About this Recording
8.572428 - SEVERAC, D. de: Piano Music, Vol. 2 (Maso) - En vacances / Baigneuses au soleil / Les naiades et le faune indiscret
English  French 

Déodat de Sévérac (1872–1921)
Œuvres pour piano • 2

 

Le compositeur français Déodat de Sévérac provenait d’une famille ancienne et distinguée. Il naquit en 1872 à St Félix de Caraman en Lauraguais, en Haute-Garonne; son père, Gilbert de Sévérac, était un peintre toulousain de renom et fut son premier professeur de piano. Sa mère descendait de la famille espagnole d’Aragon, et son arrièregrand- père avait été ministre de la marine sous Louis XVI; ils pouvaient retracer leur lignée jusqu’au IXe siècle. Le jeune garçon étudia au Collège dominicain de Sorèze, établi en 1854 sur le site d’une ancienne abbaye bénédictine, avant d’entreprendre de se diplômer en droit à l’Université de Toulouse. Il ne tarda pas à se transférer au Conservatoire de Toulouse, où il étudia de 1893 à 1896. Sur la recommandation de Charles Bordes, un ancien élève de César Franck, il fut accepté par le plus éminent disciple de Franck, Vincent d’Indy, comme élève de la Schola Cantorum de Paris, institution qu’il ne tarda pas à trouver préférable au Conservatoire, plus académique et plus strict.

A la Schola Cantorum, Déodat de Sévérac suivit les cours de composition de d’Indy et d’Albéric Magnard, avec des leçons d’orgue d’Alexandre Guilmant et une formation au piano auprès de Blanche Selva et d’Isaac Albéniz; il fut d’ailleurs l’assistant de ce dernier à partir de 1900. Cette période lui permit de se lier avec des condisciples comme Albert Roussel, et également avec de grands peintres, sculpteurs et écrivains de l’époque. Ses compositions furent données à Paris, ce qu’il dut largement à l’intercession de Blanche Selva et de Ricardo Viñes. Plus tard, il retourna dans le sud de la France, demeurant soit à St Félix, soit à Céret, le creuset artistique de peintres comme Braque et Picasso au cours de la deuxième décennie du XXe siècle, ce qui lui valut d’être surnommé le «Barbizon du cubisme». C’est à Céret que Sévérac s’éteignit en 1921.

Pendant toute sa carrière, qui fut relativement brève, Sévérac souligna toujours l’importance de l’inspiration locale comme moyen de préserver une forme de musique distinctement française. Plusieurs de ses mélodies s’appuient sur des textes en catalan et en provençal, et il ne cessa jamais de s’intéresser à la région située entre Marseille et Barcelone, lui conservant sa loyauté jusqu’à la fin de ses jours. Son insistance sur le rôle capital du régionalisme—ce fut d’ailleurs le sujet de sa thèse à la Schola Cantorum, «La centralisation et les petites chapelles en musique»—était conforme aux opinions qui prévalaient à la Schola, et dans une certaine mesure avec les positions politiques d’Action française et de Charles Maurras, patriote qui militait pour une monarchie héréditaire puissante qui permettrait une vraie autonomie régionale. De Sévérac demeura fidèle à ses fervents loyalismes et intérêts locaux, mais sa sympathie pour la Schola se délita. L’attitude des jeunes compositeurs se modifia quelque peu, notamment à la suite du scandale qui éclata au Conservatoire quand Ravel se vit refuser le Prix de Rome et que Gabriel Fauré fut nommé directeur, et Sévérac avait davantage de points communs avec Debussy et Ravel qu’avec le formalisme qu’il percevait à la Schola. Il fut énormément influencé par Isaac Albéniz, et acheva Navarra, morceau que son compositeur avait laissé sur le métier à sa mort en 1909 après l’avoir retiré de sa suite Iberia sous prétexte qu’il était descaradamente populachero (d’une insolente vulgarité).

Baigneuses au soleil (Souvenir de Banyuls-sur-mer) fut écrit en 1908 et dédié à Alfred Cortot. Sévérac avait prévu de l’inclure dans sa Cerdaña, mais il finit par décider de le publier isolément. Ce morceau a rencontré un certain succès et dépeint des jeunes filles allongées au soleil et se baignant dans la mer à Banyuls. Les naïades et le faune indiscret (Danse nocturne) fut écrit la même année, mais demeura inédit jusqu’en 1952, quand il fut retrouvé par la fille du compositeur. Il illustre l’image dépeinte par le titre, des plus caractéristiques, avec une écriture de piano évocatrice typique de son pays et de son époque.

Ecrit en 1919 et publié l’année suivante, Sous les lauriers roses est décrit comme une Fantaisie, dédiée à la mémoire des professeurs du compositeur, Emmanuel Chabrier, Isaac Albéniz et Charles Bordes, et porte le titre alternatif plus explicite Soir de Carnaval sur la côte catalane. Il débute par La Banda Municipal, avec tambours inclus, et un paso doble, suivi de la Petite Valse de Carabiniers, un tempo di valse veloce. La Naïade de Banyuls fait son apparition, dans les froufrous de sa robe et une mélodie dont l’indication rappelle Satie : avec un bon mauvais goût. Vient ensuite une Quasi Sardana, précédée d’un prélude pour le fluviol, la flûte catalane. Un passage à 5/8 est dédié à Charles Bordes, suivi d’un hommage à Chabrier, le Scherzo Valse. Dans un Alla Barcarolla, «un pêcheur fait entendre au loin une réminiscence de la sardana». Le carnaval s’avance à L’ombre charmante du vieux Daquin, une espiègle fughetta de coucou faisant un clin d’oeil à ce personnage. Au loin, un piano mécanique rappelle le dernier écho de l’air «sentimental» associé à la Naïade, tandis que le morceau s’achève rapidement.

Le premier recueil de En vacances date de 1911; il est décrit dans son titre complet comme une série de petites pièces romantiques d’une difficulté modérée, chaque morceau étant dédié à un ami ou à un proche du compositeur. Il débute par un hommage approprié à Schumann, le lien avec les Kinderszenen étant manifeste. Cette pièce doucement cadencée est dédiée à l’ami du compositeur, l’organiste et chef de choeur Léon Froment. Les sept morceaux suivants sont réunis sous le titre Au Château et dans le Parc. Le premier, dédié à la nièce de Déodat de Sévérac Françoise de Bonnefoy, surnommée Césette, est Les caresses de Grand’ Maman, lento e molto espressivo. Vient ensuite Les petites voisines en visite, dédié à Christiane Synnestvedt, dite Cricri, la fille d’un cousin du compositeur, un Tempo di ronda giocosa quasi presto. Toto déguisé en Suisse d’église porte une indication de tempo parfaite pour l’officier de paroisse du titre: Lento espressivo e pomposo. Il est dédié à Gaston de Castéra, le fils de René de Castéra, ami intime et ancien camarade d’études de Sévérac. Le quatrième morceau, Mimi se déguise en ‘Marquise’, est dédié à Mimi Godebski, qui avec son frère était la dédicataire de Ma Mère l’Oye de Ravel; on l’imagine ici avec une perruque poudrée et des atours de cour, dansant au son d’un Menuet tout ce qu’il y a de plus classique. Ronde dans le Parc, dédié à Max Carrère, le fils de l’ami du compositeur Paul Carrère, est un sobre Andantino, suivi de Où l’on entend une vieille boîte à musique, la vieille boîte à musique du titre étant figurée par un bourdon, le registre aigu et des dessins caractéristiques. Ce morceau est dédié à Mimi de Rigaud, une jeune cousine. Le recueil se referme sur la Valse Romantique, dédiée à une autre jeune cousine de Sévérac, Marie de Saint-Cyr.

Le deuxième recueil de En vacances a été compilé et, dans le cas de la seconde pièce, achevé, par la formidable pianiste Blanche Selva, qui devint une figure incontournable de la Schola Cantorum sous la direction de Vincent d’Indy. Il fut publié à titre posthume en 1922. Le premier des trois morceaux, la Fontaine de Chopin, évoque l’esprit de ce compositeur, le Recitativo initial menant à une valse caractéristique. Il est dédié à l’organiste Raoul- Giral de Solancier. La Vasque aux Colombes, marqué Moderato e dolce, est dédié au poète et critique d’art Marc Lafargue, et Les Deux Mousquetaires, Canon sans danger dans le style pompier conclusif, est dédié au Dr. Camille Soula, qui devait soigner Sévérac sur son lit de mort; il s’agit d’un canon formel à l’octave, interrompu par un glissando avant le retour de l’ouverture.


Keith Anderson (Traduction française de David Ylla-Somers)
On trouvera une étude plus complète du compositeur dans l’ouvrage de Pierre Guillot Déodat de Sévérac: musicien français, Harmattan, Paris, 2010, où l’auteur du présent article a puisé certaines de ses informations


Close the window