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Gilles d’Heyres
ConcertoNet.com, March 2013

Sélectionné par la rédaction

En cette année 2013 où sont plus spécialement célébrés les anniversaires de la naissance (le 22 mai 1813 à Leipzig) et de la disparition (le 13 février 1883 à Venise) de Richard Wagner, Opus Arte réunit en vingt-cinq DVD des productions récentes des dix opéras de la maturité. Le coffret se présente ainsi comme un témoignage de l’art d’interpréter et de mettre en scène Wagner au début du XXIe siècle, les vidéos s’étalant de 2003 à 2011. Une décennie qui, comme le relève Chris Walton dans le livret, «semble confirmer une évolution dans les productions wagnériennes, qui s’éloignent de l’obsession de la politique et du IIIe Reich notée ailleurs en dehors de l’Allemagne». Et autant de spectacles coproduits par plusieurs théâtres, vus un peu partout en Europe et montés par de grands noms de la mise en scène—y compris ceux de la «nouvelle vague» européenne. Tel le Danois Kasper Holten (né en 1973), dont est repris l’intéressant Tannhaüser de Copenhague (2009), dont il a déjà été rendu compte lors de sa première parution sous étiquette Decca (lire ici).

De même, c’est la toute récente production de Glyndebourne (2011) qui est proposée pour les Maîtres Chanteurs de Nuremberg—celle du talentueux David McVicar (né en 1966). Un «must» grandissime tant le metteur en scène écossais galvanise ses interprètes tout le long d’une relecture captivante (situant l’action au XIXe siècle et la traitant «comme une histoire d’amour humaine qui se tient à elle seule, sans les références critiques au nationalisme allemand»), qui tire vers Tolkien davantage que vers Gervinus, vers l’Italie plutôt que vers l’Allemagne—le deuxième acte commençant par évoquer Les Noces de Figaro pour s’achever du côté de Falstaff…et qui fait rire autant qu’elle émeut. Et partout, une direction d’acteurs ajustée au millimètre (centrée sur Sachs autant que sur Beckmesser), d’un réalisme quasi cinématographique (…c’est François Roussillon qui est à la manœuvre). Il y a une évidente complicité entre Vladimir Jurowski (dirigeant le ronronnant Philharmonique de Londres) et la troupe de chanteurs, dont aucun ne se mesure aux grands titulaires des rôles mais qui s’inscrivent tous dans l’évidence d’une incarnation. Gerald Finley, Topi Lehtipuu, Anna Gabler et Marco Jentzsch (ténor au timbre ingrat)—Hans, David, Eva et Walther—sont crédibles et solides, mais leur chant est loin d’être conquérant à l’égal d’un Fischer-Dieskau, d’un Schreier, d’une Janowitz ou d’un Konya dans les mêmes emplois! Le Sixtus Bekmesser de Johannes Martin Kränzle remporte, en revanche, tous les suffrages…Le résultat s’impose, quoi qu’il en soit, comme un produit vidéo exceptionnel, d’une qualité d’image et d’une intelligence de réalisation rarement réunies pour un opéra en DVD.

Quant au Vaisseau fantôme, c’est celui—monté à Amsterdam en 2010—par l’Autrichien Martin Kusej (né en 1962), proposant une relecture radicale du livret. Daland est le capitaine d’un paquebot de croisière dont les passagers affrontent la tempête avec un gilet de sauvetage sur les épaules (…quand ils ne se prélassent pas près de la piscine du pont supérieur) et qui voit monter à son bord des boat people à la dérive. Contre toute attente, la transposition fonctionne irrésistiblement bien, l’errance contemporaine des candidats à l’eldorado occidental résonnant avec acuité dans celle des hommes du Hollandais—transformé lui-même en passeur d’immigrés clandestins. On salue aussi la performance orchestrale, Hartmut Haenchen opérant un remarquable travail sur les nervures rythmiques, n’hésitant pas à assumer une certaine brutalité. Anguleuse et pleine d’élan, déchaînant la houle des passions, sa baguette trouve le soutien d’un Orchestre philharmonique des Pays-Bas d’une fière assurance. La distribution est convenable—bien que l’on regrette le timbre ordinaire de la voix de Marco Jentzsch en Erik et l’usure de celle de Robert Lloyd en Daland (malgré un grain préservé)—en ce qu’elle se coule totalement dans le concept scénographique. Malgré une voix sèche qui force souvent, Juha Uusitalo donne même au rôle-titre (dont il possède la carrure) toute l’autorité nécessaire et s’accorde à merveille à la Senta—assurée sinon possédée—de Catherine Naglestad.

Mais le coffret fait la part belle aux deux valeurs sûres de la mise en scène wagnérienne que sont Nikolaus Lehnhoff (né en 1939) et Harry Kupfer (né en 1935), dans des productions assez incontestables. Ainsi livre-t-il la dernière version de la Tétralogie de Kupfer, lequel met en scène Wagner depuis les années 1970 (avec un Vaisseau fantôme entré dans l’histoire) et connaît son sujet pour l’avoir déjà approfondi à Bayreuth. La production du Liceu (reprise du Ring futuriste monté au Deutsche Staatsoper Unter den Linden de Berlin) débute—avant même le fameux mi bémol—par l’image de Wotan arrachant sa lance du frêne du monde et s’achève—seize heures plus tard—par celle du même Wotan revenant jeter sa lance brisée dans le gouffre béant du crépuscule du monde, avant que Brünnhilde n’y allume le brasier de son immolation et qu’Alberich ne voie l’anneau se désintégrer dans sa main maudite…tandis que deux enfants se raccrochent apeurés à une branche du frêne. On admire l’intelligence des choix scénographiques, le respect absolu de la cohérence du livret et la parfaite unité entre les volets—qui s’incarne dans le frêne (omniprésent et obsédant) et dans la couleur dominante (bleu nuit et noir intense). La production catalane confirme le goût de Kupfer pour l’innovation technologique, qu’il s’agisse de l’usage—discret mais efficace—des lasers et des néons ou d’un plateau modulable permettant des effets saisissants: le surgissement d’Erda à la fin de L’Or du Rhin comme à celle de Siegfried (par une surélévation du plateau principal), le début de Siegfried (où l’on s’enfonce dans la forge comme on descendait au Nibelheim), la disparition des Nornes dans les profondeurs de l’oubli…Dommage que la réalisation vidéo soit aussi médiocre. Outre une vilaine coupure en plein milieu de la transition vers la mine dans L’Or du Rhin, on doit supporter une caméra conventionnelle sinon maladroite, aux mises au point pour le point approximatives, qui fait apparaître trop de détails et abuse des gros plans intrusifs—comme lors de l’Annonce de la mort (où Brünnhilde tartine le visage et les cheveux de Siegmund d’une sorte de mousse à raser), de l’intervention du Waldvogel (dont le fil qui le suspend au-dessus de la scène est trop visible), ou encore lorsque le réalisateur nous montre Siegmund, censé être mort, respirer à pleins poumons. Tout cela atténue l’impact physique de cette mise en scène intègre, remarquable dans sa direction d’acteurs, dont certaines images (celles du début de Götterdämmerung notamment) sont durablement marquantes.

La production s’appuie sur un casting expérimenté, maîtrisant les ressorts psychologiques des personnages. De L’Or du Rhin, on retient ainsi l’émouvant mélange de sensibilité et d’autorité de Kwanchul Youn en Fasolt, ainsi que le Loge de Graham Clark (à la voix encore agile et sournoisement percutante, malgré des laideurs objectives), plutôt que l’Alberich à bout de forces de Günter von Kannen, à la musicalité pataude et débraillée (mais qui s’améliore franchement à partir de La Walkyrie pour convaincre pleinement dans le Crépuscule). La Sieglinde de Linda Watson dispose d’un organe puissant mais par trop monolithique, écrasant le Siegmund exotique de Richard Berkeley-Steele, qui force souvent et n’est pas un modèle de justesse (ni de prononciation). Terrifiant de noirceur, Eric Halfvarson en impose en Hunding—et l’on est ravi de le retrouver dans Siegfried en dragon, effrayant (dans la menace) puis émouvant (dans l’agonie)—infiniment plus convaincant en Fafner que le laborieux Matthias Hölle (qui tenait le rôle dans L’Or du Rhin). Dans le Prologue comme dans La Walkyrie, Lioba Braun joue admirablement de son personnage de gardienne du temple, mi-bourgeoise mi-mégère—Fricka à la voix perçante à souhait. Par l’intelligence de la caractérisation vocale et psychologique, le Mime de Graham Clark brûle les planches dans Siegfried. Alors que l’Oiseau de Cristina Obregon chante impeccablement, Andrea Bönig—moins à son aise que dans L’Or du Rhin—n’offre à Erda qu’une voix étroite, qui s’effondre dans le grave, alors qu’Elisabete Matos ne marque pas en Freia mais se tire honorablement de Gutrune comme de la Troisième Norne. Dans le Crépuscule des dieux, la Waltraute de Julia Juon réalise la belle performance d’interpréter également la Première Norne , tandis que le sculptural Hagen de Matti Salminen demeure impressionnant.

Pivot de ce Ring où il apparaît dans chacun des volets, Falk Struckmann déroule son Wotan, son Wanderer et même son Gunther avec l’intelligence des wagnériens authentiques: pétri d’humanité, il donne au roi des dieux une éloquence et une sobriété qui ne se brise que dans l’extraversion et les fêlures du dernier acte de Siegfried. John Treleaven chante Siegfried avec dignité et mesure, mais présente une voix faible en projection et qui s’épuise vite…la laideur d’un timbre très ordinaire n’arrangeant rien. Fière et crédible, la Brünnhilde de Deborah Polaski—qui parvient à dominer une voix puissante et une ligne de chant imposante mais instable—est en revanche digne de louanges. Enfin, malgré une sonorité ordinaire et quelques entrées hasardeuses (les cuivres notamment), l’Orchestre du Liceu offre une prestation honorable sous la baguette de Bertrand de Billy, qu’aimerait parfois plus alerte mais qui dispense de beaux moments (la descente dans la forge dans L’Or du Rhin, les deuxièmes actes de La Walkyrie et de Siegfried—remplis de sensibilité et de souplesse). Au total, une bonne première approche du Ring, sans grande inventivité mais terriblement efficace.

L’autre pilier du Regietheater sur lequel s’appuie l’anthologie d’Opus Arte est Nikolaus Lehnhoff, dont trois des plus marquantes mises en scène sont proposées. D’abord, le puissant Parsifal monté à Londres en 1999 et repris sur diverses scènes—comme celles de Barcelone en 2005 et de Baden-Baden en 2004, d’où proviennent les présents DVD: «fin de partie dans un terrain vague» illustrant le «déracinement de l’humanité au XXe siècle», respirant la douleur et l’anéantissement, d’une troublante simplicité d’expression. Evacuant toute référence à la chrétienté et privilégiant une spiritualité syncrétique, cette mise en scène a certainement perdu de sa force avec les années, son expressionnisme comme son réalisme pouvant paraître trop crus. Porté par la baguette précise—mais insuffisamment anguleuse (notamment dans un deuxième acte d’une décevante neutralité instrumentale)—de Kent Nagano (à la tête du solide Orchestre symphonique allemand), le casting est parfaitement rodé—à la mise en scène comme aux rôles. Sans en posséder tout le rayonnement vocal, Christopher Ventris se coule avec intégrité et justesse dans le personnage de Parsifal. Klingsor va comme un gant à Tom Fox, dont le timbre vénéneux colle à merveille à une incarnation empoisonnée. L’Amfortas de Thomas Hampson déploie une ligne de chant qui n’a pas toujours la stabilité attendue mais qui émeut profondément (au troisième davantage qu’au premier acte). Enfin et surtout, la Kundry de Waltraud Meier et le Gurnemanz de Matti Salminen constituent deux incarnations majeures, prouvant—par telle nuance, telle respiration, tel geste, telle inflexion donnée à une syllabe—qu’ils ne sont pas entrés pour rien dans la légende du chant wagnérien.

Ensuite, le magnétique Tristan et Isolde de Glyndebourne, créé en 2003 et filmé lors d’une reprise en 2007, renouant avec l’épure d’un Wieland Wagner—que ConcertoNet qualifiait d’«événement miraculeux» quelques semaines plus tard à Baden-Baden). Une production baignée de lumière grise, d’obscurité bleutée et d’intimité rougeoyante (…forcément moins efficace en DVD que dans un théâtre), où s’impose l’Isolde sculpturale de Nina Stemme—qui domine franchement (par son autorité naturelle et un registre vocal remarquablement homogène) le Tristan laborieux mais touchant de Robert Gambill. Elle s’accorde très bien, en revanche, à la Brangäne solide (quoique sans relief) de Katarina Karnéus. Si le Kurwenal débraillé de Bo Skovhus déçoit quelque peu (au premier acte surtout), la superbe voix de René Pape enveloppe les déclamations du Roi d’un velours charnel. A la tête d’un Philharmonique de Londres infaillible, Jirí Belohlávek sécurise les chanteurs par sa direction monolithique mais pleine de respect envers la partition. Une vision d’une rare cohérence.

Enfin, un Lohengrin incontestable. Captée en 2006 lors du festival de Baden-Baden et coproduite avec la Scala de Milan et l’Opéra de Lyon, cette mise en scène est presque devenue un classique…tellement plus intelligente et attachante que celle de Hans Neuenfels, récemment parue chez le même éditeur (lire ici). Nikolaus Lehnhoff fait du chevalier au cygne un «artiste qui s’offre en cadeau au monde», être incompris parmi les hommes, génie solitaire face à son piano. La présence de Klaus Florian Vogt et Waltraud Meier suffit à assurer le triomphe du casting vocal, le premier certes encore un peu vert (son live de 2012 avec Marek Janowski révélant le chemin parcouru depuis) mais déjà inouï par la pureté de la projection et la lumière de son métal, la seconde absolument exemplaire. Waltraud Meier n’a plus les mêmes moyens qu’une décennie plus tôt, mais l’alliance hors du commun de séduction vocale, de crédibilité scénique et d’intelligence du texte conquièrent sans nuances. Peu importent, du coup, l’émission instable de Solveig Kringelborn (Elsa appliquée), l’usure de la voix de Tom Fox (Telramund si vraisemblable), la justesse incertaine de Hans-Peter König (Heinrich autoritaire), l’imprécision des chœurs ou l’enthousiasme parfois prosaïque de la direction de Kent Nagano. Le Lohengrin de Lehnhoff s’impose et rend pleinement justice à l’œuvre de Wagner.

Opus Arte a vu les choses en grand, avec ce coffret de plus de quarante heures de musique, aussi justement composé qu’il est habilement confectionné, subtilement commenté et intelligemment enrichi par des bonus présentant les productions et les interprètes. Du grand luxe…à prix modéré. © 2013 ConcertoNet.com



Christophe Rodriguez
Le Journal de Montréal, January 2013

En cette année 2013, toute l’œuvre de Richard Wagner sera bien présente puisque les grandes scènes du monde célébreront le 200e anniversaire de sa disparition. Avec l’œuvre spectaculaire de Robert Lepage, The Ring, dont nous vous avions déjà parlé, voici que s’ajoute un coffret de 25 DVD qui étonnamment se vend à prix très raisonnable. Sur une période de dix ans et retravaillé en haute définition, vos longues soirées d’hiver seront confortablement occupées avec Lohengrin, Parsifal, The Ring, Tannhäuser, bref, «l’artillerie lourde». Sans être le coffret définitif, nous y approchons à grands pas. © 2013 Journal de Montéal






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