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8.572385 - DEBUSSY, C.: Early Works for Piano Duet - Printemps / Le triomphe de Bacchus / Symphony in B Minor (Soos, Haag)
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Claude Debussy (1862–1918)
Musique pour piano à quatre mains

 

Né à Saint-Germain-en-Laye le 22 août 1862, Claude Debussy commença à prendre des leçons de piano en 1870 à l’âge de sept ans. Il fit preuve d’un tel talent qu’à peine deux ans plus tard, il entrait au Conservatoire de Paris, où il étudia le piano avec Antoine François Marmontel et la composition avec Ernest Guiraud. Bien qu’il fût un élève doué, il se trouva souvent à couteaux tirés avec la vénérable institution, et il fit maintes fois l’objet de sanctions disciplinaires. En 1880, le jeune compositeur fut engagé par Nadezhda von Meck, la protectrice de Tchaïkovski, pour enseigner la musique à ses enfants, et pendant plusieurs années, il suivit chaque été la famille dans ses voyages en Russie, à Florence, à Vienne et dans le midi de la France.

Bien qu’il ait été réfractaire aux dogmes rigides du Conservatoire, et de l’establishment musical français dans son ensemble, et désireux de tracer sa propre voie, Debussy remporta en 1884 le très convoité Prix de Rome pour sa scène lyrique L’enfant prodigue et passa les deux années suivantes à Rome. Logé à la Villa Médicis, il se plaignait de tout, depuis la nourriture jusqu’à la vie musicale de la capitale italienne. La musique qu’il écrivit pour ses mécènes pendant cette période—qui comprend la suite symphonique Printemps et la Fantaisie pour piano et orchestre—impressionna les membres de l’Académie autant qu’elle les dérouta. Quant au compositeur Jules Massenet, il qualifia Debussy d’«énigme».

C’est pendant les quelques années qui suivirent que le compositeur commença à se forger une identité musicale véritablement distincte. En 1888 et 1889, il se rendit à Bayreuth pour y entendre les ouvrages de Wagner, devint l’ami de Paul Dukas et d’Erik Satie, rencontra le poète Stéphane Mallarmé, et découvrit le son du gamelan javanais lors de l’Exposition Universelle de 1889. L’année 1894 vit la création de son Prélude à l’après-midi d’un faune, ouvrage novateur très controversé. Un an plus tard, il achevait la première version de son grand chef-d’oeuvre, l’opéra Pelléas et Mélisande, d’après une pièce de l’écrivain symboliste Maurice Maeterlinck. Il remit son opéra sur le métier au cours des années suivantes, et l’ouvrage finit par être monté en 1902.

En 1909, Debussy accepta le siège de conseiller administratif du Conservatoire que lui proposait Gabriel Fauré, mais c’est aussi cette année-là que se manifestèrent les signes avant-coureurs de sa maladie. Il continua de voyager, se produisant dans toute l’Europe et rédigeant des articles et des critiques dans des publications telles que la Revue musicale, mais après un long combat contre le cancer, il finit par s’éteindre le 25 mars 1918.

Composée entre 1880 et 1881, la turbulente Symphonie en si mineur, qui comporte deux mouvements, est la pièce la plus ancienne du présent disque. Elle demeura inédite jusqu’en 1933, et ne fut jamais orchestrée par Debussy. Passionné et lyrique, regorgeant d’accords tonitruants et de mélodies limpides, le premier mouvement, un Allegro ben marcato, est d’une veine résolument romantique (plutôt qu’impressionniste), tout comme l’Andante cantabile, qui lui est plus tendre et réservé.

L’année 1881 vit également la composition de l’Ouverture Diane, qui avec sa phrase initiale sibylline et inquisitrice rappelle davantage le style ultérieur de Debussy. Bien que dédiée à Ernest Guiraud, le professeur du compositeur, cette oeuvre ne fut jamais publiée, et elle ne fut découverte, à la Bibliothèque Nationale de Paris que près d’un siècle après sa composition. A l’origine, elle devait constituer l’ouverture de la scène lyrique Diane au bois, que Debussy laissa inachevée.

La suite en quatre mouvements Le triomphe de Bacchus fut écrite un an plus tard, mais demeura inédite jusqu’en 1928. Elle s’inspirait d’un poème de Théodore de Banville intitulé Le triomphe de Bacchos à son retour des Indes. Le Divertissement initial se caractérise par sa tension dramatique, tandis que l’Andante qui suit détend quelque peu l’atmosphère. Les deux fragments, Marche et Bacchanale et Maestoso, apportent à l’ouvrage sa vigoureuse conclusion.

Daté du mois de juin de la même année, l’Intermezzo avait d’abord été conçu pour orchestre. Il fut inspiré au compositeur par un passage du poème Intermezzo de Heinrich Heine: ‘On discernait la mystérieuse île des esprits sous le clair de lune; des sons ravissants se faisaient entendre et des formes dansantes flottaient dans la brume. La musique devenait toujours plus douce, le tourbillon de la danse toujours plus séduisant…’. L’Intermezzo débute avec hésitation dans une atmosphère de mystère, se faisant peu à peu plus assurée et espiègle avant de laisser place à une section centrale pensive et lyrique. La musique devient de plus en plus passionnée pour finir par renouer avec l’atmosphère du début.

Sans doute composé en 1884, le Divertissement commence sur des schémas rythmiques plein de vivacité, mis en relief par de délicates figurations. Il culmine plusieurs fois avant de retomber dans une quiétude énigmatique. Une section centrale retentissante s’ensuit, avant qu’un finale tendu aux rythmes complexes ne vienne refermer le morceau.

La scène lyrique L’enfant prodigue, qui valut le Prix de Rome à Debussy, fut d’abord composée pour soprano, baryton, ténor et orchestre. S’appuyant sur un texte d’Edouard Guinand qui retrace le récit du fils prodigue, elle fut créée à Paris le 27 juillet 1884. Le Prélude initial est saturé d’ornementations exotiques et d’harmonies sonores, tandis que le mouvement suivant, qui contient une série de danses, se caractérise par ses traits délicats, ses arabesques et toute une gamme de subtilités rythmiques.

La suite symphonique Printemps pour choeur, piano et orchestre fut composée en 1887. C’était le troisième envoi de Rome de Debussy, et il semble qu’elle lui fut inspirée par la Primavera de Botticelli. Dans une lettre adressée à Emile Baron, Debussy déclarait vouloir créer une oeuvre aux coloris particuliers et parvenir à susciter le plus grand nombre de sensations possibles. On dit souvent de la suite Printemps qu’elle marque un tournant dans la production du compositeur, et c’est en référence à ce morceau que le mot ‘impressionniste’ a été employé pour la première fois pour décrire sa musique. De fait, la suite présente bon nombre des traits distinctifs des oeuvres ultérieures de Debussy: des harmonies opulentes, des arabesques chatoyantes et des passages pleins d’espièglerie.

Debussy était lui-même un pianiste doué, et au cours de ses concerts, il se plaisait souvent à interpréter des pièces pour piano à quatre mains. Bien qu’ils n’aient pas été initialement destinés au piano, la plupart des morceaux de ce disque furent adaptés par le compositeur ou directement écrits pour être joués à quatre mains. La figuration inventive, les sonorités kaléidoscopiques et les moments d’éblouissante virtuosité qu’ils contiennent témoignent non seulement du talent d’interprète de Debussy, mais aussi de ses affinités de compositeur avec cet instrument si malléable et polyvalent.


Caroline Waight
Traduction française de David Ylla-Somers


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