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GP613-14 - CRAMER, J.B.: Studio per il pianoforte / BUSONI, F.: 8 Etudes after Cramer (Deljavan, G. Luisi, Stuani)
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Johann Baptist Cramer (1771–1858)
84 Études pour piano, en quatre volumes

 

Les activités musicales de la famille Cramer s’échelonnent sur des siècles. Son membre le plus prestigieux, John Baptist Cramer, naquit à Mannheim en 1771. Son grand-père, Jakob Cramer, natif de Silésie, s’était fixé dans cette ville où il fut le percussionniste, puis le violoniste et le copiste de l’orchestre de la cour. Son fils aîné, un autre Johann Baptist, occupa des postes similaires, tout comme les fils de celui-ci Franz-Seraph et Gerhard Cramer, qui furent eux aussi percussionnistes, cette fois à Munich, où la cour de l’Electeur s’était fixée en 1788. Wilhelm Cramer, le fils aîné de Jakob Cramer, naquit à Mannheim en 1746 et devint l’élève de Johann Stamitz (le fondateur du célèbre orchestre de Mannheim), de Domenico Basconi et par la suite de Christian Cannabich, le successeur de Stamitz. Dès l’âge de dix ans, il devint violoniste au sein de l’Orchestre de la cour de Mannheim. Il ne tarda pas à se faire remarquer pour ses talents de violoniste et de compositeur, parcourant les Pays-Bas et l’Allemagne avant de séjourner plus longuement à Paris, où il avait suivi l’entourage du duc Christian IV de Pfalz-Zweibrücken, qui s’était démené pour lui permettre de quitter Mannheim. A Paris, Wilhelm Cramer épousa une cantatrice et harpiste française nommée Angélique Canavas et en 1772, il se rendit en Angleterre, obtenant davantage de congés de Mannheim. A Londres, il participa aux concerts organisés par Johann Christian Bach et Carl Friedrich Abel et s’imposa comme violoniste virtuose, chef de pupitre et compositeur, obtenant enfin d’être délivré de ses obligations à Mannheim grâce à l’intercession de la reine Charlotte d’Angleterre. Sa femme ayant été emportée par la petite vérole, il épousa Mary Maddan, une cantatrice irlandaise. A la fin de sa vie, il se produisait toujours au violon : on put encore l’entendre à Amsterdam en 1791, et il joua un rôle de premier plan dans les concerts auxquels présida Haydn au cours de ses visites en Angleterre des années 1790. Wilhelm Cramer s’éteignit en 1799.

Johann Baptist Cramer, qui allait se forger une formidable réputation de pianiste, était le fils de Wilhelm Cramer et de sa première femme, avec qui il se fixa à Londres à l’âge de trois ans. Il se produisit pour la première fois en tant qu’enfant prodige à l’âge de dix ans et trois ans plus tard, en 1784, il se joignit à Muzio Clementi, qui fut brièvement son professeur, pour interpréter une sonate à deux pianos. Cramer avait pris ses premières leçons avec son père, puis avec Johann Schroeter, dont la veuve allait tenir compagnie à Haydn pendant ses visites londoniennes des années 1790. Johann Baptist fut également formé par Carl Friedrich Abel et, pour le contrepoint, il tira parti des leçons fondées sur les écrits de Friedrich Wilhelm Marpurg et de Johann Philipp Kirnberger. En 1788, Cramer entama sa première tournée européenne, qui le mena à Paris et Berlin, tandis qu’à Londres il se faisait connaître comme l’un des plus grands pianistes de l’époque et devenait un professeur très demandé. En 1799, une nouvelle tournée européenne le mena à Vienne, où il se lia d’amitié avec Beethoven, dont il admira le talent d’improvisateur et suscita le respect pour ses dons d’interprète. Cramer retrouva Vienne de 1816 à 1818, où ce furent surtout sa sensibilité et sa magistrale manière de faire chanter le clavier qui éblouirent le public, donnant naissance à un style de jeu qui exerça une forte influence sur la jeune génération de pianistes. En 1835, il retrouva Munich et Vienne, et passa plusieurs années à Paris, avant son retour définitif à Londres en 1848 ; c’est là qu’il s’éteignit dix ans plus tard. Sa longue vie et sa longue carrière l’avaient mené de l’époque de Mozart à celle de Liszt, avec qui il joua des duos en 1841. Il avait été un compositeur prolifique, et avait également été impliqué dans l’édition musicale et la vente de pianos ; son nom continua d’ailleurs d’être lié à cette activité commerciale à Londres pendant une bonne partie du XXe siècle.

Le Studio per il pianoforte de Cramer, 84 études publiées en quatre volumes, deux en 1804 sous le numéro d’opus 30 et deux en 1810 sous le numéro d’opus 40, annonçait le Gradus ad Parnassum de Clementi, à la grande contrariété de ce dernier, et lui valut de nombreux éloges, dont ceux, prestigieux, de Beethoven puis de Schumann. Les Etudes constituaient le cinquième de la Grosse praktische Pianoforte Schule (1815) de Cramer ; Beethoven les prescrivit à son infortuné neveu Carl, et elles firent parti du régime pédagogique de Friedrich Wieck pour sa fille Clara, qui donna ensuite ces mêmes oeuvres à travailler à ses élèves, tandis que son époux, Robert Schumann, déclarait qu’elles éduquaient à la fois les mains et l’esprit. Des éditions ultérieures furent publiées par des pianistes de premier plan, y compris le gendre de Liszt, Hans von Bülow. Le pianiste et compositeur Ferruccio Busoni produisit sa propre édition de soixante Etudes et fit de ses propres versions de huit d’entre elles la quatrième partie de sa Klavierübung, compilée entre 1918 et 1922. Il incorpora les huit Etudes à sa Klavierübung finale en dix volumes, élaborée entre 1923 et 1924. Ces adaptations par Busoni d’Etudes de Cramer parurent pour la première fois en 1897 sous le titre 8 Etudes de piano par J.B. Cramer choisies des 16 nouvelles études op. 81 – autrement dit sélectionnés parmi les Etudes nos. 85–100 tardives de Cramer, ajoutées à la série précédente en 1835 pour constituer un recueil de cent études, et ce trois ans après la mort de Clementi, dont le Gradus ad Parnassum comportait cent pièces. Busoni dédia ses huit Etudes d’après Cramer à Carl Lütschg, un ancien élève de Moscheles, qui était professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Quatre des études choisies par Busoni traitent de problèmes de jeu legato, et les quatre autres sont consacrées au staccato.

Les Etudes de Cramer concernent souvent des questions de toucher, et en particulier le moyen d’obtenir des sonorités chantantes : bon nombre d’entre elles portent l’indication legato. Parallèlement, les pièces brèves ont un réel intérêt musical, car elles ne sont pas de simples exercices et présentent un matériau varié susceptible de retenir l’attention d’un interprète ou d’un public, avec parfois des échos de Jean-Sébastien Bach ou des réminiscences de Domenico Scarlatti. Il est assez facile de comprendre l’attrait qu’elles exercèrent sur Beethoven et Schumann. Dans son introduction à l’édition de 1835 de ses Etudes, Cramer déplore l’incapacité du piano de permettre des notes tenues, sauf si l’on joue legato, et poursuit en recommandant l’étude des fugues de Bach. Tout en étant d’une évidente utilité aux pianistes, les Etudes sont aussi des morceaux de musique attrayants pour les auditeurs.


Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers


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