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Philippe Banel
Tutti magazine

Les documentaires dédiés aux voix de basse ne sont pas légion et cet Art de la basse (The Art of the Bass) consacré au chanteur italien Carlo Colombara possède des qualités artistiques telles qu’on peut même parler de film de création au destin singulier. En effet, avant d’être édité par le label Naxos en 2011, il l’était par notre confrère de la presse écrite espagnole Ópera Actual en co-production avec Ópéra & Flamenco Productions et l’artiste. Un projet espagnol qui intéressa Naxos ensuite en raison de la rareté des DVD consacrés aux basses quand ténors et sopranos sont plus présents aux divers catalogues de vidéo classique.

Plusieurs lieux typiques de Séville ont accueilli le tournage des dix extraits d’opéras choisis pour représenter au mieux le vaste répertoire du chanteur. Le réalisateur Óscar Martos est particulièrement sensibilisé au genre puisqu’il est lui-même baryton et connaît la scène en tant qu’interprète. Mais ce film est son premier projet cinématographique et l’on sent tout le potentiel visuel de ce créateur dès les premiers plans. Un univers assez baroque qui trouve en l’église Saint-Louis-des-Français, très utilisée pour le tournage, un décor propice au développement d’une puissante imagerie. Le film débute sur quelques zapateados et frappes de mains filmés sur fond noir de jais. On retrouvera à plusieurs reprises cette incursion réussie du Flamenco dans l’opéra. Quoi qu’il en soit, la direction est donnée sur la façon d’envisager ce voyage au cœur du répertoire d’une voix en pleine possession de ses moyens. Elle sera théâtrale, esthétique, baroque, surprenante et souvent inspirée. Le montage serré et dynamique, mais toujours lisible et musical, sera une autre caractéristique de cette réalisation. Autant dire que nous nous situons ici bien loin de ce qui a pu être fait jusqu’alors car la démarche esthétique se conjugue à une vraie profondeur apportée en premier lieu par Carlo Colombara dont la présence se fond avec une intensité exemplaire dans chacun des personnages incarnés.

Carmen et “Votre toast”, précédé par la mise en condition du torero, fait l’effet d’un Escamillo qui se prépare à affronter les neuf rôles qui suivront au long du film. Dès ce premier air, il apparaît clairement que Carlo Colombara accorde une grande importance aux mots. L’accentuation du français est expressive, quitte à dévier avec une grande maîtrise du chant proprement dit pour ajouter de la force au verbe. Entouré de danseuses espagnoles dont la chorégraphie épouse sans problème la musique de Bizet, le chanteur semble toutefois un peu engoncé dans ses mouvements et l’aisance des danseuses ne fait que renforcer cette impression.

Don Carlo (“Ella giammai m’amò”)* change la donne de façon spectaculaire. En Philippe II, Carlo Colombara habite littéralement la splendide introduction orchestrale de Verdi. Les cadrages soutiennent son jeu et l’église lui offre un écrin superbe. On sent la longue pratique de la scène dans cette intériorisation théâtrale. L’Orchestre Tchaikovsky de Prague sous la direction de György G. Ráth est parfait pour accompagner la voix qui épouse l’écriture avec naturel en veillant toujours à nourrir chaque mot d’une puissante intention.

Le soin apporté à la mise en scène comme au placement des accessoires et le souci du détail se lisent dans chaque plan. Si le même cadre sévillan est utilisé pour plusieurs airs, l’imagination est aux commandes afin d’habiller l’espace de façon toujours renouvelée sans se départir d’une richesse visuelle parfois étouffante, mais qui fait le style de la réalisation et, en fin de compte, convient bien au genre. La caméra est toujours très bien placée par rapport à la gestuelle ou à l’expression du chanteur et les effets de perspective ne nuisent jamais à la démarche artistique.

L’humour n’est pas absent de ce florilège. Preuve en est l’air de “la calunnia” du Barbier de Séville pour lequel Carlo Colombara se retrouve avec un crâne chauve et le visage tout blanc et rond avec des verres de contacts qui lui donnent un air à la fois inquiétant et clownesque. Cette tête sort d’un grand bac où sont installées des boules rouges et blanches de plusieurs tailles avec lesquelles Don Basilio s’amuse et au milieu desquelles il se fond. Une séquence à la fois ludique et grinçante qui révèle tant la personnalité de son interprète que celle de son metteur en scène.

L’air de Fiesco, “Il lacerato, spirito”, tiré de Simon Boccanegra convient on ne peut mieux à la voix de Carlo Colombara et la douleur du personnage est parfaitement incarnée par une présence physique qui caractérise le chanteur tout au long du film. L’imagerie cultive un morbide sacré du plus bel effet avec l’entrée de pénitents dans l’église. Surenchère visuelle, certes, mais indéniable force expressive mise en place avec efficacité.

La séquence dédiée à Méphistophélès tiré du Faust de Gounod est précédé d’une introduction en Noir & blanc qui nous plonge instantanément dans le livret et le rapport entre Faust et le tentateur. “Vous qui faites l’endormie” sera décliné dans un cabaret enfumé très “années trente” sur une chorégraphie inspirée du style de Bob Fosse. Carlo Colombara est vêtu de rouge et chante dans un micro comme le ferait un meneur de show. Les rires sardoniques sont jouissifs !

Pour incarner Zaccaria dans Nabucco (“Tu sul labbro”), le chanteur est métamorphosé avec de longs cheveux blancs et une barbe de patriarche qui pourrait prêter à rire. Mais le jeu instille une telle foi, le chant est si juste, que les artifices ajoutent en fait à ce moment habité. L’autorité de l’interprète se conjugue à un aspect touchant qui donne vie aux mots. Les effets de lumière sont en outre splendides et les ors de l’église parfaitement rendus.

Il y aura plus de fantaisie pour le Mefistofele de Boito. Un pentagramme est tracé sur le sol et des danseuses provocantes installent l’ambiance pour “Ecco il mondo”. Carlo Colombara, athlétique et torse nu, semble très à l’aise au centre de cette “bacchanale” kitsch. Là encore l’autorité est superbe, mais cette séquence n’est pas la meilleure.

Attila adopte un parti plus naturaliste avec une introduction montrant le chanteur à cheval. Après la dominante rouge de Mefistofele, le vert est de mise pour accompagner “Mentre gonfiarsi l’anima parea”. L’interprétation est impressionnante et le jeu assuré parfaitement filmé, là encore.

La Cavatine d’Aleko de Rachmaninov est sans doute une des séquences les plus réussies. La narration visuelle est splendide, inspirée. Comme pour tous les autres airs, les nombreux gros plans ne montrent aucune défaillance de la synchronisation des mouvements de lèvres avec les enregistrements. C’est là aussi une des qualités de ce programme de montrer un chanteur toujours crédible. La scène est intense et Zemfira est incarnée par une très belle femme de laquelle part une immense écharpe qui devient décor et accessoire. Carlo Colombara, poignard à la main, rejoint ces figures tragiques qui ont marqué l’opéra de tout temps. La lumière, ici aussi, prend une part importante au drame qui se joue.

Enfin, la Mort de Boris de Boris Godunov de Mussorgsky clôt ce voyage sur une émotion absolue. Le chant devient le moyen qui unit le visage défait du chanteur à celui, compatissant mais déterminé, du tsarévitch auquel le jeune Manuel Gaviño prête ses grand yeux noirs expressifs. Une dominante rouge et quelques accessoires transforment l’église en un bel écrin théâtral à même d’accueillir les superbes couleurs vocales de Carlo Colombara qui alternent avec sa puissance de projection.

Au terme de ce périple autant musical que visuel, il est évident que le pari est gagné. Chaque air nécessite un cadre narratif différent et la réalisation répond à cet impératif par une mise en place très rapide. La sincérité de la démarche, comme sa démesure assumée sur le plan visuel, la placent à l’opposé d’un pot-pourri sans âme, et c’est avec une tension permanente que se succèdent les dix airs d’opéras. La grandiloquence exprimée par Óscar Martos trouve dans le genre un terrain tout à fait propice à son expression et le réalisateur excelle à mettre en scène toutes les situations paroxystiques dont l’opéra est si prolixe.

Carlo Colombara souhaitait laisser un témoignage de son talent. Le chanteur peut être satisfait, et le comédien comblé… © Tutti magazine

* Voir la séquence de Don Carlo à la fin de la critique.






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6:53:11 PM, 17 April 2014
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