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Simon Corley
ConcertoNet.com, December 2012

2012 marque le cent cinquantième anniversaire de la naissance d’un grand compositeur français, Maurice Emmanuel. Toujours demeuré dans l’ombre, il n’a décidément pas de chance, puisqu’il a vu le jour trois mois avant Debussy (et lui a survécu un peu plus de 20 ans), de telle sorte que l’hommage rendu cette année à l’auteur de Pelléas, dont il fit une analyse demeurée célèbre, l’a une fois de plus complètement éclipsé. Heureusement, Timpani n’a pas attendu cette occasion pour s’intéresser à son œuvre: après ses Mélodies, puis sa musique de chambre et sa musique symphonique, voici maintenant ses six Sonatines pour piano, dont les intégrales au disque ne sont pas si nombreuses—Marie-Catherine Girod (Accord) et Peter Jacobs (Continuum).

Edifié en plus de trois décennies, ce fascinant corpus, qui, comme le rappelle Harry Halbreich dans la notice (en français et en anglais), constitue sa seule production pour le piano, est donc tout à fait représentatif de la vie et de la carrière d’une personnalité musicale hors norme, surtout pour son époque, tant par sa connaissance des modes populaires, médiévaux, grecs ou hindous et par sa volonté de faire évoluer au-delà de ses us et coutumes du conservatoire de Paris où il enseignait que par l’importance accordée à la danse et au mouvement, qu’il considérait comme sources premières de la musique, et par ses qualités de pédagogue—J. Alain, Duruflé, Messiaen et Dutilleux comptent au nombre de ses élèves.

Tout cela, le film La Rumeur du monde d’Anne Bramard-Blagny et Julia Blagny le fait apparaître avec simplicité, en cinq chapitres où interviennent Anne Eichner-Emmanuel, qui, pour faire l’éloge de son grand-père, n’avait cependant pas besoin d’estimer que sa prédilection pour la modalité lui avait évité d’écrire une musique «conceptuelle et abstraite» comme Schönberg et son école, le violoniste Alexis Galpérine, qui interprète en outre la Suite sur des airs populaires grecs (précédemment publiée chez Timpani), Dutilleux, le pianiste Laurent Martin et le chef d’orchestre Dominique Rouits, dont deux des élèves à l’Ecole normale de musique de Paris dirigent la Sarabande de la Suite française à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Massy. Et, bien sûr, ce documentaire est également ponctué par le piano de Laurent Wagschal, qui donne l’intégralité de la Première Sonatine ainsi que des extraits des Quatrième et Cinquième, comme autant de «bonnes feuilles» ou de «tirés à part» de son disque.

Cet enregistrement apporte un témoignage important en faveur de l’art de Maurice Emmanuel, dont la science, contrairement par exemple à un Gedalge, ne dessèche pas la veine créatrice et qui, en véritable indépendant, sut s’affranchir avec une réjouissante liberté des grands courants musicaux de son temps. Ainsi de la Première Sonatine «Bourguignonne» (1893), dont le pianiste n’élude pas le caractère parfois rustique, mais qui, dans une démarche qui sera celle de Bartók, se fonde sur un patrimoine musical (carillons de Beaune et Dijon, branle et ronde) plus âpre que celui que quelques autres commençaient alors à remettre à l’honneur, comme d’Indy ou Canteloube, ou de la Quatrième «En divers modes hindous» (1920), dédiée à Busoni (qui a lui aussi laissé six importantes Sonatines), dont la subtilité harmonique va bien au-delà des facilités en vogue de l’impressionnisme.

Adepte de la concision, Emmanuel n’a pas la démesure de son élève Messiaen—aucun mouvement ne dépasse 4 minutes—et son caractère, par delà les influences extérieures, demeure essentiellement français. L’érudition ne réfrène en effet ni la grâce, ni l’humour, comme dans la Deuxième Sonatine «Pastorale» (1897): chacun de ses trois mouvements s’inspire des oiseaux de la symphonie du même nom de Beethoven (citation à l’appui, tendre et révérencieuse, dans «Le Rossignol»), non pas pour un «catalogue» à la Messiaen, mais plutôt pour une délicate peinture héritée des clavecinistes des XVIIe et XVIIIe. La référence est encore plus explicite dans la Cinquième «Alla francese» (1925), dédiée à Robert Casadesus: quatre de ses six mouvements furent ensuite orchestrés et intégrés dans la Suite française, mais la proximité avec Le Tombeau de Couperin de Ravel—dont quatre des pièces furent également orchestrées après coup—saisit au-delà de cette ressemblance factuelle, car ni l’un ni l’autre ne cèdent aux sirènes du néoclassicisme—chacun à sa manière, bien évidemment, et si Emmanuel fait ici penser à quelqu’un, c’est davantage à Roussel.

Les deux sonatines ne portant pas de sous-titre ne doivent pas pour autant être négligées: par son langage nettement plus avancé, la Troisième (1920) marque une nette rupture avec les deux précédentes, bien qu’éditée en même temps (les trois étant dédiées à Isidore Philipp), et frappe par la splendeur de son Andante tranquillo central, tandis que la brévissime Sixième (1925), dédiée à Yvonne Lefébure, est exemplaire tour à tour de fluidité, de hauteur de vue et d’entrain, comme un parfait résumé de l’art de Maurice Emmanuel, admirablement servi par la virtuosité, le toucher et la musicalité de Laurent Wagschal. © 2012 ConcertoNet.com






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4:02:14 AM, 1 August 2014
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