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8.570939 - GERSHWIN, G.: Clarinet and Strings Music - Porgy and Bess Suite / An American in Paris / Preludes (Lethiec, Sinfonia Finlandia, Gallois)
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George Gershwin (1898–1937)
Arrangements de Franck Villard pour clarinette et orchestra à cordes

 

George Gershwin est né à Brooklyn le 26 septembre 1898 ; son frère aîné, Ira, né en 1896, deviendra son principal collaborateur en tant que parolier. Son père exerce une série de métiers dans des domaines très divers, qui obligent la famille à de multiples déménagements. Installée à Manhattan, la mère achète un piano pour faire donner des leçons à Ira mais c’est finalement George qui manifeste un intérêt particulièrement développé pour la musique ; ses goûts sont très éclectiques, allant du classique aux chansons populaires, et il s’intéresse en particulier aux rythmes de la musique des Noirs américains. George quitte rapidement la High School of Commerce où il a commencé ses études pour devenir pianiste dans la Jerome H. Remick Music Publishing Company. Grand admirateur de Irving Berlin et de Jerome Kern, George devient accompagnateur de vaudeville puis pianiste répétiteur pour la revue Miss 1917 de Jerome Kern et Victor Herbert. Deux chansons de George Gershwin, You-oo, Just You et There’s more to the kiss than the X-X-X, attirent sur lui l’attention de l’éditeur Max Dreyfus qui l’engage dans son équipe régulière de compositeurs. En 1918, George et Ira écrivent leur première chanson en collaboration, The Real American Folk Song, que l’actrice Nora Bayes introduit dans le spectacle Ladies First. La même année, cinq autres chansons de Gershwin sont entendues dans la revue Half Past Eight et quelques mois plus tard, c’est La, La, Lucille qui marque les débuts de George Gershwin à New York. C’est en 1919 que George écrit son premier grand succès populaire, Swanee, d’abord introduit dans la revue Demi-Tasse du Capitol Theatre et repris ensuite par Al Jolson pour une tournée de son spectacle Sinbad. Suite à ce succès, George est appelé à composer la musique de cinq éditions des revues annuelles George White’s Scandals, celle de 1922 contenant le célèbre I’ll Build a Stairway to Paradise ; elle contient aussi une séquence “jazz opéra” d’une vingtaine de minutes, Blue Monday, qui sera coupée après le soir de la première mais qui attire l’attention du chef d’orchestre Paul Whiteman; ce dernier incite Gershwin à écrire une pièce de structure classique mais de style “jazz” : ce sera la célèbre Rhapsody in Blue, créée en février 1924 au Aeolian Hall sous la direction de Whiteman, avec George Gershwin lui-même au piano. À partir de 1924, les partitions des frères Gershwin se succèdent, suscitant dans la plupart des cas l’enthousiasme tant du public que de la critique. Citons entre autres : Lady be good!, Tip-toes, Oh, Kay!, Funny Face, Girl Crazy, Strike Up the Band, Of Thee I Sing. Après le succès de Rhapsody in Blue, Gershwin écrit encore quelques très grandes pages de musique “classique” : le Concerto in F (1925), An American in Paris (1928) et Second Rhapsody (1930). Enfin, en 1935, l’opéra Porgy and Bess est créé à Boston. En 1936, pressentant la fin de leur succès à Broadway, les frères Gershwin se tournent vers Hollywood où certains de leurs ouvrages ont déjà été filmés; parmi leurs grands succès pour l’écran, citons : Shall we dance avec Fred Astaire et Ginger Rogers, A Damsel in Distress avec Fred Astaire, The Goldwyn Follies. C’est en travaillant sur les chansons de ce film que le compositeur commence à souffrir de la tumeur au cerveau qui devait l’emporter. George Gershwin meurt le 11 juillet 1937 à Beverly Hills, en Californie.

Porgy and Bess, Suite de concert

Porgy and Bess est un opéra écrit sur un livret de Ira Gershwin et de Edwin DuBose Heyward basé sur la nouvelle Porgy (1925), de DuBose Heyward. De cette nouvelle, DuBose Heyward et sa femme Dorothy ont tiré en 1927 une pièce de théâtre homonyme qui parle de la vie des Afro-Américains dans le quartier fictif de Catfish Row à Charleston, en Caroline du Sud, au début des années 1920. La première représentation de l’opéra eut lieu à Boston le 30 septembre 1935. Mais il a fallu attendre les années 80 pour que l’oeuvre soit reconnue aux États-Unis comme un véritable opéra : c’est aujourd’hui un classique du répertoire lyrique américain.

Porgy and Bess raconte l’histoire de Porgy, un noir estropié vivant dans les taudis de Charleston, en Caroline du Sud, qui tente de sauver Bess des griffes de Crown, son mari, et de celles de Sportin’ Life, un dealer de drogue.

La Suite de concert pour clarinette et orchestre à cordes enregistrée ici est composée de 5 mouvements. Elle fait entendre les principaux thèmes de l’opéra en respectant sa chronologie. Le premier mouvement présente trois moments de la première scène de l’acte I. D’abord le tout début de l’opéra et le lever de rideau sur Catfish Row, un soir d’été : Jasbo Brown improvise sur un piano “bastringue” puis Clara chante une berceuse à son enfant (le très célèbre Summertime) pendant que les hommes se préparent à jouer au craps. Le mari de Clara, Jake, tente à son tour de calmer le bébé en lui chantant une chanson (A Woman is a Sometime Thing), sans y parvenir.

Le second mouvement regroupe quelques passages de la deuxième scène de l’Acte I. La nuit suivante, la famille et les amis de Robbins, mari de Serena tué lors d’une bagarre, chantent un spiritual : Where is brudder Robbins?—He’s agone, gone, gone…Une soucoupe est posée sur sa poitrine pour récolter l’argent nécessaire pour son enterrement : c’est Come on sister—Overflow, oh fill up de saucer till it overflow. Puis Serena donne libre cours à sa détresse en chantant My man’s gone now.

Le troisième mouvement correspond à la première scène de l’Acte II. A Catfish Row, un mois plus tard, Jake et les autres pêcheurs s’apprêtent à partir pour une pêche lointaine et dangereuse : It take a long pull to get there. Clara demande à Jake de ne pas y aller, et de venir plutôt à un piquenique. Mais Jake lui répond qu’ils ont terriblement besoin de l’argent de la pêche. Cela pousse Porgy à chanter son point de vue sur la vie depuis sa fenêtre: c’est le célèbre I got plenty o’ nuttin’. Sportin’ Life traîne dans le coin, cherchant à vendre de la cocaïne. Alors que les autres habitants de Catfish Row se préparent pour le pique-nique, Sportin’ Life demande à Bess de partir avec lui pour New York, pour y entamer une nouvelle vie ; elle refuse. Bess et Porgy sont maintenant seuls, et s’avouent mutuellement leur amour : Bess, you are my woman now.

Le quatrième mouvement évoque la deuxième scène de l’Acte II. A Kittiwah Island, l’après-midi, on s’amuse au pique-nique : le choeur chante I ain’t got no shame doin’ what I like to do !. Sportin’ Life explique aux participants sa conception cynique de la Bible : It ain’t necessarily so, ce qui amène Serena à le réprimander. Crown arrive pour parler à Bess, et lui rappelle que sa relation avec Porgy est “temporaire”. Bess veut définitivement quitter Crown (What you want wid Bess ?) mais Crown s’arrange pour qu’elle le suive.

Une cadence pour clarinette seule utilisant plusieurs motifs de l’opéra sert de transition vers le cinquième et dernier mouvement, qui expose quelques passages des Actes II et III. Ce sont d’abord Honey, dat’s all de breakfast I got time for, Sleeping Negro, puis le thème de Porgy, entendu pour la première fois ici : Porgy revient à Catfish Row avec beaucoup d’argent, après avoir joué au craps avec ses dés pipés. Il offre des cadeaux aux habitants et ne comprend pas pourquoi tous ont l’air si abattu. Il voit Serena avec le bébé de Bess et lui demande où elle est : Oh, Bess, oh where’s my Bess ? Maria et Serena lui racontent qu’elle est partie pour New York avec Sportin’ Life : Where Bess gone ? Noo York. Porgy jette ses béquilles et part à sa recherche : Oh Lawd, I’m on my way.

Dans ma transcription, j’ai veillé à rester au plus près de l’écriture de Gershwin, que ce soit sur le plan de l’harmonie, des lignes mélodiques, des couleurs orchestrales. J’ai regroupé les passages choisis en fonction de leur adaptabilité à cette formation instrumentale particulière (clarinette solo et cordes) et les ai combinés au sein d’une forme purement instrumentale que j’espère convaincante. J’ai recherché la plus grande variété dans l’écriture des cordes en jouant sur les textures différenciées que permettent les “divisi”, l’utilisation de solistes etc…La partie de clarinette, quant à elle, résulte de la libre combinaison des lignes vocales de l’opéra et d’éléments issus des parties instrumentales.

Concerto en fa (extrait du 2ème Mouvement)

Le Concerto en fa pour piano solo et orchestre est plus proche de la forme traditionnelle du concerto que l’oeuvre précédente, Rhapsody in Blue. Il a été composé en 1925 à la suite d’une demande du chef d’orchestre Walter Damrosch. Damrosch était présent au concert du 21 février 1924 durant lequel fut créée la Rhapsody in Blue, dirigée par Paul Whiteman avec Gershwin au piano. Le jour suivant le concert, Damrosch contacta Gershwin pour lui commander un concerto pour piano “grand format” pour le New York Symphony Orchestra. Lié par trois contrats pour des comédies musicales à Broadway, il ne fut en mesure de se mettre à la composition du concerto qu’au mois de mai 1925. Le premier mouvement fut écrit en juillet, le deuxième en août, et le troisième en septembre. L’orchestration fut terminée le 10 novembre. Il s’agit de la première oeuvre que Gershwin a orchestré lui-même. La première eut lieu le 3 décembre 1925 au Carnegie Hall de New York, par le New York Symphony Orchestra dirigé par Damrosch et avec Gershwin au piano. L’oeuvre respecte la forme traditionnelle du concerto en trois mouvements: Allegro / Adagio—Andante con moto / Allegro agitato. Il y a de grandes ressemblances thématiques entre le premier et le troisième mouvement, tandis que le second mouvement est visiblement le plus influencé par le jazz. C’est celui qui est présenté ici dans une transcription pour clarinette et cordes, avec une coupure l’Andante con moto central, trop symphonique pour être transcrit pour cette formation. J’ai tenté ici de recréer un “mini” concerto pour clarinette qui respecte au plus près l’esprit de l’original pour piano.

Un Américain à Paris (extrait)

Cette oeuvre a été inspirée par un séjour de Gershwin à Paris. C’est un poème symphonique évoquant les lieux et la vie de la capitale française dans les années 1920. Elle a été jouée pour la première fois au Carnegie Hall de New York le 13 décembre 1928. En 1951, l’oeuvre est adaptée au cinéma parVincente Minnelli avec Gene Kelly qui participe à la création chorégraphique. Son interprétation lui vaut un Oscar. Deux ans plus tard, l’oeuvre provoque un scandale lors de sa première européenne à Londres. En plus des instruments que l’on retrouvent habituellement dans un orchestre symphonique, Gershwin utilise à certains endroits des klaxons d’automobile. Pour la première new yorkaise, le compositeur avait rapporté de vrais klaxons de taxis parisiens.

L’oeuvre comporte trois parties principales. La première, dans laquelle sont en vedette les fameux klaxons, nous promène dans les rues de Paris. La deuxième, plus détendue et lyrique, nous transporte dans un parc qui pourrait être le Jardin du Luxembourg. La dernière partie reprend les divers thèmes élaborés au cours de la pièce. C’est la partie médiane, formant un volet indépendant, qui a été transcrite pour cet enregistrement.

Trois Préludes pour piano

Gershwin avait à l’origine l’intention de composer vingtquatre préludes pour piano, mais il n’en révéla que six au public, et n’en fit publier que trois en 1926.

Le premier prélude (Allegro ben ritmato e deciso) débute par un motif “blues” de cinq notes qui saisit immédiatement l’auditeur. Ce motif constitue le thème principal de la pièce. Les rythmes en syncopes et les accords contenant souvent des septièmes donnent à la pièce un fort sentiment de jazz. De forme tripartite, le deuxième prélude (Andante con moto e poco rubato) commence par une mélodie triste s’aventurant au-dessus d’un mouvement de basse obstinée.

Les harmonies et mélodies de cette pièce sont construites autour de la dualité majeur/mineur caractéristique de la gamme “blues”. Après une partie centrale où une nouvelle mélodie est exposée par la main gauche, la première section revient et la pièce conclut sur un arpège longuement égrené vers l’aigu.

Après une brève introduction, le thème principal du troisième prélude (Allegro ben ritmato e deciso) est exposé : deux mélodies formant un couple question / réponse. Après une courte section centrale très syncopée, le thème initial est rééxposé en octaves.

Ces Trois Préludes sont présentés ici dans une libre instrumentation pour clarinette et cordes.


Franck Villard


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