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8.572009 - FRANCK, C.: String Quartet in D Major / Piano Quintet in F Minor (Ortiz, Fine Arts Quartet)
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César Franck (1822–1890)
Quatuor pour cordes en ré majeur • Quintette pour piano en fa mineur

 

Belge de naissance et Français par choix, avec sans doute de lointaines origines allemandes, César Franck naquit en 1822 dans la ville wallonne de Liège. Ses dons pour la musique, manifestes dès son plus jeune âge, furent encouragés par son père, qui envisageait pour son fils une carrière d’interprète virtuose. Après ses études au Conservatoire de Liège et ses premières prestations au concert, qui correspondaient aux ambitions de son père, Franck se fixa quelque temps à Paris, délaissant ses activités de concertiste et prenant des cours de techniques de composition avec Antonín Reicha ; il se vit également inculquer une rigoureuse discipline pianistique par Pierre-Joseph-Guillaume Zimmermann. En 1837, il fut admis au Conservatoire de Paris, où il commença à se distinguer, poursuivant ses études de piano avec Zimmermann et prenant des cours d’orgue avec moins de succès auprès de François Benoist. La suite logique de ce parcours était le prestigieux Prix de Rome : en le décrochant, Franck aurait pu mener trois années d’études dans la capitale italienne. Pourtant, en 1842, alors que cette consécration lui paraissait accessible, son père lui fit quitter le Conservatoire, cherchant à relancer sa carrière d’interprète et le ramenant en Belgique où il comptait lui trouver des mécènes influents. Deux ans plus tard, les Franck étaient de retour à Paris.

N’ayant pas pu s’imposer comme pianiste ou comme compositeur, Franck dut se mettre à enseigner pour subvenir à ses besoins. Son mariage, en 1848, avec l’une de ses élèves, Blanche Saillot Desmousseaux, fille d’un fameux couple de la Comédie Française héritier d’une longue tradition théâtrale familiale, provoqua une rupture avec son père. A partir de là, il continua de gagner sa vie en enseignant mais aussi en qualité d’organiste, débutant à Notre-Dame-de-Lorette, où ses noces avaient été célébrées. En 1851, il opta pour Saint-Jean-Saint-Françoisau-Marais, avec son nouvel orgue, un beau Cavaillé-Coll, et en 1858, il fut nommé organiste à Sainte-Clotilde, où Cavaillé-Coll installa un nouvel instrument, considéré par beaucoup comme un modèle du genre. C’est à Sainte-Clotilde, au cours des années qui suivirent, que Franck se forgea une belle réputation d’organiste. En 1872, après une période durant laquelle il s’acquit la fidélité et l’affection d’un groupe d’élèves mené par Duparc, et où sa musique fut jouée sous les auspices de la Société Nationale de Musique, entité vouée à la promotion des arts français, il fut nommé professeur d’orgue au Conservatoire.

A partir des années 1870, Franck se consacra à la composition, influencé notamment par Tristan und Isolde de Wagner, qu’il entendit en 1874 et qui lui fit une profonde impression. Au Conservatoire, il suscita une certaine jalousie chez ses collègues en drainant dans ses cours plusieurs jeunes compositeurs, dont Vincent d’Indy, l’un des membres les plus dévoués du groupe surnommé « la bande à Franck » ; ces jeunes gens avaient en outre rebaptisé leur professeur Pater Seraphicus.

C’est largement grâce à d’Indy qu’en 1886, Franck succéda à Saint-Saëns en tant que président de la Société Nationale, après des démissions au sein du comité, divisé au sujet de l’acceptation de la musique étrangère. En sa qualité de compositeur, Franck ne rencontra de son vivant qu’un succès limité, et par manque de répétitions, un concert de ses oeuvres donné en 1887 fut un fiasco au cours duquel même lesVariations symphoniques se trouvèrent en difficulté. C’est durant la décennie qui précéda la disparition de Franck, survenue en 1890, que vit le jour une série d’oeuvres désormais bien ancrées dans le répertoire de concert, et notamment la Sonate pour violon, l’unique Symphonie du compositeur et ses Variations symphoniques.

Le Quatuor pour cordes en ré majeur de Franck est le couronnement de sa production ; il fut composé entre le 29 octobre 1889 et le 10 janvier 1890 et fut créé à la Société Nationale le 19 avril suivant. Le compositeur avait prévu d’écrire une nouvelle sonate pour violon, mais il ne l’acheva jamais. Le quatuor est une oeuvre assez complexe, et l’élève de Franck Vincent d’Indy devait plus tard faire paraître une célèbre analyse de cet ouvrage et de sa structure. Le premier mouvement, évoquant des éléments qui ne manqueront pas de resurgir au fil du quatuor, débute par une longue introduction lente dont le thème initial est marqué molto largamente e sostenuto, et joué fortissimo. L’Allegro qui suit, en ré mineur avec un deuxième sujet en fa majeur, est en forme-sonate mais débouche sur un développement en forme de fugue, introduit par l’alto, suivi dans son exposition par le second violon, le violoncelle et le premier violon. Le premier sujet reparaît en récapitulation dans la tonalité de sol mineur, puis interviennent plusieurs modulations caractéristiques avant que l’on entende le Poco lento de l’introduction, concluant comme il se doit le mouvement en ré majeur. Les cordes jouent avec sourdine dans le Scherzo en fa dièse mineur dont le matériau thématique est présenté par fragments entrecoupés. Une section de trio apporte un contraste d’atmosphère avant la reprise du Scherzo, et l’on entend des échos du trio en conclusion. Le Larghetto qui suit, en si majeur, débute par une longue et belle mélodie pour le premier violon et l’on rencontre des contrastes de caractère et de tonalité au fil du mouvement. Le Finale s’ouvre sur un fragment marqué Allegro molto précédant une réminiscence du mouvement lent. L’Allegro molto reprend, menant à une évocation assourdie du Scherzo. Une nouvelle intervention ramène le violoncelle au matériau de l’introduction du premier mouvement, dont découle l’Allegro molto suivant. Ce remarquable dernier mouvement parvient à unifier tout l’ouvrage dans un traitement contrapuntique du matériau témoignant de la dette de Franck envers la tradition musicale allemande, celle de Beethoven, de Brahms et, dans le Scherzo, de Mendelssohn.

Franck écrivit son Quintette pour piano en fa mineur en 1878 et 1879. Il fut créé à la Société Nationale en janvier 1880 et fut dédié à Camille Saint-Saëns, qui à cette occasion tenait la partie de piano. On dit que Saint-Saëns avait l’air contrarié pendant l’exécution du quintette, et qu’à la fin il sortit brusquement, abandonnant derrière lui la partition qui lui avait été dédicacée. Par la suite, il semble qu’il fit de son mieux pour décourager de nouvelles exécutions. A en croire certains commérages, Franck aurait été inspiré par sa liaison avec l’une de ses élèves, la compositrice Augusta Holmès, et le Quintette en serait le reflet.

On trouve dans le Quintette un nouvel exemple de structure cyclique. Marqué Molto moderato quasi lento, le premier mouvement débute par une introduction, portant l’indication drammatico, passant ensuite à un Allegro dont le premier sujet est dérivé de l’introduction et le second le thème chromatique cyclique en la bémol, marqué dolce, tenero ma con passione, et qui est destiné à jouer un rôle important dans l’ouvrage. On retourne une dernière fois au Molto moderato quasi lento initial, avec une jubilation et une ferveur croissantes et des contrastes dynamiques marqués. Le mouvement lent, Lento, con molto sentimento, en la mineur, offre répit et réconfort, son contour mélodique rappelant le thème cyclique de la Sonate pour violon. Le thème chromatique cyclique du premier mouvement reparaît sous un aspect différent dans un développement central en ré bémol majeur, avant le retour du matériau du début du mouvement, maintenant encore plus transformé. Le second violon ouvre l’Allegro non troppo ma con fuoco final, suggérant deux motifs importants dans un mouvement débordant d’intensité passionnée. Le thème cyclique revient peu à peu, puis on l’entend au complet après une modulation vers ré bémol, donnant toute sa cohésion à l’ensemble du quintette.


Keith Anderson
Traduction de David Ylla-Somers


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