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8.660116-17 - BERLIOZ: Damnation de Faust (La) (The Damnation of Faust)
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Hector Berlioz (1803-1869)
La Damnation de Faust

Marguerite - Marie-Ange Todorovitch, Mezzo-soprano
Faust - Michael Myers, Tenor
Méphistophélès - Alain Vernhes, Baritone
Brander - René Schirrer, Bass

Philippe Gérard: Cor anglais (CD 2 / Track 13)
Slovak Philharmonic Choir (Chorus master: Jan Rozehnal)
Orchestre National de Lille / Région Nord-Pas de Calais

Jean-Claude Casadesus

 

Hector Berlioz naquit dans la province française de l’Isère ; son père était médecin et sa famille était assez en vue dans la région. Enfant, il fut principalement éduqué par son père, et s’enthousiasma pour divers domaines et notamment la musique. C’est ainsi qu’il se mit à composer, non pas pour le piano, instrument dont il ne jouait pas, mais pour un sextuor dont faisait partie le fils corniste de son professeur de musique, et dont luimême tenait la partie de flûte. Plus tard, il saisit l’occasion d’apprendre à jouer de la guitare. Sur les instances de son père, il entreprit de faire sa médecine, obtenant ses premières qualifications à Grenoble avant de se fixer à Paris. Trois ans plus tard, il abandonna la médecine en faveur de la musique, son enthousiasme ayant été décuplé par les opportunités que lui offraient à Paris l’Opéra et la bibliothèque du Conservatoire, où il serait amené à travailler par la suite. Il avait activement composé dans sa jeunesse, mais à Paris il eut la prudence de prendre des leçons avec Lesueur, dont il intégra la classe au Conservatoire en 1826.

En 1829, Berlioz assista pour la première fois au Hamlet de Shakespeare, avec Charles Kemble dans le rôle-titre et l’actrice irlandaise Harriet Smithson en Ophélie. Cette expérience le marqua profondément et durant cette même saison, il eut l’occasion de voir encore plus de pièces, partageant l’adulation populaire dont Harriet Smithson faisait l’objet et finissant par s’éprendre éperdument d’elle. Elle commença par l’éconduire, ce qui lui inspira sa Symphonie fantastique autobiographique. Ce n’est qu’après son retour de Rome, où il avait pu passer deux ans grâce au Prix de Rome enfin remporté, et lorsque la popularité de la jeune femme commença à décroître qu’elle consentit à devenir sa femme. Cette union ne fut guère heureuse, ni pour lui, ni pour elle.

Aux cours des années qui suivirent, Berlioz demeura en marge de l’establishment musical français. Il gagnait sa vie comme critique, tandis que ses activités de compositeur et de chef d’orchestre lui valaient plus de succès à l’étranger. A cette époque comme plus tard, il était considéré comme le type même du génie individuel, de l’artiste romantique, mené par son enthousiasme à tous les excès et se montrant paranoïaque dès qu’il était critiqué ou contredit, ainsi qu’en témoignent ses Mémoires. Après la mort de sa femme en 1854, il put épouser la cantatrice Marie Recio, avec qui il entretenait une relation depuis près de vingt ans. Elle mourut subitement en 1862, puis ce fut son fils Louis, officier de marine, en 1867, et ces deux tragédies accablèrent les dernières années de sa vie. Il s’éteignit en 1869.

C’est en 1828 que Berlioz découvrit le Faust de Goethe, qu’il lut dans une traduction française en prose de Gérard de Nerval. Il lui inspira ses ambitieuses Huit scènes de Faust, qui faisaient appel à la traduction par Gérard de Nerval de la 1ère partie du Faust de Goethe, publiée en 1827. Avec une certaine audace, il publia son ouvrage en 1829 sous le numéro d’opus 1, mais finit par le supprimer, réutilisant une bonne partie de son matériau dans sa Damnation de Faust ultérieure. Celleci fut largement ébauchée lors d’une tournée de concerts en 1845 et 1846 qui mena Berlioz à Vienne, Prague, Pest, Breslau (Wrocl/aw) et Brunswick, sur un livret pour lequel il avait d’abord fait appel à Almire Gandonnière, qui contribua aux trois premières parties du nouvel ouvrage. Toutefois, Berlioz finit par utiliser son propre texte pour la majorité de l’ouvrage. Il raconte dans ses Mémoires pas toujours fiables qu’il écrivit l’Invocation à la Nature de Faust dans une chaise de poste allemande, expliquant que d’autres parties de l’ouvrage furent écrites dans des voitures, des trains et des bateaux à vapeur, l’Introduction dans une auberge de Passau, la Scène sur les rives de l’Elbe, la Voix des roses et la Danse des Sylphes à Vienne. Quant à la Marche hongroise, avec sa transposition initiale de l’action en Hongrie qui avait offusqué certains critiques allemands, elle reprenait une marche écrite pour être exécutée à Pest, où il écrivit aussi la Danse des paysans. Il acheva sa tâche à Paris, où l’ouvrage fut créé en décembre 1846, ne suscitant qu’une indifférence décevante. Au cours d’une nouvelle tournée de concerts pendant l’année suivante, il dirigea les deux premières parties de La Damnation de Faust à Saint-Pétersbourg et pendant un séjour plus prolongé à Berlin il put présenter l’intégralité de son ouvrage.

Pour mener son projet à bien, Berlioz employa des épisodes inspirés ou tirés de la 1ère partie du Faust de Goethe, dont la 2ème partie ne fut achevée qu’en 1831, un an avant la mort de l’écrivain. Contrairement à ce que fait Goethe dans la 2ème partie de son Faust, Berlioz laisse son protagoniste finir damné, tandis que Marguerite est dûment sauvée. La 1ère partie du Faust de Goethe s’achève avec une certaine soudaineté, lorsqu’un deus ex machina, déclare Marguerite sauvée dans les derniers vers, tandis que Méphistophélès et Faust disparaissent ensemble. Berlioz apporte une conclusion musicale plus satisfaisante dans une scène finale qui dépeint Marguerite parmi les saints du paradis, après la chute de Faust en enfer. L’ensemble de l’ouvrage est marqué par le talent coutumier de Berlioz pour l’orchestration, présentant, dans sa « légende dramatique », un certain nombre d’idées qui avaient été rendues manifestes dans des oeuvres antérieures, et offrant un remarquable portrait musical de Faust, le héros romantique, rebelle de par ses aspirations, séduit par le diable et finissant par être damné.

[CD 1 / Track 1] L’Introduction à la 1ère partie de La Damnation de Faust montre Faust seul au lever du jour dans les plaines de la Hongrie. Les altos ouvrent le mouvement, dolce ed espressivo, sur un tendre 6/8. Faust chante la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps, se réjouissant de vivre loin de la lutte humaine et des multitudes. La flûte, le piccolo et les vents évoquent la ronde des paysans et la marche hongroise qui vont suivre. [1/2] La deuxième scène, la Ronde des paysans, voit le choeur célébrer la saison, tandis que Faust, les entendant, leur envie leur jeunesse et leurs plaisirs. [1/3] La troisième scène se déroule dans une autre partie de la plaine, où l’on voit s’avancer une armée, observée par Faust. [1/4] Faust quitte la scène, tandis que retentit la Marche hongroise, arrangement de la Marche Rákóczy que Berlioz avait composée pour ses concerts à Pest, bonne raison, s’il n’y en avait pas d’autre, pour permettre à Faust de se trouver en Hongrie au lieu de méditer dans son cabinet d’étude.

La 2ème partie se situe en Allemagne du nord. [1/5] La 4ème scène, introduite par les violoncelles, trouve Faust, comme au début de la tragédie de Goethe, après le prologue initial, seul dans son cabinet. Les seconds violons entrent avec le sujet fugué, suivis par une troisième entrée d’altos et de bassons, tandis que Faust déplore la tristesse de sa vie, à laquelle il est prêt à mettre fin en buvant du poison, breuvage qui illuminera ou tuera sa raison. Il porte la coupe à ses lèvres. [1/6] On entend le Chant de la Fête de Pâques, marquant la résurrection du Christ, mais déplorant le deuil de ceux qui sont restés sur terre, le choeur d’anges de Goethe, dissipant le désespoir de Faust. Le choeur s’achève par un Hosanna retenu et méditatif. [1/7] Plus doux que l’aurore, l’hymne a détourné Faust de son funeste dessein.

[1/8] Méphistophélès paraît soudain. Interrogé par Faust, il déclare être l’esprit de vie, offrant à Faust tout ce qu’il peut souhaiter, le bonheur et le plaisir. Faust le met au défi de démontrer ses dires, et Méphistophélès lui dit de renoncer au fatras de la philosophie et de le suivre. Ils s’évanouissent dans les airs.

[1/9] La 6ème scène a pour décor la cave d’Auerbach à Leipzig, où des buveurs réclament du vin. Méphisto présente la scène à Faust. [1/10] Les buveurs chantent les louanges du vin et de la boisson, qui font oublier les chagrins. Ils demandent une chanson et Brander entame son récit d’ivrogne. [1/11] Sa chanson du rat, tirée des Huit scènes de 1828, parle d’un rat empoisonné qui souffre comme s’il avait l’amour au corps. La compagnie y ajoute son Requiescat in pace, et Brander réclame une fugue tout ce qu’il y a de plus académique. Ils sont observés par Faust et Méphisto ; ce dernier annonce un déploiement de bestialité. [1/12] Les buveurs chantent une fugue sur Amen, qui mène ironiquement à une répétition plus rapide de ce mot, en accompagnement du thème de Brander. [1/13] Méphisto félicite les chanteurs pour leur fugue, leur offrant à son tour une chanson sur un sujet tout aussi touchant. Les buveurs se demandent qui est cet homme pâle et roux, mais acceptent d’écouter sa chanson. [1/14] Méphistophélès chante sa Chanson de la puce, reprise de la version de 1828, qui raconte la pittoresque histoire de la favorite royale, une puce, qui finit écrasée. [1/15] Faust en a assez de ces viles paroles et de cette brutalité, souhaitant trouver un séjour plus tranquille. Il disparaît à nouveau dans les airs avec Méphisto.

[1/16] La 7ème scène a pour décor les bosquets et les prairies du bord de l’Elbe. Méphisto montre à Faust des roses écloses dans la nuit, lui faisant un lit d’où il pourra entendre les voix des esprits. [1/17] Faust rêve d’esprits, de gnomes et de sylphes, qui chantent une douce berceuse à laquelle Méphisto joint sa voix. Ce choeur est une version révisée de la Scène de 1828. Il finit par adopter un rythme de danse plus enjoué, puis Faust rêve tendrement de Marguerite, songe envoyé par Méphisto. La musique s’efface, et Méphistophélès remercie les esprits. [1/18] On entend alors le Ballet des Sylphes, sur un tempo di valse, tandis que les sylphes se balancent autour de Faust endormi, avant de disparaître peu à peu. [1/19] Faust se réveille en sursaut, subjugué par l’image de Marguerite et obsédé par l’idée de la trouver. Méphisto lui promet de le mener jusqu’à elle, attirant son attention sur les étudiants qui passent devant la porte de la jeune fille. [1/20] Des soldats chantent qu’ils sont prêts à aimer ou à combattre dans une chanson en si bémol majeur. Les étudiants ajoutent leur propre Gaudeamus igitur en mineur et, avec les voix de Faust et de Méphistophélès, les deux chants sont réunis dans un déploiement de maestria contrapuntique.

[2/1] La 3ème partie débute avec des tambours et des trompettes sonnant la retraite. [2/2] La Scène IX se déroule dans la chambre de Marguerite. C’est le soir et Faust salue le silence et l’air pur. Il chante Marguerite, son idéal amoureux, et fait lentement les cent pas, scrutant avec une curiosité passionnée l’intérieur de la pièce, action accompagnée principalement par une longue ligne mélodique aux premiers violons. [2/3] La quiétude est brutalement rompue par les cuivres dans la Scène X. Apparaissant soudain, Méphisto dit à Faust de se cacher derrière les rideaux de soie, lui promet un bel épithalame et sort. [2/4] Dans la Scène XI, Marguerite entre, portant une lampe ; elle est troublée par le rêve où elle a vu son futur amant, un rêve annonçant une folle passion. [2/5] Tout en tressant ses cheveux, elle chante sa ballade du Roi de Thulé, tirée, comme la sérénade de Méphisto, des Huit scènes de 1828. La ballade est précédée de pizzicati des contrebasses, puis les premiers violons dessinent le contour de la mélodie de la chanteuse et son récit de ce roi d’antan, de sa précieuse coupe d’or, cadeau de sa bien-aimée sur son lit de mort, et de sa fidélité jusqu’au tombeau.

[2/6] Dans la Scène XII, Evocation, Méphistophélès invoque les esprits du feu, leur ordonnant de l’aider à corrompre Marguerite. [2/7] Les esprits, des follets, dansent leur sinistre menuet, que les piccolos mènent à une rapide conclusion. [2/8] Méphisto, imitant le mouvement d’un joueur de vielle - dont on entend le son -, s’apprête à chanter sa sérénade. [2/9] Puis il chante rapidement et le choeur des esprits se joint à lui, mais il les renvoie pour pouvoir observer les deux amoureux. [2/10] Dans la Scène XIII, le hautbois rappelle la ballade de Marguerite, audessus du dessin des altos. La jeune fille est stupéfaite de voir le soupirant dont elle a rêvé. Faust chante son amour pour elle, et tous deux unissent leurs voix pour se déclarer leur flamme. [2/11] Dans la Scène XIV, ils sont interrompus par Méphistophélès, qui leur dit de se hâter. Marguerite s’effraie à la vue de cet inconnu, mais il leur dit, sur une musique assez agitée, que les voisins les ont entendus et qu’ils ont appelé la mère de Marguerite. Faust dit au revoir à la jeune fille, tandis que Méphisto les interrompt, leur enjoignant de se séparer au plus vite. [2/12] Alertés par ce qu’ils ont entendu, les voisins arrivent. Méphistophélès sait que l’âme de Faust est à lui ; Marguerite chante son chagrin de devoir quitter Faust, qui est dévoré de passion pour elle.

[2/13] La Scène XV, une Romance largement reprise de la version de 1828, ouvre la 4ème partie de La Damnation de Faust. Marguerite souffre de l’absence de celui qu’elle aime et dont elle a tellement admiré les traits et les gestes. Elle ne quitte plus sa fenêtre, guettant la venue de Faust et languissant ses baisers. [2/14] On entend un choeur de soldats qui défilent au loin, et la chanson des étudiants. [2/15] La Scène XVI, Invocation à la Nature, présente un paysage de bois et de grottes. Faust contemple l’immensité de la création, qui seule donne trêve à son malheur et qui lui redonne la vie. Il invoque les puissances de la nature, les ouragans, les forêts profondes, les rochers et les torrents, aux sons desquels il veut désespérément unir sa voix. [2/16] Dans la Scène XVII, Récitatif et Chasse, Méphistophélès paraît, gravissant les rochers et rappelant l’attention de Faust sur l’amour. On entend les chasseurs, tandis que Méphisto apprend à Faust que Marguerite est en prison, condamnée à mort pour parricide. Sa mère a été empoisonnée par une potion soporifique que Faust avait donnée à Marguerite ; la jeune fille l’a utilisée tous les soirs pour pouvoir attendre le retour de Faust, et sa mère en est morte. Pour sauver Marguerite, Méphisto veut maintenant que Faust lui signe un papier où il fait le serment de le servir dès le lendemain. Celui-ci s’exécute et dit à Méphisto de se hâter : il leur faut rejoindre Marguerite au plus vite. Méphistophélès appelle ses deux chevaux noirs, prompts comme la pensée ; ils les enfourchent et partent au galop.

[2/17] Dans la Scène XVIII, les chevaux galopent et Faust s’inquiète pour le sort de Marguerite. Pendant cette Course à l’abîme, on entend un choeur de paysans qui, agenouillés devant une croix champêtre, chantent Sancta Maria, ora pro nobis, puis prient Sainte Marie-Madeleine et Sainte Marguerite. Les femmes et les enfants se dispersent, épouvantés, tandis que les chevaux poursuivent leur course, suivis, comme le voit Faust, par de grands oiseaux de nuit, dont il entend les cris et qui le frappent de leurs ailes. Entendant le glas des trépassés, Méphistophélès retient son cheval. Les chevaux redoublent de vitesse. Autour d’eux, Faust voit danser des squelettes, et de plus en plus terrifié et haletant, il voit frémir leurs chevaux dont les crins se hérissent de peur. Méphisto, qui éperonnait les chevaux, invoque les cohortes de l’enfer pour qu’elle sonnent leurs trompes triomphales, et un gouffre les engloutit tous les deux. [2/18] Pandaemonium, la Scène XIX, s’ouvre soudain sur les hurlements des démons et des damnés. Les princes des ténèbres saluent Méphistophélès devenu le maître éternel de l’âme de Faust, qui a librement signé son pacte. Les démons portent Méphisto en triomphe et dansent autour de lui.

[2/19] Dans l’Epilogue sur la terre, les sons de l’enfer se taisent, l’horreur a pris fin. [2/20] La Scène XX, Le Ciel, voit les esprits célestes chanter les louanges du Très Haut. [2/21] Une voix appelle Marguerite, qui monte au ciel ; elle a été égarée par l’amour, mais elle va revêtir sa beauté primitive et rejoindre les vierges divines, concluant l’ouvrage dans une atmosphère paisible et sereine.

Keith Anderson
Traduction : David Ylla-Somers


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