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8.223409 - IBERT: Petite Suite / Histoires / Les rencontres (Hae Won Chang)
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Jacques Ibert

Jacques Ibert

 

L'oeuvre pour piano de Jacques Ibert (1890-1962) tient en un seul disque. Pianiste de formation, le compositeur, quia abordé tous les genres musicaux (y compris les musiques de films, de scène et de spectacles son et lumière), n'a guère écrit pour son instrument. Mieux, on ne trouvera dans l'oeuvre d'lbert aucun concerto pour piano et peu de pages de musique de chambre ou l'instrument apparaisse; quelques melodies, la Sonatine pour flûte et piano de 1923, L'Age d'or pour saxophone et piano de 1935, un Impromptu pour trompette et piano de 1951 et quelques transcriptions.

 

L'oeuvre pour piano solo de Jacques Ibert fut écrit entre 1915 (Le Vent dans les Ruines) et 1943 (la Petite Suite). II s'y manisfeste une grande unité de style, comme si les caractéristiques qui sont exposées dès les premières partitions se confirmaient encore vingt ans après. Comment pourrait-on définir le style pianistique d'lbert? A première écoute, on est en présence d'un art "essentiellement classique de forme", "authentiquement français", selon le mot de Henri Dutilleux. Ces qualités, toujours sujettes à être ambigues, il faut, comme l'on dit, les replacer dans leur contexte. L'écriture d'lbert est "essentiellement française" parce qu'elle est lumineuse, claire, divertissante, un rien volage; elle abhorre le pathos. Elle se place aussi, comme chez Ravel, dans la lignée des grands compositeurs classiques comme Rameau et Couperin.

 

Le Scherzetto de 1917 qui ouvre ce disque vient merveilleusement étayer ces propos. Dans cette page, la structure musicale est transparente, immédiatement appréhendable par l'auditeur, obéissant ainsi à l'un des credos de la musique française de l'Entre-deux-guerres. La répartition des thèmes dans ce Scherzetto, la régularité des reprises et de la coupe, les alternances entre le refrain et les couplets, tout ce cheminement mélodique n'est guère différent de celui qu'un Rameau aurait pu adopter, deux siècles auparavant.

 

Autre caractéristique des oeuvres pianistiques d'lbert, leur propension, grace à leur clarté, à devenir musique d'orchestre, Comme Ravel, Ibert a volontier transcrit ses oeuvres pianistiques pour des formations orchestrales, surtout quand elles appelaient la danse. C'est le cas des Histoires de 1922 et des Rencontresde 1924 (dont le sous-titre est "petite suite en forme de ballet").

 

Eminemment français, Ibert n'a pas été moins influencé par Bach dans sa musique de piano. Non pas le Bach des grandes constructions intellectuelles, mais celui des toccatas pour le clavier. A ce genre, où la virtuosité digitale est de mise, appartiennent la Toccata sur le nom d'Albert Roussel de 1929, le début de Française de 1926, une grande partie du Vent dans les ruines de 1915, la plupart des miniatures qui composent la Petite suite, le célèbre Petit âne blanc et Le cortège de Balkis enfin, deux pieces des Histoires.

 

Dans l'oeuvre pianistique d'lbert c'est l'élégance joyeuse - rarement mélancolique - de la petite forme qui domine. Une musique de tableautins et de saynètes qui correspond bien à l'idéal insouciant de l'Entre-deux-guerres.

 

© 1992 Dominique Druhen


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