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8.570986 - DORNEL, L.-A.: La Triomphante - Chamber Music for Recorders, Flute and Continuo (Passacaglia)
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Louis-Antoine Dornel (c.1680–c.1757)
Musique de chambre pour flûte à bec, flûte et continuo

 

On possède malheureusement peu d´informations biographiques sur l´organiste et compositeur parisien Louis- Antoine Dornel. On a pu établir sa date de naissance vers 1680, mais on ignore toujours où il est né. Son décès non plus n´a pas été relevé, même si en 1780, l´Essai sur la musique ancienne et moderne de La Borde rapporte que Dornel était mort vingt-cinq ans auparavant à l´âge de soixante-quinze ans, situant sa disparition au cours de la seconde moitié des années 1750.

Il est possible que Dornel ait été l´élève de l´organiste Nicolas Lebègue ; en 1706, il succéda à François D’Agincourt en qualité d´organiste à Sainte Madeleineen- la-Cité, après avoir eu pour concurrent Jean-Philippe Rameau, qui n´était pas parvenu à convaincre les autorités de l´église d´accepter ses conditions préalables. Dornel quitta son poste en 1716 pour un emploi temporaire à l’Abbaye Ste-Geneviève, emploi qui devint permanent à la mort d´André Raison en 1719. On sait aussi que Dornel joua à Ste-Geneviève-des-Ardents, et à St-Germain-le- Viel. Son poste de maître de musique à l´Académie française entre 1725 et 1742 lui donna des occasions de composer des motets pour choeur et orchestre, dont bon nombre furent exécutés lors des séries de concerts publics novatrices du Concert Spirituel de Paris.

Plusieurs des contemporains de Dornel vantent la qualité de ses compositions instrumentales. Parmi eux figure Nemeitz, le célèbre voyageur et écrivain qui séjourna à Paris en 1713 (également l´année de la parution des Sonates en Trio op. 3 de Dornel) et La Borde, selon qui Dornel “avait beaucoup de réputation dans son temps.

Parmi les oeuvres instrumentales de Dornel ayant été conservées, on compte le Livre de Simphonies contenant six Suittes en Trio… avec une Sonate en Quatuor op. 1 (1709), les Sonates à Violon seul et Suites pour la Flûte traversière op.2 (1711), un recueil de Sonates en trio op.3 (1713), un autre recueil de Concerts de Simphonies… contenant six Concerts en Trio… (1723) et les Pièces de clavecin (1731). Plusieurs pièces pour orgue ont également survécu en plus du traité théorique Le tour du clavier sur tous les tons majeurs et mineurs (1745).

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Le Paris de Dornel

 

Tous les compositeurs de Paris, et auquel participent surtout les organistes avaient en ce tempt-là, pour ainsi dire, la fureur de composer des Sonates à la manière italienne.
- Sébastian de Brossard (1724) Catalogue des livres de musique … (Paris, Bibliothèque nationale Rés Vm8 20)

Le style compositionnel imaginatif et dynamique de Dornel se mariait parfaitement au contexte animé et toujours changeant de Paris au cours des premières décennies du XVIIIè siècle. Les années de gloire du règne de Louis XIV touchaient à leur terme et l´implacable étau du Roi-Soleil sur les goûts musicaux autorisés commençait à se relâcher. Alors que la vie musicale à la cour du roi entamait son déclin, le gros des activités musicales françaises quitta Versailles pour Paris, et l´air vivifiant d´une liberté nouvelle se mit à souffler sur les cercles culturels de la ville. Les mérites relatifs des styles musicaux français et italien furent vivement débattus, et des oeuvres de compositeurs tels que Corelli et Vivaldi devinrent célèbres et furent avidement consommées. En outre, une tradition de concerts publics (comme le fameux Concert Spirituel de Philidor) naquit à Paris, donnant à des artistes en visite depuis de lointains horizons l´occasion de déployer leurs talents en plus de permettre à des compositeurs de faire entendre de nouvelles oeuvres.

Dans cet environnement plus libéral, de nombreux compositeurs français donnèrent à leur production une orientation résolument cosmopolite, et parmi la musique instrumentale de petit format, la sonate commença lentement mais sûrement à détrôner la suite de danses alors très à la mode. De la même manière, les indications de tempo en italien prirent peu à peu le pas sur les titres de danses de cour habituels. Toutefois, tous les compositeurs français n´étaient pas si pressés de renoncer à toutes lesconventions qui définissaient leur style national, et Dornel (avec François Couperin et quelques autres) trouva le moyen d´incorporer la logique harmonique et la clarté formelle de Corelli à un vocabulaire musical encore très distinctement français. Avec son confrère organiste Dandrieux, Dornel présenta les premières ‘Sonates en trio’ françaises à Paris, mais celles-ci étaient assez loin de constituer des imitations directes de leurs équivalents italiens.

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La musique

 

L´ouvrage initial de cet enregistrement est la magnifique Sonate en Quatuor, qui conclut le Livre de Simphonies publié à Paris en 1709. C´était sans doute la première fois que Dornel s´essayait au titre et au genre ‘sonate’, ce qui explique peut-être sa méthode de publication insolite : bien que les trios de ce volume aient été imprimés dans un recueil de livres en trois parties, présentation habituelle à l´époque, la Sonate en Quatuor apparaît seulement en partition à la fin de la partie de basse. Du point de vue harmonique, l´ouvrage est aventureux et dramatique, notamment dans le premier mouvement qui fait alterner des sections d´écriture lente et expressive avec des éclats virtuoses et italianisants. L´écriture contrapuntique du dernier mouvement est aussi clairement d’inspiration corellienne.

Deux des oeuvres figurant dans cet enregistrement proviennent de l´Op. 2 de Dornel (1711). Ce recueil contient six sonates conçues pour le violon (avec des titres empruntés aux noms d´instrumentistes à cordes français) et six suites pour flûte (avec des références à des instrumentistes à vent comme Hotteterre et de la Barre), même si ces deux groupes d´oeuvres présentent peu de différences idiomatiques. La Sonate IV en ré majeur est intitulée La Forcroy, du nom du grand altiste français, et ses troisième et quatrième mouvements présentent une partie supplémentaire indépendante pour ‘violle récitante’. La Troisième Suite en mi mineur contient des mouvements aux titres énigmatiques typiquement français. Dornel semble avoir été si séduit par la mélodie de ‘La Caron’ qu´il utilisa à nouveau dans ses Pièces de Clavecin, la renommant ‘La Plaintive’. On peut entendre les deux versions sur ce disque.

Les Sonates en Trio op. 3 de 1713 sont, du moins de par leur titre, parmi les premiers exemples du genre en France. Elles sont toutefois de conception largement française, employant à nouveau des formes de danse telles que l´allemande, la sarabande, la gavotte et la gigue, mais également des imitations entre toutes les parties, dans le style de Corelli. Comme dans d´autres de ses oeuvres, la joyeuse Sonate II ‘La Triomphante’ et la plus songeuse Sonate III en si mineur font appel à d´étranges notations ‘vides’ ou à notes blanches, à savoir dans les mouvements lents ternaires – trait que l´on retrouve chez peu d´autres compositeurs, Charpentier et Couperin exceptés. La Sonate VII en ré mineur, ‘Pour trois dessus’ est la pièce finale de ce même recueil ; l´emploi de l´unisson dans les deux dessus les plus aigus sur de larges portions du premier mouvement est très inhabituel et la pertinence de cette idée ne devient manifeste que lorsque les parties finissent par se diviser pour créer une texture à trois voix merveilleusement transparente.

Les Pièces de clavecin de Dornel furent publiées en 1731. Le Mercure de France fit leur éloge, et elles sont surtout remarquables parce qu´elles sont très peu redevables au recueil séminal publié en 1724 par Rameau. On y discerne bien plus nettement l´influence des Ordres de François Couperin, ultérieurs de quinze ans environ. La Cinquième Suite en ut présente à la fois des mouvements de danse et des pièces de caractère, et tout comme chez Couperin un certain agencement des morceaux évoque de petits drames, comme notamment ici le mariage de la mélancolie de ‘L‘absence’ avec le ravissement sans mélange du ‘Retour’.


Christopher Dexter-Mills / Passacaglia
Traduction : David Ylla-Somers


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