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Simon Corley
ConcertoNet.com, November 2012

Gould, Kreisler, Schnabel, Ysaÿe et Zimbalist: pianistes et violonistes d’exception mais aussi compositeurs? Ou bien compositeurs négligés mais aussi interprètes? Certains (Liszt, Rachmaninov, Enesco,…) ont non seulement mené de front les deux activités mais ne doivent pas leur notoriété qu’à une seule d’entre elles—on peut sans doute en dire autant, s’agissant des chefs d’orchestre, de Mahler, Bernstein et Boulez. D’autres—Furtwängler, Weingartner mais aussi Klemperer, Kubelík, Markevitch, Martinon ou MacMillan, pour en rester aux chefs—n’ont pas eu cette chance. Mais le disque, au travers de trois parutions récentes, leur en offre heureusement une seconde, tout en permettant aux mélomanes de satisfaire leur curiosité de découvrir d’immenses artistes sous un autre jour et peut-être même d’accéder ainsi à leur jardin secret.

Glenn Gould (1932–1982) a assez peu composé, principalement dans les années 1950: ainsi de son Quatuor (1953-1955), vaste forme sonate (33 minutes et 815 mesures) d’un seul tenant. Ambitieux et sombre, sérieux et compact, le style est fortement contrapuntique: le pianiste canadien, qui tenait cette œuvre—bien que précédée notamment d’une Sonate pour basson et piano—pour son opus 1, l’achève quatre mois après son mythique enregistrement des Variations Goldberg et elle est parcourue par un motif chromatique de quatre notes évoquant le fameux thème «BACH». Si l’écriture et l’atmosphère font ainsi parfois penser à Hindemith, le caractère d’ensemble demeure plus postromantique que moderne—la tonalité de fa mineur est d’ailleurs revendiquée. S’il est sans doute inabouti et quelquefois même maladroit, ce Quatuor n’en est pas moins utile à la connaissance d’une personnalité artistique hors du commun.

Cette rareté est complétée par deux œuvres de celui qui dirigea les grands débuts de Gould en concerto, à l’âge de 15 ans, et qui joua avec lui Bach et Beethoven, Ernest MacMillan (1893–1973), à ne pas confondre avec l’Ecossais James MacMillan (né en 1959), lui aussi compositeur et chef d’orchestre. Son Quatuor en ut mineur (1914/1921), que les Amadeus avaient enregistré en 1967 pour Deutsche Grammophon, est également une œuvre de jeunesse, mais pour le reste, tout semble l’opposer à celui de Gould, avec son propos plus maîtrisé, plus conformiste et bien de son temps, imprégné de musique anglaise et française. Le Quatuor Alcan confère un charme indéniable à ces quatre mouvements certes peu personnels, mais agréables et d’excellente facture, où une saine vigueur compense quelques fades langueurs. Les Deux Esquisses sur des airs canadiens français (1927), délicats arrangements de mélodies populaires dont il existe par ailleurs une version pour orchestre à cordes, confirment cette impression favorable.

Entré dans l’histoire pour ses interprétations des romantiques allemands, Artur Schnabel (1882–1951) n’en fut pas moins un compositeur avant-gardiste au catalogue assez fourni, comprenant notamment trois Symphonies et cinq Quatuors. Christian Tetzlaff, Geoffrey Tozer, Paul Zukofsky et le Quatuor LaSalle figurent au nombre de ceux qui se sont intéressés à son œuvre chez divers éditeurs, Chandos, Town Hall, Arte Nova, Deutsche Grammophon et Musical Observations CP2. Ce dernier a déjà publié un enregistrement du Premier Quatuor (1918) réalisé en 1998 par le Quatuor Whitman et c’est ici le Quatuor Pellegrini, dix ans après le Cinquième Quatuor, qui s’attaque, toujours chez cpo, à cette partition démesurée. Ses dimensions mahlériennes (50 minutes), inhabituelles dans le domaine chambriste, intriguent car il semble difficile, chez cet homme de 36 ans, de mettre cette profusion sur le compte du jeune âge, même si elle ne manque pas de panache et de culot. Bien que les quatre mouvements ne soient pas enchaînés, la source est à rechercher, tant dans le langage que dans la nécessité de se développer sur une longue durée, dans le Premier Quatuor de Schönberg: il faut se laisser pareillement porter par l’exagération de ce flux de musique passionnée, entière et généreuse, qui s’autorise toutefois un petit intermède presque viennois (Andantino grazioso) et, outre la référence schönbergienne, peut également évoquer Reger, Zemlinsky ou Krenek.

Ecrit pour sa femme cantatrice, Therese, Notturno (1914), sur un long poème de Dehmel qui avait également intéressé Richard Strauss quinze ans plus tôt, est de nouveau caractérisé par ses vastes proportions (plus de vingt minutes). Schnabel tourne le dos à un style jusqu’alors brahmsien, pour cultiver l’éclatement de la tonalité comme, au même moment, Schönberg—inspiré à plusieurs reprises, lui aussi, par l’auteur de La Nuit transfigurée—et ses disciples: harmonies complexes, chromatisme exacerbé et expressionnisme transi règnent avant une péroraison cependant plus traditionnelle. Le traitement de la voix est moins innovant, la mise en musique du texte tenant souvent plus du récit que du chant, impression qu’accentue sans doute aussi le timbre froid et gris du contralto israélien Noa Frenkel.

Elève de Bruckner, Delibes et Massenet, Fritz Kreisler (1875–1962) est avant tout connu, en tant que compositeur, pour les œuvres qu’il a dédiées à son instrument: courtes pièces de genre (Liebesleid, Liebesfreud), cadences (celles pour le Concerto de Beethoven demeurent les plus prisées de nos jours), pastiches baroques (Couperin, Pugnani, Martini, Tartini, ...) et innombrables arrangements. Mais il a également à son actif plusieurs opérettes et mélodies. Son Quatuor en la mineur (1919) de ne constitue ni une découverte—il a précédemment bénéficié de plusieurs enregistrements— ni une révélation—il ne se situe pas au même niveau que bon nombre d’œuvres contemporaines de Bartók, Hindemith, Janácek ou Szymanowski et, à sa décharge, n’en avait sans doute nullement l’ambition. Pour autant, il ne faut pas craindre ici une sorte de quatuor concertant où le premier violon aurait le beau rôle: les premières mesures, où le violoncelle prend d’emblée à parti l’auditeur, par un motif violemment interrogateur marqué par des exclamations des trois autres instruments et revenant à la fin du dernier mouvement («Rétrospective»), suffisent à s’en convaincre. Comme chez Korngold, s’instille aussi une inimitable douceur viennoise, dont on ne sait trop si, en ces années d’après-guerre, elle est surannée ou nostalgique, même si l’humour et l’ironie ne perdent pas leurs droits. Voilà une époque et un style convenant on ne peut mieux au Quatuor Fine Arts, qui a gravé une intégrale Dohnányi il y a dix ans chez Aulos MusiKado, voilà une partition qui mériterait une audience plus large et voilà aussi l’un des ultimes témoignages du regretté Wolfgang Laufer (1947–2011), violoncelliste de la formation américaine depuis 1979.

Le livret de cet album Naxos comprend une belle photo montrant Efrem Zimbalist (1889–1985) aux côtés de Kreisler, en 1915 à San Francisco, à l’issue d’un concert où ils avaient donné la Symphonie concertante de Mozart, respectivement au violon et à l’alto. Lui aussi venu d’Europe pour s’établir aux Etats-Unis, Zimbalist a dédié plusieurs compositions à son instrument, dont un Concerto, mais aussi deux opéras, deux poèmes symphoniques, un Concerto pour piano et un Quintette avec piano. L’enregistrement de son Quatuor en mi mineur (1931), réalisé à partir du manuscrit détenu par l’auteur de la notice (en anglais), Roy Malan (concertmaster du ballet de San Francisco, biographe du musicien et signataire d’un enregistrement de la Sonate pour violon et piano), constitue une première mondiale, du moins dans la version révisée de 1959. On ne voit pas où un critique ayant assisté à la création de l’œuvre a repéré certaines harmonies proches de Stravinski, mais la musique, sans surprise, sonne bien. Elle manque néanmoins un peu de substance et l’équilibre entre les quatre mouvements traditionnels n’est pas très convaincant, avec un Moderato initial très développé, un Andante con moto de proportions comparables, alors que les mouvements pairs (scherzo et finale) dépassent à peine 3 minutes chacun. Mais l’écoute en est plaisante, l’immigrant ayant conservé une délicieuse pointe d’accent russe.

Le programme est complété par un autre premier enregistrement mondial d’une œuvre d’un grand violoniste, Eugène Ysaÿe (1858–1931). S’il n’a semble-t-il pas laissé de Quatuor, bien qu’ayant fondé une légendaire formation portant son nom, Harmonies du soir (1924) associe un quatuor à un orchestre à cordes. Chaleureux et lyrique, d’un chromatisme polyphonique situé entre La Nuit transfigurée de Schönberg et les Métamorphoses de Strauss, ce «poème»—un genre qu’affectionnait le dédicataire du Poème de Chausson—d’un quart d’heure, n’a pas grand-chose à voir avec son homonyme lisztien, la Onzième des Etudes d’exécution transcendante: occasion à saisir que celle de lever un coin du voile sur un catalogue au sein duquel seules les six Sonates pour violon seul (la Quatrième est dédiée à…Kreisler), devenues le pain quotidien des violonistes, se sont véritablement imposées. © 2012 ConcertoNet.com




Jean-Michel Molkhou
Diapason, May 2012

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