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Christine Labroche
ConcertoNet.com, November 2012

Le Grand Macabre de Ligeti a connu en 2009 une réalisation scénique hors pair imaginée par La Fura dels Baus et filmée ici en direct au Grand Théâtre du Liceu en 2011, sous la direction de l’excellent vidéaste catalan Xave Bové, spécialiste de l’opéra et de la scène. Il n’existe certainement pas de meilleure façon d’aborder l’œuvre pour une première fois ou de la retrouver ainsi renouvelée en ce début de siècle grâce à une dramaturgie et une scénographie visionnaires toujours en phase avec l’esprit et la pensée de Ligeti et au diapason de sa musique.

La magie de la scène vient de l’élément de décor central qui n’est autre qu’une gigantesque statue de femme rampant, à terre, son expression traduisant un profond désarroi. Elle est le lieu scénique en soi – la scène tournante, le praticable, les coulisses, les portes ouvertes ou fermées sur les entrailles d’un monde infernal. La créature d’Alfons Flores vit par les jeux irisés d’ombre et de lumière conçus par Peter Van Praet qui l’illuminent et par les projections d’images qui animent son corps, celles-ci de véritables œuvres d’art poétiques ou apocalyptiques de Franc Aleu, projetées également, selon les besoins dramatiques, sur un écran translucide à l’avant-scène. La dramaturgie expressionniste de La Fura dels Baus et les costumes hallucinatoires de Lluc Castells transforment ce lieu, ce Breughelland, en un tableau fantasque, mouvant, instable, dérangeant et juste, proche de l’esprit d’un Goya ou d’un Ribera mais plus proche encore du Combat de Carnaval et de Carême, du Triomphe de la Mort ou de La Chute des anges rebelles de Pieter Brueghel l’Ancien... lié à Bruxelles comme Michel de Ghelderode, dont est inspiré le livret, et comme le Théâtre Royal de la Monnaie, co-producteur de cette entreprise avec le Gran Teatre del Liceu, l’Opéra di Roma et l’ENO de Londres (voir ici).

Sans la qualité des interprètes, la création visuelle, pour spectaculaire qu’elle soit, eût été vaine. Les voix bien projetées sont belles, le juste équilibre de timbres entre les différents rôles est obtenu au-delà des simples registres. Tous passent avec beaucoup de naturel du chant à la parole, leur grande souplesse vocale permettant d’atteindre l’extrême des tessitures et des intonations de jeu proches par moments du cirque ou du grand guignol. La mise en scène exige d’eux un jeu d’acteur et une souplesse corporelle dignes du meilleur théâtre. Les mouvements sinueux d’Amando et d’Amanda fascinent grâce au duo fusionnel aux voix ensorceleuses créé par Inès Moraleda et Ana Puche. Barbara Hannigan, éblouissante, déploie ses dons de gymnaste aussi bien en devenant une frétillante Vénus évoluant dans les airs qu’un Gepopo de revue, agile et élastique, sa fine voix claire s’adaptant aux deux rôles. Peut-être moins convaincante, Ning Liang campe une Mescalina ambiguë un peu gauche, sa voix plus cassante qu’autoritaire. La raison en est peut-être une petite faiblesse de direction d’acteur car Frode Olsen, son époux Astradamors – basse qui décroche un instant en une délirante haute-contre – convainc davantage en tandem avec Chris Merritt, ténor lyrique et acteur digne d’un Falstaff de Shakespeare. Werner van Mechelen a toute l’autorité nécessaire pour le sinistre Nekrotzar aux menaces apocalyptiques, sa pose de Camarde se dissolvant in fine en pantin fantoche. Francisco Vas et l’excellent Simon Butteriss forment un autre troublant duo de charme décalé à la parole facile, les Ministres Blanc et Noir. D’un ridicule désarmant, petit poupin grossi par son costume volontairement étriqué, le contre-ténor Brian Asawa devient leur convaincant Prince Go-Go, sa voix ronde d’une puissance digne d’un clin d’œil au bel canto et son jeu parfait.

L’instrumentation invite à la démesure sur scène: l’orchestre, grand, inclut trois harmonicas, une mandoline, un clavier électronique et un orgue électrique, et la percussion généreuse un choral de klaxons et de banales sonnettes incongrues. L’efficacité de la direction de Michael Boder, assisté du chef de chœur José Luis Basso,, serait difficilement mise en doute. Au-delà du renforcement dramatique de citations et de fausses citations de toute époque, allusion à l’opéra à travers les temps à la manière des «objets trouvés» du néo-dadaïsme et du pop art des années 1970, le chœur et l’orchestre révèlent avec une précision fidèle la force du Ligeti des Aventures et nouvelles aventures alliée à la poésie surréelle de son style micro-polyphonique et aux traits hardis qui soulignent un sarcasme féroce.

Opéra de tous les excès, théâtre de l’absurde, spectacle d’une outrance débridée, l’œuvre n’en est pas moins une réflexion profonde sur le pouvoir, sur la vie et la mort et sur la vanité de la condition humaine. La Fura dels Baus le fait parfaitement comprendre. Bravo. © 2012 ConcertoNet.com






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