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8.572866 - LECLAIR, J.-M.: Violin Sonatas, Op. 2, Nos. 1-5, 8 (Butterfield, Manson, Cummings)
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Jean-Marie Leclair (1697–1764)
Sonates pour violon op. 2, Second Livre, n° 1–5, 8

 

Les bontés que le public a eu pour mon premier livre me font espérer qu'il ne recevra pas moins favorablement celuy-cy, et pour mériter le bonheur de luy plaire, j'ay pris soin de composer des sonates à la portée des personnes plus ou moins habiles.

Leclair naquit à Lyon, d’un père dentellier, et bien qu’il ait été formé au métier paternel, il étudia également la danse et le violon. En acquérant ces deux dernières compétences destinées au concert, il suivait la tradition française du maître à danser, mais les années qu’il passa en Italie lui inspirèrent des pages qui donnèrent lieu à la fusion des styles français et italien, les «goûts réunis», aspiration essentielle de son époque.

En 1723, il monta à Paris, où il eut la chance de se retrouver sous l’égide de l’un des hommes les plus prospères de la ville, Joseph Bonnier; cela lui permit de publier son premier livre de sonates pour violon, qui suscita une grande admiration. Néanmoins, Leclair sentait qu’il pouvait en apprendre davantage, et Quantz nous rapporte qu’en 1726, il se trouvait à Turin pour étudier avec Somis. Par la suite, d’autres rencontres avec des virtuoses, et notamment Locatelli, eurent une profonde influence sur son évolution d’interprète et de compositeur, et on remarquera combien ses troisième (1734) et quatrième (1743) livres sont plus aventureux du point de vue de la technique, avec comme effet regrettable d’avoir presque fait oublier les deux premiers livres aux violonistes, ce qui est fort dommage car ils constituent une merveilleuse synthèse de lyrisme italien et d’élégance française.

Le second livre de sonates de Leclair fut publié en 1728, cinq ans après le premier. C’était sa première femme qui avait gravé le Livre I, mais elle était morte entre-temps, et la nouvelle graveuse fut Louise Catherine Roussel, que le compositeur épousa en 1730. Son nouveau mécène était M. Bonnier de la Mosson, fils de Joseph Bonnier, le contributeur du premier livre, lui aussi décédé depuis.

A ce qu’il semble, à l’époque de la publication, Leclair craignait que le niveau technique plus ardu de certaines de ses pages pour violon—sans doute une résultante du nouveau séjour à Turin qu’il avait fait dans l’intervalle pour étudier avec Giovanni Battista Somis—n’intimide certains de ses souscripteurs. Si le Livre I ne comportait que deux sonates susceptibles d’être jouées à la flûte, ce nouveau volume en contient cinq de ce type. Comme les doubles cordes et l’écriture en accords avaient été omises de ces morceaux, nombre des mouvements présentés étaient beaucoup moins redoutables du point de vue technique.

D’un autre côté, certaines des sonates uniquement écrites pour le violon contiennent plusieurs passages très difficiles qui relèvent grandement le niveau par rapport au Livre I. Dans son Dictionnaire des Artistes (1776), Fontenai écrivait “[Il] a déjà déployé dans le second toutes les richesses dont il étoit redevable à la pratique de la double corde”. Selon certains musicologues, le style de Leclair avait peu évolué pendant sa vie, mais il apparaît clairement qu’il s’était produit des changements importants sur le plan technique depuis le Livre I ; certains mouvements font intervenir de nombreuses doubles cordes, des placements élevés et du bariolage ainsi que de vifs coups d’archet staccato. Et du point de vue harmonique aussi, le compositeur s’était enhardi, introduisant d’étonnantes péripéties et ayant énormément recours à des sixtes augmentées et à des tierces napolitaines. L’imposante silhouette de Corelli est toujours omniprésente, mais elle est plus évasive, et la personnalité musicale de Leclair est devenue plus étoffée. Le compositeur semble être parvenu à ne pas faire fuir le public, la popularité de ce second livre auprès de ses contemporains étant dénotée par le fait qu’il eut droit à au moins trois éditions. Les prestations très applaudies de Leclair dans le cadre des Concerts spirituels à Paris à partir de 1728 contribuèrent sûrement elles aussi à faire augmenter les ventes.

Dans ce recueil, on appréciera notamment la beauté de l’invention mélodique de Leclair et l’imagination expressive de ses harmonies. Il arrive souvent, au détour d’un mouvement, qu’il surprenne l’auditeur en évitant les cadences les plus évidentes, pas tant dans l’intention de nous choquer, mais plutôt pour nous faire voyager et nous ouvrir doucement des perspectives inattendues sur des paysages et des décors surprenants. Les mouvements rapides débordent d’une énergie et d’une fougue évoquant le style italien, mais sans aucune exagération, la sensibilité française de Leclair ne se déprenant jamais de son élégance et de son raffinement innés.

Dans le Livre I, le compositeur ne spécifiait pas le ou les instruments qui devaient se charger du continuo, même si l’ambitus et le style de l’écriture donnent à penser qu’il réclamait une viole de gambe et un clavecin. Dans le Livre II, toutefois, Leclair nous donne quelques informations sur l’une des pièces ; le titre de la Sonate n° 8 est ‘Sonata à Trois, avec un Violon ou Flûte Allemande, une Viele et Clavesin’ ainsi il s’agit ici d’une sonate en trio au lieu d’une sonate soliste. Fait intéressant, sous les premières notes de la ligne de basse, Leclair écrit ‘Clavesin ou Violonchel’, et pourtant à certains moments, l’écriture devient trop grave pour la tessiture du violoncelle.

Malheureusement, le Livre II, de Leclair, à l’instar de son Livre I, a été quelque peu éclipsé par les Livres III et IV et ceci est le premier enregistrement intégral de ce recueil. Il est sans doute inévitable, lorsqu’un compositeur écrit un grand nombre de pièces dans un même genre, que les plus anciennes bénéficient de moins d’attention que les plus tardives. Nous espérons tout de même que le présent disque contribuera à encourager les violonistes (et les flûtistes) aux talents multiples à découvrir par eux-mêmes les joies que procure l’interprétation de ces merveilleuses pages.

La Sonate n° 1, en mi mineur, s’ouvre de manière assez épurée, avec une ligne de basse qui se révèle être une basse continue, forme que Leclair utilise ici pour la première fois. Le troisième mouvement est une charmante Sarabanda dans la relative majeure, et le finale est étonnant car pour une fois, une modulation vers la relative majeure à mi-parcours ne se conclut pas par un bref retour au minore mais s’achève par une douce petite reprise en mi majeur. Il est également assez insolite que cette sonate initiale puisse également être jouée à la flûte, au lieu d’être un morceau qui déploie d’emblée les progrès violonistiques accomplis par le compositeur pendant les cinq ans qui séparent le second livre du premier, mais elle illustre à quel point Leclair était désireux d’attirer aussi bien les flûtistes que les violonistes aux capacités techniques plus modestes.

La Sonate n° 2, en revanche, est une pièce tout ce qu’il y a de virtuose pour le violon. L’Adagio initial contient de nombreuses doubles cordes, l’Allegro présente des mouvements d’archet et des trilles difficiles, et le troisième mouvement contient des accords dramatiques et soutenus. Mais ensuite, le dernier mouvement en rondeau nous entraîne vers des sommets totalement inédits du point de vue technique. Le thème lui-même est presque entièrement présenté par tierces assorties de doubles trilles, et le second interlude comporte davantage de tierces et des bariolages complexes. Quant à l’interlude final, c’est un bariolage ininterrompu et la section la plus difficile de tout le recueil, même si elle est écrite de la manière la plus habile et idiomatique qui soit.

La Sonate n° 3 en ut majeur est la deuxième conçue pour la flûte. Son Adagio initial est l’un des mouvements lents dans lesquels Leclair se délecte à nous surprendre avec ses tours et détours harmoniques. On y trouve une progression qui est une copie conforme du premier mouvement de la Sonate n° 9 du Livre 1. Le Largo, dans la tonique mineure, est un Siciliano quelque peu affligé, mais la Giga finale, rappelant Corelli, conclut l’ouvrage dans une atmosphère de joyeuse légèreté.

C’est encore à Corelli que fait penser le début de la Sonate n° 4, alors que son troisième mouvement est un gracieux rondeau avec un thème par tierces qui annonce déjà le mouvement lent de son Concerto pour violon op. 7 n° 6 dans la même tonalité. Le finale est dans une veine populaire que l’on retrouve régulièrement dans le Livre 1 et qui émaille aussi souvent ce recueil.

La Sonate n° 5 est un autre morceau pour flûte, en sol majeur. Certains étaient d’avis que l’inspiration de Leclair n’était pas à son meilleur dans ces oeuvres hybrides, mais leur magnifique simplicité et subtilité contrastent merveilleusement avec les feux d’artifice rencontrés par ailleurs. Le second mouvement, de fait, présente son propre défi technique car tous les dessins de triolets y sont marqués par des staccatos sur le même coup d’archet.

Comme on l’a vu plus haut, la Sonate n° 8 en ré majeur est en réalité un trio pour violon ou flûte et viole de gambe. La gambe se voyait confier plusieurs passages de duo avec le violon dans le Livre I, mais c’est la première fois qu’elle endosse ce rôle dans une sonate complète. Les quatre mouvements présentent un alliage vraiment délicieux d’intimisme, d’exubérance, de mélancolie et d’énergie réjouie, et le dialogue entre les deux instruments confère à cette sonate une atmosphère tout à fait particulière.


© Adrian Butterfield 2013
Traduction française de David Ylla-Somers

Adrian Butterfield joue sur un violon baroque réalisé par David Rubio (d’après le ‘Rode’ de 1734 de Guarnerius del Gesù) en 1996 • Jonathan Manson joue sur une viole de gambe à 7 cordes réalisée par Curtis Bryant (d’après Colichon) en 1978 Laurence Cummings joue sur un clavecin réalisé par Andrew Garlick (d’après Goujon 1748) en 2000.


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