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8.570890 - LECLAIR, J.-M.: Violin Sonatas, Op. 1, Nos. 9-12 (Butterfield, McGillivray, Cummings)
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Jean-Marie Leclair (1697–1764)
Sonates pour violon, Premier Livre, op. 1, n° 9–12

 

Le violon et sa famille d’instruments virent le jour et se développèrent en Italie, et les Italiens furent les premiers à exploiter la voix soliste du violon. En France, il mit bien plus longtemps à se débarrasser de son image d’instrument des classes inférieures et à détrôner enfin la viole, qui tenait le haut du pavé au sein de la noblesse. Ainsi, même si quelques compositeurs français publièrent des sonates pour violon avant lui, ce fut Leclair qui s’imposa comme le fondateur de l’école française d’interprétation violonistique avec ses quatre livres de Sonates opus 1, 2, 5 et 9 et ses deux recueils de Concertos opus 7 et 10.

Leclair naquit à Lyon, d’un père dentellier, et bien qu’il ait été formé au métier paternel, il étudia également la danse et le violon. En acquérant ces deux dernières compétences destinées au concert, il suivait la tradition française du maître à danser, mais les années qu’il passa en Italie lui inspirèrent des pages qui donnèrent lieu à la fusion des styles français et italien, les « goûts réunis », aspiration essentielle de son époque.

En 1723, il monta à Paris, où il eut la chance de se retrouver sous l’égide de l’un des hommes les plus prospères de la ville, Joseph Bonnier ; cela lui permit de publier ce premier livre de sonates pour violon, qui suscita une grande admiration. Néanmoins, Leclair sentait qu’il pouvait en apprendre davantage, et Quantz nous rapporte qu’en 1726, il se trouvait à Turin pour étudier avec Somis. Par la suite, d’autres rencontres avec des virtuoses, et notamment Locatelli, eurent une profonde influence sur son évolution d’interprète et de compositeur, et on remarquera combien ses troisième (1734) et quatrième (1743) livres sont plus aventureux du point de vue de la technique, avec comme effet regrettable d’avoir presque fait oublier les deux premiers livres aux violonistes, ce qui est fort dommage car ils constituent une merveilleuse synthèse de lyrisme italien et d’élégance française.

Il est un compositeur dont l’influence se fait sentir dans l’opus 1 de Leclair : il s’agit d’Arcangelo Corelli. Cette influence est moins surprenante si on considère l’immense popularité de son unique recueil de sonates pour violon de 1700, l’opus 5 : celui-ci fut réédité plus de cinquante fois au cours du XVIIIè siècle. A bien des reprises, les passages de certains mouvements rappellent le maître, mais sans que l’on puisse jamais se méprendre sur le caractère bien français de Leclair.

Neuf des douze sonates comportent quatre mouvements, selon le schéma italien lent-rapide-lentrapide typique de la sonata da chiesa. Deux autres ont seulement trois mouvements et l’une en a cinq. Seules trois sonates contiennent un mouvement complet dans une tonalité contrastée, bien que quatre mouvements renferment une section dans la tonique majeure ou mineure, et en règle générale, Leclair emploie l’harmonie d’une manière relativement conformiste. Le compositeur n’indique pas le ou les instruments du continuo, mais quatre mouvements présentent une portée de basse séparée et pour des raisons de style d’écriture et de tessiture, il est évident qu’une viole de gambe et un clavecin sont requis. Cela permet plus de diversité dans des phrases répétées en changeant l’octave à laquelle est jouée la ligne de basse, la viole de gambe descendant jusqu’au la grave, une tierce en dessous du violoncelle.

On en sait plus sur la façon dont le compositeur concevait les tempi. Il était manifestement irrité par certains violonistes qui jouaient sa musique trop vite, car il soulignait dans le Quatrième Livre que par le terme Allegro, il ne voulait absolument pas dire que le mouvement devait être très rapide, simplement joyeux, et il précisait ensuite que ce conseil s’adressait uniquement à ceux qui se sentaient concernés. Comme le voulait la coutume chez les compositeurs français, Leclair rédigeait sa propre ornementation, aussi n’en at-on ajouté qu’occasionnellement. Etant donné les études menées par le compositeur, il n’est pas étonnant de trouver de nombreux mouvements de danse dans ce recueil, mais il est significatif que tous sauf un portent des titres italiens ; de toute évidence, Leclair voulait signaler où il avait suivi la majeure partie de sa formation musicale. Toutefois, dix de ces sonates contiennent un mouvement en forme de rondeau, et c’est surtout là que l’on trouvera la musique de style français, qu’elle soit tendrement lyrique et élégante ou énergique et d’accent populaire.

Bien que ce recueil soit relativement peu complexe d’un point de vue violonistique et selon les critères italiens, il n’en contient pas moins quantité de défis techniques qui à l’époque étaient nouveaux en France. On y trouve un fréquent usage du staccato d’archet poussé et tiré, de doubles et triples cordes et de séquences d’accords arpégés, avec même un exemple de l’utilisation du pouce de la main gauche, et Leclair ajouta quelques indications de doigtés pour secourir ceux qui auraient eu du mal à surmonter toutes ces difficultés.

La Sonate n° 11 en si bémol majeur, comme le n° 5, ne comporte que trois mouvements sur un schéma rapide-lent-rapide. Les mouvements externes, tous deux ternaires, sont brillants et énergiques, le Vivace étant particulièrement éclatant et joyeux et la Giga exploitant le si bémol grave de la viole de gambe. Insérée entre eux se trouve une tendre et gracieuse Gavotta en forme de rondeau.

Le premier mouvement de la Sonate n° 10 en ré majeur est de caractère italien et chantant, et Leclair arédigé, à la manière de Corelli des ornementations très fleuries. L’Allegro qui suit est lui aussi italianisant et regorge de double croches virtuoses et de staccatos avec des coups d’archet poussés et tirés. Une brève Sarabanda dans le style français apporte son beau contraste, puis vient un insouciant rondeau dans lequel Leclair fait à nouveau appel aux notes graves de la viole de gambe.

L’influence de la virtuosité violonistique italienne se ressent très fortement dans la Sonate n° 12 en si mineur. Les mouvements lents chantants regorgent de doubles cordes et le deuxième Largo présente un lien avec le dernier mouvement, ce qui est typique de la manière de Corelli. Les Allegros comportent tous deux une fugue, les seules de tout le recueil, et Leclair suit l’exemple de la Sixième Sonate de Corelli en faisant de sa seconde fugue une variation sur la première. L’intensive écriture en accords et arpèges, qui réclame l’utilisation du pouce de la main gauche dans le second mouvement, nous donne une indication de la direction que le compositeur allait prendre dans ses livres ultérieurs, mais c’est pourtant à la phalange de continuo que revient le dernier mot.

L’ouverture de la deuxième sonate en la majeur du recueil, la Sonate n° 9, est un nouvel exemple de mouvement à la Corelli avec une saveur française, cette musique présentant une grande luminosité. La brève Allemanda qui suit est de caractère rustique, la ligne de basse bondissant du haut en bas de l’octave. La Sarabanda, qui comporte un ostinato de basse pour accompagner son thème, est le seul mouvement avec variations du recueil, avec une variation pour le violon et une pour le continuo, et l’ouvrage se conclut par unrondeau exubérant et virtuose.


Adrian Butterfield
Traduction française de David Ylla-Somers


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