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8.572267 - BERIOT, C.-A. de: Violin Solo Music, Vol. 1 (Hristova) - 12 Scenes / 9 Studies / Prelude or Improvisation
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Charles-Auguste de Bériot (1802–1870)
Musique pour violon seul • 1

 

Charles Auguste de Bériot naquit dans une famille d’aristocrates de la ville belge de Louvain le 20 février 1802. Devenu orphelin à l’âge de neuf ans, il étudia avec son tuteur, le violoniste Jean-François Tiby, et sur les conseils d’André Robberecht, qui lui donna quelques leçons, il partit étudier à Paris en 1821 avec Giovanni Battista Viotti ; ce dernier lui recommanda de mettre à profit ce qu’il entendrait chez les autres musiciens, mais sans en imiter aucun. Après une brève période d’études avec Pierre Baillot, autre grand violoniste de l’école française, ce fut le début de l’extraordinaire carrière de concertiste de Bériot. Il fit sensation à Londres et à Paris. Sa vie prit un tournant résolument romantique lorsqu’il rencontra María Malibran, sans doute la plus célèbre diva de tout le XIXè siècle. Fille du grand Manuel García, pour qui Rossini écrivit le rôle d’Almaviva, María Malibran avait abandonné son époux français à New York afin de poursuivre sa carrière en Europe, où son art lui valut bien des éloges. Dans le récit très romancé de la première rencontre de Bériot et de la Malibran, qui eut sans doute lieu en 1828, Madame Merle relata qu’à la fin de l’un des concerts de Bériot, “María vint à sa rencontre, pâle et les larmes aux yeux…et lui dit…‘Je suis ravie que vous ayez si bien joué.’ ‘Merci beaucoup,’ répondit de Bériot…‘Je suis très flatté d’avoir mérité votre estime.’ ‘Non, non, ce n’est pas ça, pas ça du tout. Ne voyez-vous pas que je vous aime ?’” Une liaison amoureuse ne tarda pas à se développer, d’abord dans le plus grand secret, María étant encore mariée. Au bout de plusieurs années d’efforts, son union avec Malibran fut annulée par les tribunaux français en 1835, et en mars 1836 Bériot et María devinrent officiellement mari et femme. A peine quelques mois plus tard, la cantatrice fut victime d’un grave accident de cheval, avec pour séquelle un hématome crânien de la taille d’un oeuf. Elle continua de chanter malgré d’incessantes migraines et s’effondra en scène au cours du Festival de Manchester. Sa mort survint en l’espace de quelques jours. Après une période de deuil, Bériot retrouva les salles de concert en 1838, et en 1843, il accepta un poste de professeur de violon au Conservatoire de Bruxelles, où il demeura jusqu’à sa retraite forcée en 1852 causée par sa vue défaillante; en 1858, il était devenu complètement aveugle. Le plus célèbre élève de Bériot fut Henri Vieuxtemps, qui lui succéda au Conservatoire de Bruxelles en 1870, année de la disparition de Bériot (Vieuxtemps refusa de prendre ses fonctions avant le décès de son ancien professeur). Le baron de Trémont, amateur talentueux qui jouait souvent avec Bériot, écrivit en 1841: “J’ai entendu tous les grands violonistes français et étrangers [dont Paganini], à commencer par Viotti, et c’est Bériot que je préfère.”

La musique de Bériot est aussi attrayante et romanesque que le fut l’existence du compositeur. Il rencontra le succès alors que le romantisme battait son plein, ce que reflètent ses oeuvres. Ses dix concertos pour violon et la première Scène de Ballet sont sans doute ses pages les plus connues. Dans les premiers, il se montra très inventif, écrivant des concertos en un seul mouvement, ou avec des mouvements enchaînés (même si chacun des trois mouvements traditionnels est décelable dans la structure d’ensemble), ou encore en utilisant des thèmes dans plus d’un mouvement pour donner plus de cohésion à l’ouvrage—procédés assez novateurs pour l’époque. Bériot employa également bon nombre des mêmes techniques que Paganini dans ses compositions : les harmoniques, un usage généreux des doubles cordes et des ricochets. Dans ses concertos, toutefois, Bériot ne vise pas uniquement la technique pure : pour autant qu’elles réclament une immense virtuosité, toutes ses pages pour le violon s’insèrent dans le cadre des possibilités de l’instrument.

Le don de communiquer est manifeste dans toute la musique de Bériot. Comme presque tous les grands virtuoses de l’époque, il était un fervent pédagogue et passait une bonne part de son temps à concevoir ses divers caprices ou études destinés à faciliter la maîtrise de l’instrument. Il écrivit une Méthode de violon en 1857 et l’Ecole transcendante du violon op. 123, entre autres oeuvres de même nature. Le but n’était pas seulement la maîtrise technique, même si celle-ci était évidemment importante. Il s’agissait de créer un musicien accompli, aussi doué pour la communication que pour la technique. Les études et caprices de la maturité de Bériot avaient un double objectif : développer (voire déployer) la technique et constituer des oeuvres d’art à part entière. C’est sans doute Chopin qui parvint le mieux à allier ainsi forme et fonction dans ses fameuses Etudes pour piano seul. Bériot, quant à lui, s’y essaya souvent avec succès, ainsi que le démontrent amplement les oeuvres de ce disque. La technique et le style de Bériot finirent par former partie intégrante de l’art du violoniste. S’appuyant sur la tradition de l’école française de sa jeunesse, il ouvrit la voie à une conception moderne de la composition et de l’interprétation du violon.

Le présent enregistrement débute par les 12 Scènes ou Caprices pour le Violon op. 109 de Bériot. La première pièce, La Séparation, commence par un calme largo affligé sur doubles cordes, bientôt rattrapé par une section con moto agitée. Les sections largo et con moto reviennent toutes deux conclure la pièce. La Polka est un joyeux mais paisible morceau marqué moderato, à nouveau avec doubles cordes. Le Lézard présente une ligne mélodique limpide et gracieuse sur un tempo moderato. Le Départ débute par une triste section cantabile menant à une section en doubles cordes extrêmement énergique et mouvementée. La Fougue est un tumultueux vivace con fuoco avec une section de doubles cordes à l’allure martiale. La Bannière est une pièce résolument martiale avec des coups d’archet sautillés et une conclusion pizzicato. Le Caprice est un morceau impétueux avec triolets et doubles cordes ainsi qu’une section centrale “chantante”. Saltarella est une version posée et régulière du saltarello présentant un crescendo de double corde menant à des glissandos harmoniques. La Reine débute simplement par un noble thème à 3/4 qui mène à une section d’accords en arpèges. La Marche russe commence par une marche modérée et très articulée, suivie d’une section de doubles cordes et de notes rapides régulières. La marche reparaît, et le morceau s’achève tranquillement, alternant pizzicato et arco. L’inquiétude est constituée de sections alternant adagio et allegro agitato, et ses fréquentes modulations illustrent bien son titre. La Consolation débute par une introduction de huit mesures suivie d’un thème à 6/8 très articulé.

Les Neuf Etudes sont le plus pur exemple de pièces pédagogiques qui entre les mains d’un maître comme Bériot se font oeuvres d’art. La première, Allegro agitato, est une étude de jeu “agité”, de doubles cordes et de gradation de phrasé. Le second, Allegro moderato, définit des contrastes marqués entre le style et les dynamiques. L’Etude No. 3, Moderato, est un brillant morceau comportant d’innombrables doubles cordes, coups d’archet, et batteries multiples. C’est ensuite la quatrième, marquée Energico, étude de ponctuation musicale—articulation, repos, glissandos, doubles cordes. MélodieLargoest une étude de production sonore et crée une mélodie chantante sur la corde de sol. GulnareAndantino est un autre morceau mélodieux, cette fois sur doubles cordes, qui s’achève par une cadence. La Marche de BériotModerato est une pièce très articulée et élégante sur doubles cordes avec une section centrale dolce et l’Etude de BériotAllegro vivace est une étude de vitesse. L’Etude de BériotEn imitation des vieux maîtresModerato est l’imitation par Bériot de l’énergie rythmique de la fugue.

Le dernier morceau est Prélude ou Improvisation. Son caractère d’improvisation est établi d’emblée (aucune barre de mesure sur la majeure partie de la partition) tandis que la musique fait alterner calme et énergie, épanchements lyriques et virtuosité survoltée. Tout l’art de Bériot est déployé ici—double cordes, arpèges, glissandos, mélodies avec accompagnement pizzicato, harmoniques—, parfaite conclusion pour ce recueil.


Bruce R. Schueneman
Traduction de David Ylla-Somers


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