About this Recording
8.572886 - BERLIOZ, H.: Symphonie fantastique / Le corsaire (Lyon National Orchestra, Slatkin)
English  French 

Hector Berlioz (1803–69)
Le corsaire • Symphonie fantastique

 

Hector Berlioz naquit dans le département français de l’Isère en 1803 ; son père était médecin. Lui-même renonça à poursuivre les études de médecine imposées par son père pour devenir musicien, mais il devait demeurer à la marge de l’establishment musical parisien, sa musique semblant parfois par trop extravagante, sa personnalité pour le moins difficile, et ses activités littéraires de critique musical polémiques.

C’est en 1824 que Berlioz abandonna définitivement la médecine. Sa sinistre première visite dans une salle de dissection, décrite dans ses Mémoires, le choqua et le démotiva d’emblée quand il vit des oiseaux se disputer des restes de poumons humains, et des rats ronger des vertèbres dans un coin de la pièce. Au même moment, le monde musical de Paris lui ouvrait ses portes. Il y avait l’Opéra, et la bibliothèque du Conservatoire était accessible au public. Il put également tirer parti des leçons prises auprès de Jean-François Le Sueur, dont il allait ensuite intégrer la classe au Conservatoire, où il entra en 1826. Cette même année, Berlioz fit sa première tentative pour décrocher le Prix de Rome, qui non seulement était une récompense extrêmement prestigieuse assortie d’un séjour de deux ans à la Villa Médicis de Rome, mais présentait aussi des avantages financiers, avec l’octroi d’une bourse pendant les cinq années suivant la remise du prix. Sa première pièce de concours ne dépassa même pas l’épreuve éliminatoire. En 1727, il passa le premier tour avec un ouvrage sur le texte imposé La mort d’Orphée, mais le jury le rejeta sous prétexte que l’exécution en était impossible. En 1828, il présenta à nouveau le concours, cette fois avec la cantate Herménie, dont le thème initial est devenu célèbre puisque c’est le motif récurrent de la Symphonie fantastique. Herménie reçut le second prix. En 1829, Berlioz revint à l’assaut, cette fois à partir du texte imposé de Cléopâtre, mais à cette occasion, aucun premier prix ne fut décerné. En 1830, il y eut deux premiers prix, et Berlioz, enfin, se vit remettre le premier des deux pour sa cantate Sardanapale.

Pendant toutes ces années, Berlioz avait mené de nombreuses activités de compositeur. En 1826, il avait écrit son premier opéra, Les francs-juges, et une série de mélodies témoignait en outre de la diversité de ses goûts littéraires. En 1829, il avait achevé ses Huit scènes de Faust, destinées à devenir La damnation de Faust, reflet de son regain d’intérêt pour la pièce de Goethe. En 1827, il avait vu le Hamlet de Shakespeare pour la première fois, avec Charles Kemble dans le rôle du Prince et l’actrice irlandaise Harriet Smithson en Ophélie. Cette expérience le bouleversa, et son émoi ne connut plus de bornes quand il vit Roméo et Juliette quelques jours plus tard. Au cours de cette même saison, il eut souvent l’occasion de fréquenter la troupe anglaise itinérante, partageant l’adulation populaire dont Harriet Smithson était l’objet, et tombant éperdument amoureux d’elle.

Ecrite au printemps 1830, la Symphonie fantastique fut en partie conçue en réaction à la passion intense et non partagée de Berlioz pour Harriet Smithson. Le compositeur se détourna d’elle pour s’intéresser brièvement à la jeune pianiste Camille Moke, mais la mère de la jeune fille attendait de son gendre putatif qu’il apporte des preuves de succès matériel, de préférence dans le domaine de l’opéra. Impatienté par ces entraves parentales, le couple semble avoir envisagé une fugue, ou même l’avoir tentée. Berlioz apprit que Camille Moke avait finalement préféré se fiancer au facteur de pianos Pleyel, pendant que le compositeur se trouvait à Rome, et il envisagea une vengeance aussi terrible que foudroyante. En fin de compte, en 1833, le compositeur épousa son Ophélie, union dont le bonheur fut de courte durée : Harriet gâcha sa carrière dans l’alcool et les récriminations, et Berlioz se concentra de plus en plus sur ses affaires musicales et ses aventures extraconjugales.

La Symphonie fantastique est une oeuvre remarquable, au contenu autobiographique, et elle eut une énorme influence sur les compositeurs des jeunes générations, ouvrant enfin la voie à l’élargissement de la portée de l’expression musicale post-beethovénienne. Décrite comme un Episode de la vie d’un artiste, la symphonie est hantée par une idée fixe, fragment mélodique récurrent qui symbolise la bien-aimée, prototype du leitmotiv que Wagner allait développer de son côté. En 1830, la nature autobiographique de cette symphonie constituait une nouveauté totale. Les deux programmes que Berlioz proposa pour l’ouvrage, le premier avec l’édition de la partition complète en 1845 et le second dans une révision de 1855, diffèrent par quelques détails, l’usage de l’opium étant ajouté dans la deuxième version, à la place de la « vague des passions » à laquelle les affres de l’artiste avaient d’abord été attribués. Dans l’introduction ultérieure, Berlioz accorde moins d’importance au programme en lui-même, affirmant que les titres des mouvements devraient suffire lorsque la symphonie est exécutée en concert.

Un jeune musicien désespéré s’est empoisonné avec de l’opium et pendant son long sommeil, il fait une série de rêves et de cauchemars très intenses où sa bienaimée se rappelle sans cesse à lui. Il évoque les joies et les peines passées, avant qu’elle entre dans sa vie, puis le désespoir et la jalousie névrotiques que sa venue a provoqués en lui, avec la sérénité passagère apportée par la religion. Le deuxième mouvement se déroule pendant un bal ; dans le tourbillon de la danse, le héros entraperçoit à nouveau sa bien-aimée. En révisant la symphonie quelque temps plus tard, Berlioz ajouta un solo de cornet, qui est souvent omis de nos jours. Il dut sans doute être joué par le virtuose A.J.Arban lors du concert d’oeuvres de Liszt et de Berlioz donné à Paris en mai 1844. Vient ensuite un troisième mouvement qui demanda beaucoup de travail au compositeur. A la campagne, deux petits pâtres jouent une mélodie pour rassembler leurs bêtes, le Ranz des vaches, et le calme règne jusqu’à une nouvelle apparition de la bien-aimée, avec tous les questionnements angoissés qu’elle suscite. L’un des pâtres joue de son pipeau, mais cette fois l’autre ne répond plus, et alors que le soleil se couche, on entend le tonnerre au loin, puis le silence retombe. La Marche au supplice, écrite en l’espace d’une nuit, voit le héros rêver qu’il a assassiné sa bien-aimée et a été condamné à mort pour ce meurtre. Avec sa progression régulière, la marche contient quelques passages plus échevelés, tandis que le cortège se fraie un chemin à travers la foule. La bienaimée apparaît au moment où la hache va s’abattre. Le mouvement final est un Sabbat, déchaînement de festivités diaboliques où le leitmotiv de la bien-aimée est devenue une moquerie perçante. On entend retentir le glas et le son du Dies irae traditionnel, l’hymne du Jugement dernier de la messe de Requiem, se mêle à celui de la danse, tandis que l’ouvrage atteint sa conclusion.

L’ouverture Le corsaire, qui fut d’abord intitulée La tour de Nice puis Le corsaire rouge, fut écrite en 1844. Berlioz la composa à Nice une fois sa rupture consommée ; il résidait dans une tour surplombant la mer, se remémorant d’autres séjours niçois et se remettant du surmenage causé par les innombrables concerts donnés à Paris et par ses problèmes de couple. Le titre du morceau fait penser à Byron, même si son deuxième titre, Le corsaire rouge, est la traduction française du roman de Fenimore Cooper The Red Rover. Quelles que soient ses connotations littéraires, l’énergie déployée par cette page ne fait pas mentir son inspiration géographique.


Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers


Close the window