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NBD0006 - BERLIOZ, H.: Benvenuto Cellini (Salzburg Festival, 2007) (Blu-ray, HD)
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Hector Berlioz
Benvenuto Cellini

 

Benvenuto Cellini est l’une des plus séduisantes compositions de Berlioz. Ecrite entre Harold en Italie et le Requiem, c’est l’oeuvre d’un jeune homme, et elle est imprégnée de l’atmosphère italienne à laquelle Berlioz fut si sensible durant son séjour à Rome en 1831–32, en tant que lauréat du prestigieux Prix de Rome, même si par ailleurs il affirmait détester la musique et les musiciens italiens. De vives mélodies, l’éclat des trompettes, les guitares, les harpes et les instruments à vent créent une ambiance particulière dont on ne retrouve l’équivalent dans aucune autre page de Berlioz.

Si Benvenuto Cellini fut le premier opéra entièrement achevé par Berlioz, il constituait en fait la troisième étape de la relation d’amour-haine qu’il entretint avec l’Opéra de Paris. A seulement 23 ans, il s’était attelé à la composition d’un opéra intitulé Les Francs-Juges, mais son livret, écrit par un ami, fut refusé par l’Opéra en 1829; on a néanmoins conservé l’ouverture de l’ouvrage. A la même époque, Berlioz était obnubilé par le Faust de Goethe, dont la première partie venait d’être traduite en français par Gérard de Nerval, et il envisageait d’écrire un ballet sur ce sujet pour l’Opéra, mais une fois encore, le projet ne se concrétisa pas. La musique que Berlioz avait composée pour ce ballet fut néanmoins éditée sous le titre Huit Scènes de Faust en 1829.

En 1833, Berlioz parvint à épouser l’actrice irlandaise Harriet Smithson, dont il s’était follement épris, et l’année suivante vit la naissance de leur fils Louis. Afin de subvenir aux besoins de sa famille, Berlioz se consacrait principalement au journalisme. Ses chances de succès à l’Opéra s’accrurent cette même année quand la direction du théâtre fut reprise par la famille Bertin: Armand Bertin était un ami de Berlioz, et le compositeur apporta à son tour son soutien à sa fille, Louise Bertin, pour produire son opéra Esmeralda à l’Opéra en 1836. Sachant pouvoir compter sur des amis dans la place, Berlioz eut l’idée d’écrire un opéra-comique inspiré d’épisodes de la vie de l’artiste de la Renaissance Benvenuto Cellini. Il passa commande d’un livret à Léon de Wailly et Auguste Barbier, qui fut ensuite révisé par Alfred de Vigny. Berlioz emprunta 2000 francs à son ami Legouvé pour avoir le loisir nécessaire à la composition, et l’ouvrage fut achevé fin 1836. Comme d’autres opéras attendaient d’être donnés par le théâtre, sa création finit par être programmée pour le 10 septembre 1838.

Les répétitions furent une véritable torture pour Berlioz: à cette époque, les compositeurs n’étaient pas autorisés à diriger leurs propres oeuvres dans les théâtres français, et Habeneck, le directeur musical de l’Opéra, n’avait manifestement aucune affinité avec le nouvel opéra. Dans une lettre à Legouvé, Berlioz se plaignait des millions de fausses notes, des mauvais tempi et surtout des erreurs de rythmes qui l’irritaient à le rendre malade. Lorsque l’opéra fut enfin donné, cette création ne fut pas un succès, à l’exception de l’ouverture. Berlioz apporta quelques petites révisions, et les deuxième et troisième représentations se déroulèrent ‘à merveille’, ainsi qu’il l’écrivit à son père. Duprez, le premier ténor, abandonna alors le rôle-titre, et on dut en engager un autre, Dupont. L’opéra fut repris en janvier 1839, mais cette fois dans le cadre d’une double programmation avec un ballet de la danseuse Fanny Elssler. Ce dernier eut si peu de succès qu’il porta préjudice à Benvenuto Cellini, qui ne fut plus représenté, et jusqu’à la fin de sa vie, les portes de l’Opéra ne se rouvrirent plus jamais pour Berlioz.

Douze ans plus tard, Liszt, qui avait été très proche de Berlioz à Paris et était désormais chef d’orchestre à Weimar, décida de monter Benvenuto Cellini. Berlioz en fut ravi, écrivant à Liszt qu’après avoir attentivement examiné sa partition, il était persuadé de ne plus jamais trouver autant de verve, d’impétuosité ‘cellinienne’ et d’idées si variées. Mais il se méfiait des chanteurs et des problèmes pouvant survenir dans un théâtre lyrique. Ses inquiétudes étaient justifiées: la création à Weimar, fixée au 16 février 1852, dut être reportée, le premier ténor et plusieurs de ses confrères ayant prétendu que cette musique allait leur détruire la voix. Liszt finit par surmonter cette fronde et Benvenuto Cellini fut donné en mars de cette même année. Berlioz se trouvait alors à Londres et ne put découvrir cette production qu’en novembre; elle lui plut énormément. De fait, ce fut la seule occasion, de son vivant, où son opéra rencontra quelque succès.

L’année suivante, 1853, Berlioz entendit dire que le Covent Garden de Londres souhaitait monter Benvenuto Cellini ‘immédiatement, à toute allure et sans souffler’. L’opéra fut représenté en juin, avec le compositeur au pupitre. Dans une lettre à Liszt, il décrivit la seule et unique représentation: ‘Une cabale d’Italiens déterminés, enragés et virulents, avait été organisée pour mettre fin aux représentations de Cellini. Ces curieux personnages, avec l’aide de quelques Français venus de Paris, ont hué toutes les scènes, de la première à la dernière…La présence de la reine et de la famille royale de Hanovre, qui étaient présents, les applaudissements de la vaste majorité du public, rien n’a pu les arrêter. Ils allaient recommencer lors des représentations suivantes, alors j’ai retiré mon ouvrage de l’affiche dès le lendemain.’

Le livret de Benvenuto Cellini eut une genèse compliquée. Berlioz avait raison de décrire son ouvrage comme un ‘opéra-comique’. Le livret original avait été proposé et rejeté par l’Opéra-Comique en 1834, et l’ouvrage consistait donc au départ en plusieurs numéros musicaux émaillés de dialogues parlés. Comme il devait être produit à l’Opéra, il fallut composer des récitatifs, ou dialogues chantés, et c’est sous cette forme qu’il fut donné à l’Opéra de Paris et à Weimar. En termes de structure, l’opéra fut d’abord divisé en deux actes, avec quatre scènes au total. Sur la suggestion de Liszt en novembre 1852, Berlioz sépara les deux premières scènes en deux actes distincts et incorpora les deux dernières en un seul acte. C’est cette version qu’il dirigea à Londres en 1853, et qui fut publiée par Litolff de Brunswick en 1856. Mais à la suite d’une proposition ultérieure pour monter l’ouvrage au Théâtre-Lyrique de Paris—qui ne déboucha sur rien de concret—, Choudens de Paris publia une autre partition chant-piano avec des répliques parlées fournies par Berlioz à la place des récitatifs chantés.

L’intrigue de l’opéra traite des efforts de Cellini pour épouser Teresa, la fille du trésorier du Pape Balducci; toutefois, ce dernier préfère donner la main de Teresa au rival de Cellini, le lâche Fieramosca. Lorsque Cellini tente d’enlever Teresa à la faveur du Carnaval, un combat s’ensuit au cours duquel Cellini tue l’assassin engagé par Fieramosca. Cellini disparaît, puis revient caché dans une procession de moines; il est alors arrêté, et le pape lui offre son pardon à condition qu’il achève au plus vite la statue de Persée qui lui avait été commandée.
David Patmore

 

Argument

1. Générique

2. Ouverture

Acte I

Scène 1: Rome. Une pièce de la maison de Balducci, Lundi Gras.

3. Teresa regarde par la fenêtre les festivités du Carnaval, malgré l’interdiction formelle de son père, Giacomo Balducci, le trésorier du Pape. Celui-ci la surprend et ne cache pas son mécontentement, d’autant plus que Sa Sainteté l’a convoqué à une heure tardive, une fois encore au sujet du sculpteur florentin Benvenuto Cellini, dont Balducci ne supporte pas la paresse et la dépravation. Pourtant, c’est à Cellini que le Saint-Père a commandé une statue, et non à Fieramosca, l’employé papal que Balducci aimerait donner pour époux à Teresa.

4. A peine Balducci est-il sorti de chez lui que Cellini et ses amis, masqués, approchent de la maison. Le coeur de Teresa s’affole, car il y a longtemps qu’elle et Cellini s’aiment. Revenant inopinément, Balducci se fâche de voir l’agitation qui règne devant chez lui. La foule lui lance des dragées blanches qui salissent ses vêtements, tandis que Teresa reçoit des poignées de fleurs. Fou de rage, Balducci chasse les fêtards et finit par partir à son rendez-vous avec le Pape.

5. Parmi les fleurs, Teresa découvre une lettre de Cellini lui annonçant sa venue. Elle est d’abord horrifiée par son audace, mais la perspective de le voir est trop tentante et le moment est propice. Toute songeuse, elle attend son amoureux.

6. Celui-ci sait que Balducci veut marier Teresa à Fieramosca et il est bien décidé à l’enlever le soir suivant en profitant de l’effervescence de la fête du Carnaval. Sans être remarqué de Cellini et Teresa, Fieramosca s’est approché pour rendre une visite de courtoisie à Teresa. Il est indigné d’entendre tout le mal qui se dit de lui.

7. Cellini explique son plan à Teresa: son assistant Ascanio et lui revêtiront des habits de moine blanc et de capucin brun afin que Teresa puisse les reconnaître facilement. Ils se retrouveront Place Colonne, où tout le monde viendra assister à la dernière pièce de la troupe de Cassandro; de là, Cellini et Teresa prendront la fuite.

8. Fieramosca s’efforce de surprendre ce qu’ils trament, puis Balducci revient. Aidé par Teresa, Cellini parvient à s’enfuir tandis que Fieramosca, qui avait été forcé de se cacher dans la chambre de Teresa, est découvert par Balducci, outré que Fieramosca ait osé venir voir sa fille en pleine nuit.

9. Balducci ameute les voisins, qui se montrent ravis de bâtonner Fieramosca.

Scène 2: Mardi Gras: une taverne.

10. Des maîtres ciseleurs assoiffés se sont assemblés devant la taverne. Ils chantent avec emphase les louanges de leur art.

11. Ils redemandent du vin, mais le cabaretier leur présente leur facture, déjà très salée.

12. Ascanio, l’assistant de Cellini, arrive à point nommé avec l’avance du Pape pour la statue, mais cette somme est si insignifiante qu’elle couvre à peine la facture du cabaretier. Les ouvriers se fâchent, Cellini encore plus que les autres, et ils résolvent de se venger de ce pingre de Balducci en le ridiculisant le soir même sur la scène du théâtre de Cassandro.

13. Fieramosca, qui a tout entendu, s’indigne de ce nouveau complot contre Balducci. Son ami Pompeo, à qui il a confié le projet d’enlèvement de Teresa par Cellini, propose une solution: Fieramosca et lui porteront les mêmes déguisements de moine et feront échouer la ruse de Cellini.

14. Enthousiaste, Fieramosca se voit déjà remporter en vainqueur irrésistible les faveurs de Teresa.

Scène 3: Le Carnaval sur la Place Colonne.

15. Le soir venu, le peuple de Rome se presse pour assister à la pièce de Cassandro. Balducci arrive en compagnie de Teresa, que sa conscience tenaille à cause du projet d’enlèvement. Cellini et Ascanio, déguisés en moines, se mêlent à la foule de noceurs qui attendent avec impatience de voir jouer Cassandro.

16. La pièce commence: la foule réclame le silence.

17. La pièce traite d’un concours de chant disputé par Harlequin et Pierrot. Une virulente caricature de Balducci entre en scène dans le rôle du juge qui finit par donner de l’or à Pierrot pour prix de son manque de talent alors que le poétique Harlequin ne reçoit qu’une petite pièce.

18. Ridiculisé en place publique, Balducci se précipite sur scène, fou de rage. Cellini et Ascanio veulent mettre la confusion générale à profit pour s’enfuir avec Teresa, mais c’est alors que Fieramosca et Pompeo apparaissent dans les mêmes déguisements. Confrontée à quatre moines, Teresa est désemparée. Un combat s’engage entre les rivaux, et Cellini tue Pompeo.

19. La foule horrifiée essaie d’appréhender l’assassin, mais des coups de canon tirés du Château Saint-Ange signalent la fin du Carnaval. On souffle les chandelles et Cellini arrive à s’échapper de justesse. Pris par erreur pour le coupable, Fieramosca manque se faire lyncher. Ascanio entraîne Teresa en sûreté, laissant Balducci chercher en vain sa fille.

Acte II

Scène 1: Mercredi des Cendres: l’atelier de Cellini.

20. Teresa a fui avec Ascanio jusqu’à l’atelier de Cellini. Elle tremble pour la vie de celui qu’elle aime. Au point du jour, des moines en prière passent en chantant. Cellini, qui s’était mêlé à eux, quitte la procession et entre dans l’atelier. Il est parvenu à s’échapper mais insiste à présent pour que Teresa et lui se réfugient à Florence.

21. Tandis qu’Ascanio part en quête d’une monture, Cellini et Teresa se renouvellent leurs serments d’amour.

22. Mais Balducci, persuadé de trouver Teresa avec Cellini, s’est rué jusqu’à l’atelier; il surgit et coupe court aux projets d’avenir des deux amoureux, exigeant que Cellini lui rende sa fille afin de lui faire épouser Fieramosca.

23. Leur altercation est interrompue par l’arrivée du Pape, qui donne à tous sa bénédiction. Lorsque Balducci et Fieramosca accusent Cellini de meurtre et d’enlèvement, le Pape garde d’abord son calme, mais quand il découvre que Cellini n’a pas encore terminé sa statue, il s’indigne et le menace de passer la commande à un autre sculpteur.

24. A ces mots, Cellini se fâche et manifeste son intention de détruire son modèle. Obligé de céder, le Saint-Père accorde sa grâce à Cellini jusqu’au soir, comptant bien assister à la fonte de la statue. Si l’ouvrage est achevé à temps, il promet d’accorder tout ce qu’il veut à Cellini: il sera acquitté du meurtre de Pompeo et pourra épouser Teresa. En revanche, si Cellini ne termine pas la statue dans les délais impartis, il sera aussitôt pendu.

Scène 2: Le Colisée.

25. Ascanio s’efforce désespérément de prendre les choses du bon côté: après tout, la manière dont Cellini a poussé le Saint-Père dans ses retranchements était très drôle.

26. Mais Cellini est bien conscient de la gravité de sa situation. Il échangerait bien volontiers sa place avec celle d’un simple berger.

27. Bernardino et Francesco, deux compagnons ciseleurs, retournent au travail après une nuit de beuverie; on entend une triste chanson que chantent les fondeurs, et les deux compagnons y décèlent un mauvais présage.

28. Cellini les presse avec impatience, mais à cet instant, Ascanio fait irruption dans l’atelier, annonçant l’arrivée de Fieramosca, suivi de gardes en armes. Voulant laver l’affront qu’il a subi, il provoque Cellini en duel près d’un monastère voisin. Bien qu’il soit terriblement pressé par le temps, Cellini relève le défi. Teresa, qui s’est échappée de chez elle et est disposée à s’enfuir avec Cellini, tente en vain de le retenir. Restée seule, elle entend à son tour les chansons des ouvriers épuisés.

29. Ceux-ci se sentent exploités par Cellini et ont l’intention d’abandonner leur poste. Teresa les conjure de ne pas trahir leur maître en ce moment crucial.

30. Fieramosca fait une entrée inattendue dans l’atelier; puisqu’il est là, il a forcément tué Cellini lors de leur duel. Ascanio et Teresa incitent les ouvriers à venger le meurtre de Cellini. Ceux-ci se jettent sur Fieramosca et trouvent de l’or dans ses poches: il voulait les soudoyer pour leur faire arrêter le travail. Furieux, et se rappelant leur loyauté envers leur maître, ils s’apprêtent à jeter Fieramosca dans la chaudière, mais Cellini reparaît in extremis. Il a attendu en vain la venue de Fieramosca au monastère. En découvrant que le défi n’était qu’une diversion pour empêcher les ouvriers de fondre la statue, Cellini donne à choisir à Fieramosca entre finir dans la chaudière ou lui apporter son aide. Fieramosca prend place parmi la troupe des ouvriers.

31. Le Pape arrive. Il a auprès de lui Balducci, qui tente aussitôt de reprendre possession de Teresa. Le Saint-Père lui fait entendre raison; la seule chose qui l’intéresse à présent est la fonte de la statue.

Scène 3: La chaudière

32. Les ouvriers, parmi lesquels Balducci, s’étonnent de voir Fieramosca, alimentent la chaudière avec entrain, mais juste au moment de procéder à la fonte, ils se retrouvent à court de métal. Balducci ne peut retenir ses railleries. Avec l’inspiration du désespoir Cellini décide de sacrifier toutes ses oeuvres précédentes.

33. La fonte est un succès, et en sautant, le couvercle de la chaudière révèle la statue. Les ouvriers se réjouissent. Cellini a tout gagné: l’absolution papale, le renom artistique et la main de sa bien-aimée Teresa. Balducci cède sa fille à Cellini, affirmant avoir toujours cru en lui.

34. Saluts et générique de fin.

 

Traductions de David Ylla-Somers


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