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8.111010 - LEHAR: Le comte de Luxembourg / Frederique / Giuditta (excerpts) (ORTF, Sibert) (1966-1980)
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Franz Lehár (1870-1948)
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Le plus célébré des compositeurs d’opérettes viennoises, Franz (ou Ferencz) Lehár, naquit à Komoróm, en Hongrie, le 30 avril 1870. Tout jeune encore, il fit montre de talents musicaux exceptionnels, improvisant des mélodies au piano dès six ans. Son père, Franz Lehár (1838-1898), compositeur et sergentmajor dans un orchestre militaire au 5ème régiment d’infanterie autrichien, lui donna ses premières leçons, et en 1882, Franz entra au Conservatoire de Prague pour y étudier le violon, le piano et la composition. Il prit également des cours privés d’harmonie et de contrepoint avec Fibich et Dvofiák. A dix-huit ans, ses études achevées, Lehár joua du violon dans des orchestres de théâtres de province allemands et fut premier violon de l’orchestre de son père à Vienne. D’autres postes militaires suivirent, à Pola, Vienne et Trieste, mais c’était déjà le théâtre qui attirait le plus celui qui depuis des années composait déjà diverses oeuvres orchestrales et vocales.

Après avoir dirigé son premier opéra, Kukuska, un échec produit à Leipzig en 1896, Lehár reprit temporairement du service dans l’armée à Trieste avant de succéder à son père à Trieste, et en 1899 il fut nommé chef d’orchestre du 26ème d’Infanterie autrichienne à Vienne, théâtre de ses futurs triomphes. Trois de ses opérettes de 1901 laissèrent le public indifférent, mais encouragé par les ventes de quelques marches et valses populaires, notamment Gold und Silber op. 75, au cours de l’année suivante il finit par abandonner le service militaire pour le poste de directeur musical du Theater an der Wien, où ses Wiener Frauen, un succès modeste, furent créées en novembre. Quand vint 1904, Vienne avait déjà vu quatre autres de ses opérettes, mais c’est en 1905, lorsqu’il mit par hasard en musique un livret d’abord destiné à Richard Heuberger que la face et le futur de l’opérette viennoise en furent changés et que Lehár connut une renommée internationale.

L’un des plus grands succès théâtraux de tous les temps, le chef-d’oeuvre de jeunesse en trois actes de Lehár Die lustige Witwe, fut créé dans une production à petit budget au Theater an der Wien en décembre 1905. Bien qu’elle ait d’abord été dédaignée par les directeurs du théâtre, qui la trouvaient “anti-musicale et dépourvue de mélodies”, cette première production connut une série record de 483 représentations. A partir de 1907 (sous le titre The Merry Widow) à Londres, elle fut encore représentée 778 fois et 416 à Broadway, et en 1909, lorsqu’elle atteignit Paris (devenue La veuve joyeuse), elle avait suscité de nouvelles tocades dans la mode féminine et modifié les critères de composition d’opérette, ce que reflétèrent par la suite les oeuvres de Fall, Kálmán, Stolz et d’autres. Par la suite, à Hollywood, elle inspira trois adaptations cinématographiques de la MGM, en 1925 (film muet), 1934 et 1952.

Quatre autres tentatives mineures dans le genre viennois suivirent, toutes des échecs relatifs, avant que Lehár ne compose ses grands succès suivants. Regorgeant de séduisantes mélodies, dotée d’un très bon livret de A.M. Willner (1858-1929) et Robert Bodanzky, la comédie musicale en trois actes Der Graf von Luxemburg (1909) s’avéra un investissement lucratif avec 299 représentations au Theater an der Wien avant d’entrer au répertoire international (à Londres, en 1911, il fut représenté 340 fois, tandis que sa production de 1912 sur Broadway connut 120 représentations). Il fut d’abord entendu à Paris dans sa version allemande, lors d’une tournée effectuée en 1911 par une troupe itinérante. Sa version française, Le Comte de Luxembourg, adaptée par Robert de Flers et G.A. de Caillavet, fut montée en 1912 par Alphonse Frank, à l’Apollo de Paris, avec un total de 149 représentations.

Le succès suivant de Lehár, Zigeunerliebe (1910) fut créé à Vienne au Carltheater, mais connut sa plus longue série de représentations à Londres, au Daly’s en 1912 sous le titre Gypsy Love, où il fut joué 299 fois. Bien qu’il n’ait été joué que 31 fois à Broadway, sa carrière transatlantique ultérieure fut relancée lorsque, en 1930, son intrigue servit de point de départ à The Rogue Song, l’un des premiers films musicaux, avec pour vedette le baryton d’opéra Lawrence Tibbett.

Avant la Première Guerre Mondiale, la seule opérette vraiment substantielle de Lehár, Eva, soustitrée Das Fabriksmädel (L’ouvrière d’usine) fut créée à Vienne en 1911 et fut suivie de quatre nouvelles oeuvres standard avant Der Sterngucker (L’Astronome) à Vienne en 1916. Après l’Armistice, qui plus est, l’importation en Europe du jazz et d’autres nouveaux styles musicaux provenant des USA semblait partie pour éclipser son écriture traditionnelle d’opérette viennoise, et ses créations de l’après-guerre, avec notamment Die blaue Mazur, qui fut jouée pendant onze mois au Theater an der Wien en 1920, bien qu’elle eût parfois recours aux rythmes de danse les plus récents, n’éveilla guère l’intérêt. En 1922, Libellentanz (La danse des libellules) et Frasquita virent toutes deux le jour. ‘Opérette de revue’ en trois actes sur un livret de Willner et Carlo Lombardo, Libellentanz, nouvelle mouture par Lehár de Sterngucker, fut d’abord créée sous le titre La danza delle libellule au Lirico de Milan en septembre et importée à Vienne au Neues Wiener Stadttheater en avril 1923. On l’entendit pour la première fois en France, adaptée par Roger Ferréol et Max Eddy, sous le titre La danse des libellules, au Bataclan de Paris en mars 1924.

Toutefois, la popularité de Lehár fut vite ravivée après que ses oeuvres, épaulées par le ténor Richard Tauber (1891-1948), eurent commencé à captiver l’imaginaire du public. Débutant en 1925 avec Paganini, la série de collaborations Lehár-Tauber données à Berlin comprit Der Zarewitsch (1927, Kunsttheater ; opérette en trois actes sur un livret de Béla Jenbach et H. Reichert ; création française en 1929 sous le titre Le Tsarévitch dans une traduction de R. de Mackiels au Théâtre des Célestins de Lyon puis sous le titre Rêve d’un soir à Paris, au Théâtre de la Porte Saint- Martin, en 1935), Friederike (1928, Metropole ; livret de L. Herzer et F. Löhner ; création française sous le titre Frédérique dans une adaptation de A. Rivoire, à Paris en 1930) et Das Land des Lächelns (une ‘Taubérisation’ de 1929 de Die gelbe Jacke, qui avait essuyé un échec en 1923). Son succès fut suivi en 1930 par Das Frühlingsmädel, puis Schön ist die Welt et Der Fürst der Berge (révision de son opérette de 1909 Das Fürstenkind) en 1932.

Malgré le relatif échec des débuts de cet ouvrage et en dépit de ses carences, de nombreux critiques continuent de considérer la dernière oeuvre originale composée par Lehár pour la scène, Giuditta, comme un chef-d’oeuvre. L’écriture de la substantielle partition de cette pièce musicale en cinq scènes de Paul Knepler et Fritz Löhner fut entreprise à la fin des années 1920. Tenant plus de l’opéra que de l’opérette, elle a même été favorablement comparée à Puccini, même si certains, et de manière peut-être justifiée, trouvaient sa massive orchestration maladroite et prétentieuse. Elle fut créée dans un lieu inhabituel (pour une opérette), le Staatsoper de Vienne, en janvier 1934, avec Tauber et la chanteuse d’opéra tchèque Jarmila Novotná (1907- 1994) dans les premiers rôles. Constituant le chant du cygne de la collaboration Lehár-Tauber, cet ouvrage était le préféré de son compositeur, ou du moins le considérait-il comme celui qu’il avait le mieux écrit. Sa création française eut lieu à Toulouse en 1936.

Austro-Hongrois de naissance, Parisien d’adoption, le chef d’orchestre Adolphe Sibert (1899-1991) se consacra d’abord au violon, dont il joua dès l’âge de six ans. Après avoir reçu des cours privés, il se forma à l’Académie nationale de Musique et d’Art où au cours de sa dernière année son professeur de violon fut Bronislav Huberman. Lauréat d’un premier prix de violon, il reçut également un diplôme d’état et poursuivit ensuite des études de piano, de contrepoint, de composition et de direction d’orchestre avec Wilhelm Furtwängler et Clemens Krauss. A 24 ans, il fut engagé comme chef d’orchestre par la Radio viennoise et y demeura jusqu’à l’occupation allemande en 1938, ayant l’occasion de travailler étroitement avec certains des plus grands compositeurs de l’époque, comme Franz Lehár, Emmerich Kálmán, Robert Stolz et Richard Strauss, mais aussi avec des écrivains aussi célèbres que Thomas Mann et Arthur Schnitzler. En 1945, il fut engagé par Radio Nice comme directeur de la musique viennoise et en 1952, à Paris, on lui confie la Direction de l’Orchestre Lyrique de la RTF et ORTF. A partir de 1965, il produisit des émissions de musique viennoise et de musique orchestrale légère pour France Musique. Il fut couronné en 1971 par le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros, et en 2003 l’Académie du Disque Lyrique lui a décerné une ‘Distinction honorifique’ à titre posthume pour ses enregistrements d’opérettes viennoises.

D’origine basque, la soprano Lina Dachary était destinée à devenir une vedette de l’opérette française. En 1945, elle intégra la troupe de l’Opéra-Comique de Paris, ajoutant Malvina de Reynaldo Hahn au répertoire de ce théâtre, et à partir de là sa carrière fut majoritairement orientée vers l’opérette. En 1947, à l’Empire, elle se produisit dans La belle de Cadix (avec Luis Mariano) et en 1953, au Châtelet, dans L’auberge du cheval blanc. Pour la radio française (RTF, puis ORTF), qui à cette époque proposait une émission consacrée à la ‘musique légère’, elle participa à plusieurs enregistrements d’opérettes réalisés en studio.

Né à Paris, le ténor Henri Legay (1920-1992) débuta sa formation musicale comme instrumentiste d’orchestre avant de se lancer dans une carrière dans les petits théâtres et les cabarets, s’accompagnant fréquemment avec sa guitare et écrivant une bonne partie de ce qu’il chantait. Ayant plus d’ambition pour sa voix, à partir de 1947 il étudia au Conservatoire de Paris avant de faire ses débuts dans l’opérette à l’Alhambra. Dès 1950, il s’était reconverti dans l’opéra, faisant ses débuts dans le Faust de Gounod à Lausanne. Par la suite, il se produisit à l’Opéra-Comique et à l’Opéra dans des rôles variés, comme Wilhelm Meister (Mignon), Des Grieux (Manon), Alfredo (La Traviata), Belmonte (L’enlèvement au sérail) et Rodolfo (La Bohème). On put aussi l’entendre dans les théâtres de province de toute la France, ainsi qu’en Belgique, en Suisse, en Hollande et en Afrique du Nord, de même que dans des émissions de la BBC. En 1979, il fut invité à chanter de grands rôles à Gand, se produisant notamment avec succès dans Les pêcheurs de perles, Le barbier de Séville, Les deux journées (Cherubini), La jolie fille de Perth (Bizet), La dame blanche (Boïeldieu) et Sigurd (Réyer). Pendant les dernières années de sa vie, il mena des activités de producteur d’opéra.

Né à Guelma, en Algérie, et diplômé du Conservatoire de Montpellier, le baryton-martin Aimé Doniat (1918-1973) fut un bassoniste reconnu avant de se lancer dans une carrière de chanteur. En 1941, il faisait partie du Choeur de Radio Marseille et à partir de 1945, il tint avec succès des rôles dans diverses opérettes ; Florestant remarqué dans Véronique de Messager, il fit aussi de mémorables apparitions dans Valse de Vienne et Rêve de valse d’Oscar Straus. A Paris, il fut aussi pendant de nombreuses années un chanteur de renom au récital et à la radio. Pendant les dernières années de sa vie, il enseigna le chant à titre privé et au Conservatoire de Versailles.

Né à Monaco en 1928 dans une famille d’origine italienne, Alain Vanzo étudia à Paris avec Rolande Dracoeur. En 1954, il remporta un concours de chant à Cannes et fut engagé à l’Opéra de Paris où à partir de 1957 il chanta tous les grands rôles de ténor. Sa carrière internationale le mena notamment en Grande-Bretagne, en Bulgarie, en Irlande, au Portugal, en Italie et au Metropolitan de New York, et on put l’entendre dans tous les rôles classiques pour ténor, notamment Ottavio, Alfredo, Pinkerton, Nadir (Les pêcheurs de perles), Rodolfo, Mylio (Le roi d’Ys), Werther, le Duc (Rigoletto), Gérald (Lakmé), Edgardo (Lucia di Lammermoor, aux côtés de Joan Sutherland) et Des Grieux (Manon). En 1982, il s’est ménagé une reconnaissance internationale à la fois comme compositeur, avec la création mondiale de son opéra Les Chouans et pour son enregistrement de Pénélope, l’opéra rarement exécuté de Gabriel Fauré.

Peter Dempsey
Traducion: David Ylla-Somers


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