît aujourd’hui de la Symphonie no 2 en si bémol majeur présente des différences avec celle que les auditeurs de 1911-1912 entendirent. En 1936, en collaboration avec Fitelberg, Szymanowski effectua en effet une révision de son ouvrage, démarche qui visait pour l’essentiel à éclaircir la texture orchestrale en gommant certaines doublures.

D’une autre ampleur que Symphonie no 1, la Symphonie no 2 démontre que l’influence de Scriabine et de Reger, et, dans une moindre mesure, celle de Wagner et de Strauss, demeurait encore très forte sur Szymanowski en 1910. Ainsi l’Allegro moderato - Grazioso initial, où le grandiose et l’extatique se mêle, se rattache-t-il au Poème de l’extase et à la Symphonie no 3 ‘Divin Poème’ du maître russe. C’est au thème et variations que Szymanowski fait appel dans le deuxième mouvement, qu’engendre un motif noté Lento. Du fait de ses dimensions imposantes, l’ultime variation constitue un épisode indépendant. Précédé de quelques mesures introductives, ce finale prend la forme d’une puissante Fugue à cinq voix. Une musique “orgiaque et dionysiaque” écrivait Christopher Palmer.

Elaborée entre 1914 et 1916, la Symphonie no 3 ‘Chant de la Nuit’ souligne l’attrait que le compositeur éprouvait alors pour l’Orient. C’est en effet à un texte de Djalâl al Dîn Rûmi, poète soufi persan du XIIIe siècle par ailleurs chef de l’ordre des Derviches tourneurs, que Szymanowski fait appel dans cette partition aux dimensions imposantes: ténor solo, choeur, bois par quatre, 6 cors, 4 trompettes, 4 trombones, tuba, percussions, 2 harpes, piano, célesta et orgue !

En rupture avec le germanisme des deux symphonies précédentes, la Symphonie no 3 conserve en revanche des liens étroits avec le langage d’Alexandre Scriabine. Plus que jamais Szymanowski partage en effet le goût de ce dernier pour des atmopshères extatiques et éthérées propres à mettre en valeur 1’“hymne à la nuit” du poète persan.

Oh, ne dors pas, ami, tout au long de cette nuit
Toi, une âme, tandis que nous souffrons tout au long de cette nuit.
Chasse le sommeil de tes yeux !
Cette nuit va dévoiler le grand secret...

On ne peut manquer d’effectuer ici le rapprochement avec l’esprit des poètes romantiques allemands – Novalis au premier chef – et, dans leur sillage, celui de Richard Wagner et de son Tristan. Qu’on se souvienne de l’Acte II qcompound modifiersuand les deux protagonistes, maudissant les menaces du “jour perfide”, chantent la douceur de la “nuit éternelle”...

Animés par l’amour de leur auteur pour le derviche Shams al Dîn Tabrîzî, les vers de al Dîn Rûmi ont évidemment trouvé un écho particulier chez Szymanowski. Le charnel et le spirituel s’unissent ici dans un envoûtant mysticisme d’ordre cosmique qu’exprime une écriture toute de sensualité et de mystère.

D’un seul tenant, Symphonie no 3 fut donnée pour la première fois en novembre 1921 à Londres sous la baguette d’Albert Coates, dans des conditions déplorables puisqu’un violoncelle remplaçait le ténor et que le choeur avait été supprimé. Mieux vaut donc retenir la date de février 1928 qui vit la reprise de l’ouvrage à Lvov, dans sa version originale.

© 1996 Alain Cochard

Rév. Naxos 2008


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