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S├ębastien Gauthier
ConcertoNet.com, December 2012

EUROPA-KONZERT 1998 - DEBUSSY, C.: 3 Nocturnes / VERDI, G.: 4 Pezzi sacri (Abbado) (PAL) 107159
EUROPA-KONZERT 2006 - MOZART, W.A.: Symphonies No. 35 and 36 / Concertos (Barenboim) (NTSC) 2055308

L’Orchestre philharmonique de Berlin en roue libre: tel est le diagnostic global que l’on pourrait établir après avoir visionné ces trois Europakonzerte qui sont, comme on va le voir, tous symboliques de l’histoire récente de l’orchestre. Fondé le 1er mai 1882, le Philharmonique célèbre, depuis 1991 seulement, chaque année, cet anniversaire en donnant un concert de gala dans une grande ville européenne. Ici, Prague est présente à deux reprises mais les concerts eurent également lieu au Royal Albert Hall de Londres en 1993 (sous la baguette de Bernard Haitink, qui dirigea également celui qui se tint à Cracovie en 1999), à l’Opéra royal du Château de Versailles en 1997 (sous la direction déjà de Barenboim), au Conservatoire de Moscou en 2008 (sous la direction de Sir Simon Rattle) ou au Teatro di San Carlo de Naples en 2009 (avec Riccardo Muti). Sauf exception (on pense notamment aux concerts donnés par Abbado à Palerme en 2008, à celui dirigé par Muti l’année suivante ou à celui donné à Madrid en 2011 sous la direction de Rattle), il ne faut pas attendre de ces concerts de grands et mémorables moments de musique. En général, ce sont surtout des concerts pour public bien mis, plutôt représentatif de l’élite économique et sociale de la ville choisie—il faut dire que les prix pratiqués ne s’adressent pas à tout le monde—et qui offrent un programme sans anicroche ni grande surprise.

C’est en tout cas l’impression qui ressort du premier concert donné en 1991 à Prague. Karajan est mort depuis moins de deux ans et c’est donc toujours son Philharmonique qui est sur scène: Leon Spierer est le konzertmeister, Daniel Stabrawa est à ses côtés, Ottomar Borwitzky et Reiner Zepperitz sont tous deux à leur poste emblématique de violoncelle et de contrebasse solo, Karl Leister est là à la clarinette et Hansjörg Schellenberger est également le hautboïste de l’orchestre. L’image a un léger grain qui, outre la tenue vestimentaire fortement datée du public et de Cheryl Studer, contribue à en faire déjà une page ancienne de l’histoire de l’orchestre. Et ce n’est pas la réalisation d’une banalité affligeante du toujours présent Brian Large qui suscitera davantage la curiosité. Cheryl Studer est une Donna Anna peu convaincante en dépit d’une voix agile (elle est alors au faîte de sa carrière) et l’air, avec piano obligé, Non temer, amato bene ne contribue guère à la mettre en valeur, la mélodie étant sans grand intérêt; seul le jeu inspiré du pianiste Bruno Canino mérite l’attention. Dans la Vingt-neuvième Symphonie, Abbado, dont la direction suggère toujours plus qu’elle n’impose vraiment, allège la texture orchestrale et réalise là une très belle prestation, notamment dans un superbe quatrième mouvement. La «Haffner» est bien réussie mais, là aussi, l’orchestre ronronne gentiment au point d’offrir une prestation, somme toute, d’une très grande banalité.

Ce n’est pas tout à fait la même impression qui ressort de l’autre Europakonzert pragois du Philharmonique de Berlin, quinze ans plus tard, sous la baguette, cette fois-ci, de Daniel Barenboim. Déjà, la qualité de l’image, la variété des prises de vue tant des musiciens (chef compris) que de la magnifique salle du Théâtre des Etats, où furent créés Don Giovanni et La Clémence de Titus, suscitent immédiatement l’intérêt. Compte tenu du lieu, il apparaissait logique que ce concert soit lui aussi tout entier consacré à Mozart. Et c’est de nouveau avec la Trente-cinquième Symphonie «Haffner» que s’ouvre cette prestation de très bon niveau. Même si la direction de Barenboim est parfois lourde (à 8’20) ou inutilement emphatique (à 13’40), les cordes (conduites cette fois-ci par Stabrawa) et les vents de l’orchestre sont somptueux et séduisent immédiatement. Dans un superbe cadre vert et or, où les discrètes caméras de Bob Coles n’hésitent pas à s’attarder sur quelque grotesque ou sur un détail du plafond magnifiquement ajouré (le théâtre ayant notamment servi de lieu de tournage à plusieurs scènes d’Amadeus de Milos Forman), Daniel Barenboim, comme il en a fréquemment l’habitude (voir ici), dirige ensuite du piano un très convaincant Vingt-deuxième Concerto. Le toucher est léger, peu de fausses notes, un mouvement lent un peu martial peut-être mais un troisième mouvement tout en finesse, idéalement accompagné par la petite harmonie de l’orchestre (quelques regards complices entre le chef et les musiciens fortement rajeunis révèlent l’entente qui règne dans cette œuvre, notamment à 31’50): difficile pour le (télé)spectateur de ne pas adhérer. Difficile également de ne pas apprécier le Premier Concerto donné par le «régional de l’étape», le Tchèque Radek Baborák. Né en 1976, collectionneur de prix internationaux, cor solo du Philharmonique de Berlin depuis 2000, il enlève avec une très grande délicatesse ce concerto en deux mouvements dont la durée est d’à peine 9 minutes. Enfin, comme Abbado en 1991, Daniel Barenboim a choisi de conclure ce concert par une autre symphonie de Mozart; compte tenu du lieu, on aurait pu s’attendre à la Trente-huitième «Prague», mais ce fut la Trente-sixième «Linz». Là encore, les cordes de Berlin rappellent qu’elles sont parmi les meilleures du monde, mais l’ensemble reste bien sage et, en dépit de quelques appogiatures destinées à relancer le discours, ne génère que des applaudissements plus polis que véritablement enthousiastes.

Le troisième Europakonzert présenté est certainement, par la localisation et le programme, le plus original. En 1998, Claudio Abbado et ses musiciens choisirent en effet de s’établir dans le superbe musée Vasa de Stockholm, dont le nom provient d’un gigantesque galion du XVIIe siècle qui, après avoir coulé lors de sa mise à flots, fut renfloué dans les années 1950 puis reconstitué pour trôner désormais fièrement dans ce musée de la capitale suédoise. L’Ouverture du Vaisseau fantôme de Wagner révèle ici toute sa dimension dramatique grâce, notamment, au cor anglais de Dominik Wollenweber (qui sera également fort sollicité dans les Nocturnes de Debussy). Les caméras offrent là aussi une grande diversité de plans et jouent sur la silhouette lugubre du navire à laquelle les Berliner sont adossés. Le moment le plus réussi réside sans doute dans les Quatre pièces sacrées de Verdi, compositeur avec lequel Abbado possède des affinités évidentes: la quatrième, le «Te Deum», est particulièrement émouvante, les deux chœurs ici réunis étant d’une cohésion et d’une réactivité à toute épreuve. Le public reste d’ailleurs quelque peu abasourdi et n’applaudit qu’en voyant Abbado faire se lever l’orchestre: là oui, ce fut un grand Europakonzert! © 2012 ConcertoNet.com






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11:46:34 PM, 31 October 2014
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