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8.572993 - GIRARD, A.: Cercle de la Vie (Le) / Eloge de la folie / Les Noces d'Orphee / L'Effroi de la nuit froide (Fessard, Bihan, G. Girard)
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Anthony Girard (b. 1959)
Eloge de la folie • Les Noces d’Orphée • L’Effroi de la nuit froide • Le Cercle de la vie

 

Éloge de la folie Sonate pour clarinette et piano (1995)

Eloge de la folie est un hommage aux derviches anatoliens, ces mystiques ivres de Dieu qui tournoient dans de folles extases :

Nous sommes ces amants sans peur,
raison, pensée ne sont pas nos amies.
Du vin d’amour nous sommes ivres,
jamais il ne nous étourdit.

Ebou Hamid (XIVe siècle)

Cette ivresse est traduite ici par un ostinato incessant de cinq croches au piano, sur lequel la clarinette, à la sonorité vibrante, incandescente—déploie de longues et insistantes incantations. Puis, elle reprend à son tour ces boucles incessantes qui ont vocation à faire céder tout contrôle de la pensée, tandis que le piano explore une large palette d’accords polytonals, de manière tantôt statique tantôt rythmique.

« Renonce à toute chose qui vient de la raison », comme le conseille le poète mystique Rûmî, et laisse la place à l’intuition, à l’impulsion créatrice et, en quelque sorte, à la folie !

Les Noces d’Orphée Trio pour clarinette, violoncelle et piano (2004)

Les Noces d’Orphée se présente, comme un conte musical. Mais ce conte-là, qui parle des noces d’Orphée et Eurydice, est un conte sans histoire et sans péripéties. Il est bien question de mariage et de naissances—de bien étranges enfants nommés Mystère et Vérité—mais la musique ne semble pas là pour illustrer le récit. C’est plutôt de l’inverse qu’il s’agit : le texte, poétique, énigmatique, nous prépare à l’écoute. Un prélude au rêve, en quelque sorte :

(Résumé du livret)
Il y a longtemps – et peut-être jamais – dans un lieu, un
pays dont j’ai oublié le nom, vivait un être prodigieux, un
homme du nom d’Orphée. Son chant créait le monde, il
était toujours plein d’élan, d’enthousiasme. (…)
Vivait aussi en ces temps-là une jeune femme
merveilleuse, nommée Eurydice. Elle était la grâce-même,
la légèreté, la joie, et partout où elle allait les créatures, les
choses devenaient belles. C’est ainsi, il suffisait qu’elle
passe pour que tout rayonne. (…)
Un jour – la légende le raconte – Eurydice est surprise
par un serpent. (…) Elle ne meurt pas, mais elle perd son
masque, et l’on découvre son vrai visage, son véritable
nom : Illusion. Orphée et Eurydice s’aiment intensément et
donnent naissance à un premier enfant. C’est un garçon
et son nom est Mystère.
Orphée et Eurydice organisent une noce pour célébrer
l’événement. (…)
Quelques années après, ils ont un second enfant : une fille.
Ils l’appellent Vérité. Frère et soeur, Mystère et Vérité
étaient faits pour s’entendre, pour se comprendre. Alors
qu’ils songeaient déjà à une seconde noce, plus fastueuse
encore, Eurydice dit à Orphée :
– Je ne porte plus de masque, mais toi, qui es-tu ?
Orphée répondit en riant :
– Est-ce l’illusion qui est si belle, si joyeuse en toi ? Ou la
beauté comme la joie ne sont-elles qu’illusion ?
Orphée saisit la pomme de l’Arbre de la Connaissance,
tandis que le serpent se tenait à distance. Alors le masque
d’Orphée tomba, et l’on vit son visage. Et l’on sut son
véritable nom.

L’Effroi de la nuit froide Pour clarinette seule (1988)

Il y a l’effroi de la nuit. Il y a aussi ce qui se révèle une fois la frayeur passée. L’effroi de la nuit, c’est vivre dans un monde obscur et froid, où le dialogue est devenu impossible, où notre voix se heurte au silence, à l’indifférence. La première partie de cette courte pièce associe deux motifs, l’un mélodique, d’abord bref et serré, puis peu à peu plus ample, élargi jusqu’au lyrisme (mais un lyrisme inquiet, hâtif) ; l’autre plus rythmique, en notes répétées dans le grave, relancé par des arpèges-fusées descendants, qui renouvellent régulièrement son énergie. Ces deux motifs—qui symbolisent à eux deux la montée de l’effroi – vont culminer sur une sorte de cri désespéré. Confié à la seule clarinette, ce climax ne saurait se mesurer à un paroxysme orchestral. Mais il en a cependant le désir. À l’issue de cette épreuve s’ouvre une porte. Le motif mélodique inquiet du début s’est transformé en calme cantilène, « comme un plain-chant ». Et la cellule rythmique propulsive de la première partie est à présent très calme, et suscite un climat énigmatique avec ses « slaps » mystérieux. La nuit est toujours froide. Mais il n’y a plus d’effroi.

Le Cercle de la vie Vingt-quatre préludes pour piano (2007)

Le prélude pour piano peut apparaître comme une composition en germe, une ébauche, le début de « quelque chose » qui ne se sera pas pleinement exploité, qui ne sera pas pleinement exprimé. Composer un cycle de vingtquatre préludes, c’est donc tenter de donner un sens à une succession d’instants.

Imaginons la vie comme un cercle, et la musique comme des points situés le long de ce cercle : comme un voyage autour du monde où les pôles seraient la Joie (Prélude 1) et la Tristesse (Prélude 7), et à mi-chemin l’Inquiétude (Prélude 4) et la Paix (Prélude 10); c’est sur ce modèle-là que s’articulent les douze premiers préludes. Pour les douze suivants, le principe est le même : la rotation nous conduit de la Lumière (Prélude 13) aux Ténèbres (Prélude 19); du Rêve (Prélude 16) à la Réalité (Prélude 22). Les vingt-quatre préludes décrivent ainsi une sorte de voyage intérieur circulaire, où se succèdent la totalité des états émotionnels.


© 2012 Anthony Girard


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