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Fred Audin
ClassiqueInfo-disque.com, May 2011

«Entendre cette musique, qui fit une impression si puissante mais si brève, serait nécessaire, car on ne peut s’en forger une idée juste d’après les seules partitions, cette musique doit vivre. Les trois œuvres qui furent si populaires en leur temps rempliraient à peine un disque ([LP à l’époque]). Qui en veut?» Ainsi s’achevait l’article que Lewis Foreman consacra à Oskar Fried compositeur, dans le numéro 86 du journal de la Delius Society en 1985. Vingt-cinq ans après, Capriccio remplit partiellement son vœu, profitant de la découverte des parties orchestrales complètes du manuscrit des Emigrants, détenu par le KGB depuis le décès de Fried en 1941 à Moscou. L’impression n’a pas diminué d’intensité: c’est un choc!

La vie d’Oskar Fried est un roman: la publication des archives sonores commence à rendre justice au chef d’orchestre qui, entre autres titres de gloire fut le premier à enregistrer vers 1928 une symphonie complète de Mahler (la deuxième, dont il avait donné la première berlinoise en 1905 en présence—et à la demande- du compositeur) et une symphonie complète de Bruckner (la septième). Elève de Humperdinck et de Scharwenka, Oskar Fried, né pauvre, violoniste enfant puis corniste d’orchestre, gagnant sa vie à quinze ans comme dresseur de chiens, clown et palefrenier dans un cirque, devint l’un des chefs les plus réputés de son temps pour l’exécution de la musique «moderne»; courtisé par Schönberg et Webern, accueilli en 1924 par Lénine en personne à sa descente du train comme le premier chef d’orchestre européen à venir tourner en Union Soviétique, il cessa de composer vers 1913, ne laissant qu’une quinzaine de numéros d’opus, dont un opéra perdu. Les Emigrants est sans doute sa dernière œuvre, dont il emporta le manuscrit lorsqu’il dut fuir (vers Tbilissi contrairement à la plupart de ses contemporains qui préférèrent l’ouest), ses origines juives et ses convictions politiques l’exposant à la menace nazie. Invité à diriger plusieurs fois à Londres et aux Etats-Unis, il ne devint citoyen soviétique qu’en 1941, quelques mois avant sa mort, considérée au vu des circonstances, comme relativement suspecte.

Contrairement à Das trunkene Lied (d’après le texte du Zarathoustra de Nietzsche) qui propulsa Fried sur la scène internationale comme l’un des compositeurs les plus novateurs de son temps, Die Auswänderer fut reçu avec une certaine circonspection, le thème comme la musique étant propres à effrayer le bourgeois en des temps agités par l’imminence de la catastrophe. La forme du mélodrame, était pourtant en vogue, comme le montrent les essais de Schreker, Schillings, Strauss, ou à l’autre bout du monde, ceux bien oubliés de Charles Griffes. La nouveauté tient surtout, en plus du texte stupéfiant de Verhaeren [1] magnifiquement adapté par Stefan Zweig, aux effets de la musique, qui évoque à tel point les marches funèbres esquissées dans les symphonies de Mahler, qu’on pourrait croire à un hommage posthume au maître disparu deux ans auparavant. Après un long prélude qui met en branle le rythme de l’errance, avec ses arrêts dramatiques soulignés de cris de cuivres, l’entrée de la voix parlée sur le retour du roulement de tambour initial, déclenche le premier frisson; la construction de la composition se déroule à base de répétitions des mêmes motifs, que n’affecte que l’orchestration toujours plus ingénieuse, dans un implacable crescendo, jusqu’au point culminant vers lequel converge la procession: «La ville en plâtre, en stuc, en bois, en marbre, en fer, en or,—Tentaculaire.» On entend aussi, en plus de Mahler, certains accords, certaines figurations familières qui semblent issues de Chostakovitch (qui n’a que six ans à l’époque) ou de la musique de suspense pour le cinéma, qui n’en est qu’à ses balbutiements. Les déchirements de cordes lyriques de Zemlinsky et Schönberg sont bien présents, comme la noirceur de la Passacaille de Webern (1908). Il n’est pas exclu que Schönberg (lui-même l’inspirateur probable de ces Emigrants avec Pierrot Lunaire que Fried entendit en 1912 lors d’un concert privé chez Busoni) se soit souvenu de l’impression créée par cette pièce pour écrire, bien plus tard, dans ce même genre, alors presque disparu, du mélodrame, Le survivant de Varsovie, dont l’impression est tout aussi imparable.

Une partie de la réussite de cette recréation tient à l’interprétation bouleversante de Salomé Kammer, si habitée ici qu’on souhaiterait l’entendre dans un disque complet qui lui soit exclusivement consacré. La perfection du jeu des instrumentistes, la direction phénoménale de Mathias Foremny font qu’on ne peut passer à côté de cet enregistrement.

D’autant plus qu’il y a peut-être plus éblouissant encore (pour les amateurs de Richard Strauss et du courant postromantique), la mélodie sur le texte de Dehmel, La Nuit Transfigurée, dont Schönberg avait tiré deux ans auparavant seulement, en 1889, sans oser mettre directement le texte en musique, son Sextuor à cordes opus 4. Fried choisit d’en faire, de façon originale et quasi inédite pour une pièce destinée au concert et non à la scène, un duo entre ténor et soprano, où, conformément à la structure du texte, chaque voix trouve un air solo. Car ce qui fonde l’impact irrésistible de cette musique qui ne varie le même motif que par des altérations continues de l’orchestration (digne de Wagner ou Bantock) c’est l’illustration scrupuleuse du texte, exploité dans ses moindres accents et rythmes, sans introduction ni postlude, avec un sens aigu de la structure strophique de la ballade, qui renforce la cohésion expressive du poème. Ce travail, apparemment typique de la manière de Fried se retrouve à en croire les critiques d’époque dans le lied pour chœur d’hommes et grand orchestre Erntlied opus 15 sur un autre poème célèbre de Dehmel. On regrette d’autant plus que l’opéra Die vernarrte Prinzess soit perdu [2] et qu’aucune des trente mélodies publiées de Fried n’ait connu d’enregistrement.

Le talent d’orchestration d’Oskar Fried est manifeste dans la Fantaise sur Hänsel et Gretel de son professeur Humperdinck, l’intelligence des oppositions dramatiques de musique légère et sentimentale également, même si le genre de la paraphrase est tombé en désuétude et que le matériel de l’original n’est pas particulièrement passionnant. Le seul intérêt réside dans le fait que les autres partitions d’Oskar Fried n’incluant pas la voix se limitent à des orchestres, à vents pour l’Adagio et scherzo opus 2, et à cordes pour le Prélude et Fugue opus 10 qui fait l’ouverture du présent disque, une plage d’une noble grandeur dont la puissance expressive est attribuable aux divisions en deux parties de chaque pupitre du quintette orchestral. Devant la réponse enthousiaste des mélomanes à ce disque, on espère qu’un deuxième volume aussi exceptionnel du point de vue de l’interprétation, viendra compléter une intégrale des compositions avec orchestre de Fried, comprenant Das trunkene Lied et Erntelied, ses deux pages les plus célèbres bien qu’elles n’aient pas été rejoués depuis plus d’un siècle maintenant.

[1] l’original en français est le poème Le Départ, avant-dernier texte des Campagnes Hallucinées.

[2] Cet opéra n’aurait pas connu de création. Dans un article du 23 septembre 1911, qui témoigne de la célébrité internationale de Fried avant la première guerre mondiale, le New York Times annonce, par «dépêche express» que Fried travaille à un grand opéra intitulé Christophe Colomb: il n’en sera plus jamais question nulle part.






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8:51:09 AM, 25 April 2014
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